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Date
23 nov. 2017
Tags
Ski alpin , Nagano 1998 , Actualités Olympiques

Jean-Luc Crétier, le parfait outsider

Il n'avait jamais rien gagné avant, il n'a rien gagné ensuite. Mais le 13 février 1998 sur le tracé de vitesse de Hakuba lors des Jeux de Nagano, le Français Jean-Luc Crétier déjoue les pronostics, réalise la descente parfaite et succède à Jean-Claude Killy au palmarès de l'épreuve, 30 ans plus tard ! Il aura su courir avec sa tête au moment où l'enjeu était le plus fort.

Dire que la descente messieurs des Jeux Olympiques d'hiver de Nagano 1998 était attendue relève de l'euphémisme. Programmée le dimanche, au deuxième jour de compétition, elle est sans cesse reportée en raison des conditions météorologiques régnant dans la station de Hakuba, située dans les montagnes, 44 km à l'ouest de la ville hôte des Jeux. Neige, pluie, épais brouillard recouvrant la piste du mont Karamatsu : le lundi passe, puis le mardi, le mercredi, le jeudi. Les nerfs des concurrents et de leur encadrement mais aussi des médias, qui font chaque jour le parcours en bus avant d'être contraints de faire demi-tour une fois arrivés dans la station, sont mis à rude épreuve.

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"Comme dans un film"

Jean-Luc Crétier, déjà un "vieux briscard" de 32 ans, membre de l'équipe de France de ski alpin depuis les années 1980 et qui a participé aux Jeux de Calgary 1988, Albertville 1992 et Lillehammer 1994, attend calmement son heure. Enfin, le vendredi 13 février, Hakuba est sous un soleil resplendissant. Jean-Luc Crétier a hérité du dossard n°3. Il n'a encore jamais rien gagné, a toujours fini loin aux Jeux en descente ou en super-G, tout juste compte-t-il en tout cinq top 3 en Coupe du monde, mais les trois derniers ont été obtenus en descente durant cet hiver olympique : 2e à Beaver Creek en décembre 1997, encore 2e à Wengen et 3e sur la Streif de Kitzbühel dans le mois précédant les Jeux de Nagano. Un signe ?

Mais ce n'est pas tout. Jean-Luc Crétier a bien observé le tracé de descente conçu par Bernhard Russi. Il sait qu'après environ 16 secondes de course, en passant devant une cabane, se situe un terrible piège, l'entrée d'une courbe sur laquelle il ne faut surtout pas débouler à pleine vitesse. Il en discute avec son entraîneur avant le départ : "Là, tu arrondis, hein !" C'est pourquoi on verra le skieur français faire preuve d'un grand sens tactique en se relevant quasiment et en ralentissant au passage de ce changement de direction piégeur avant de se mettre en position de recherche de vitesse, et de "découper" le reste de la piste à très vive allure, avec fluidité et précision. "Tout se déroulait comme dans un film", a-t-il raconté. "Tout allait super bien, j'étais dans les temps tout du long." 

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Le vol plané de Hermann Maier

Dans les temps ? Bien plus que ça. Quand il franchit la ligne d'arrivée, après un bas de parcours supersonique, "Kabou" (son surnom en équipe de France) bat d'une seconde et 23 centièmes le temps signé par l'Autrichien Fritz Strobl parti avant lui. Une avance si considérable que le skieur de Bourg Saint-Maurice lève les bras puis brandit ses skis en signe de triomphe face au public massé dans les gradins, certain, comme beaucoup d'observateurs, qu'il vient de réaliser un très gros coup et que le podium est proche. L'attente va être longue.

Tous les favoris doivent en effet s'élancer dans la foulée, à commencer par Hermann Maier, au dossard n°4. Au bout de 16 secondes, le champion autrichien arrive à très haute vitesse sur la fameuse courbe, avec une trajectoire trop directe… et se retrouve violemment éjecté du parcours ; il part dans un impressionnant vol plané de plusieurs dizaines de mètres et atterrit derrière les barrières de sécurité, dans la poudreuse. Des images qui font le tour du monde. Hermann Maier s'en tire chiffonné mais sans plus de conséquences puisqu'il gagnera trois jours plus tard le Super-G, et encore trois jours après, le slalom géant. Mais c'est une autre histoire….

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Une victoire et c'est tout

Outre Hermann Maier, plus d'une dizaine de concurrents se retrouvent piégés au même endroit, pour autant de chutes, heureusement dans l'ensemble moins spectaculaires que celle de "l'Herminator", tandis que d'autres partent carrément à la faute, perdant toute chance de bien figurer. Au final, le Norvégien Lasse Kjus s'approche à 40/100e du temps signé par Jean-Luc Crétier pour décrocher la médaille d'argent, l'Autrichien Hannes Trinkl terminant troisième à une demi-seconde (52/100e). Tout le camp français présent à Hakuba fête son champion, porté en triomphe.

Jean-Luc Crétier repart pour une nouvelle saison de Coupe du monde en décembre 1998, mais il se blesse en chutant dans la descente de Val Gardena puis décide de mettre un terme à sa carrière sportive. "À partir de ce 13 février, ma vie a complètement changé", dira le successeur français de Jean-Claude Killy vainqueur de la descente à Grenoble en 1968, celui qu'on n'attendait pas, celui qui a su courir avec sa tête et briller de mille feux le jour où cela comptait le plus. 

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