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Date
22 avr. 2010
Tags
Actu CIO

Jacques Rogge rend hommage à Juan Antonio Samaranch


Le marquis de Samaranch était connu dans le monde entier. Il n'est pas exagéré de dire qu'il a contribué à mieux faire connaître les Jeux Olympiques et le Mouvement olympique, si bien qu'il a fait des Jeux ce qu'ils sont aujourd'hui, modernisant ainsi le Mouvement. Partant, il est devenu indissociable du Comité International Olympique.

J'ai moi-même constaté à quel point le président Samaranch était lié à l'institution qu'il a dirigée pendant 21 ans lorsque je lui ai succédé à la présidence. Il n'était pas rare en effet, même deux ou trois ans après mon élection, que je rencontre des dignitaires ou des officiels qui connaissaient mon visage, m'associaient au CIO, mais qui s'adressaient à moi en m'appelant M. Samaranch, ce qui m'a toujours beaucoup amusé. 

Son charisme a tellement marqué les esprits qu'il était impossible de dissocier l'homme de l'institution. Où qu'il se rende, le président d'honneur inspirait respect et admiration tant pour sa personne que pour l'organisation qu'il a gérée si habilement au fil des années.

C'est lors d'une de ses visites au Comité Olympique et Interfédéral Belge que j''ai fait connaissance pour la première fois avec M. Samaranch il y a plus de 25 ans. Mais, ma première véritable rencontre avec lui s'est déroulée le jour de mon élection au poste de président des Comités Olympiques Européens en octobre 1989. Peu après, je l'ai accompagné lors d'un voyage éclair dans les pays de l'ex-URSS, lesquels avaient bien évidemment créé de nouveaux Comités Nationaux Olympiques. Alors que nous aidions ces pays, nous avons noué une relation forte, marquée par la confiance et le respect. 

Cette confiance et ce respect se sont accrus au fil des années alors que j'étais le témoin privilégié de sa passion et de son attachement à l'Olympisme, de sa connaissance exceptionnelle du sport et de l'énergie avec laquelle il entamait chaque nouvelle journée. 


Le président Samaranch fut l'architecte des Jeux Olympiques de l'ère moderne. C'est grâce à ses qualités de visionnaire et son talent extraordinaire que le Mouvement olympique est devenu fort et uni. Son œuvre laissera un héritage durable.

On se souviendra également du président Samaranch pour avoir activement soutenu la représentation des femmes au sein du CIO (avec l’élection des premières femmes membres dans les années 80). Il œuvra par ailleurs pour l’abolition de l’amateurisme aux Jeux Olympiques. En dépit de deux boycotts, à Moscou en 1980 et à Los Angeles en 1984, il parvint à préserver la qualité des Jeux et le nombre de pays participants. C'est aussi lui qui améliora la santé financière du Mouvement olympique.
Il fut également l’artisan de la création du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) et permit aux athlètes de prendre part aux décisions du CIO en mettant sur pied la commission des athlètes. Il fut en outre à l'origine de la construction du Musée Olympique à Lausanne.

En dépit de ses nombreuses réalisations et sa notoriété, Juan Antonio Samaranch était un homme discret, peu loquace. Il était parfois perçu comme quelqu'un d'austère. Le connaissant grâce aux voyages professionnels que nous avons faits ensemble à travers le monde, je n'ai jamais partagé ce point de vue. C'était un homme chaleureux, sur lequel on pouvait toujours compter.

Ce que l'on ignore à son sujet, c'est qu'il avait pour habitude, peu importe où il se trouvait, même dans les endroits les plus reculés, d'acheter des cartes postales et des timbres qu'il envoyait à ses petits-enfants.

J'ai perdu un mentor et un ami; le monde a perdu un grand homme.

Jacques Rogge

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