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Munich 1972

Instantané : Mark Spitz, la torpille aux sept médailles d'or aux Jeux de 1972 à Munich

Grand, regard noir et pénétrant, sans lunettes et plus important encore, moustachu, Mark Spitz est l'un des athlètes olympiques que l'on reconnaît quasi immédiatement. Aux Jeux de 1972 à Munich, le nageur a remporté sept médailles d'or et signé autant de records du monde. Lui-même confie que ses performances légendaires n'étaient pas complètement imprévues, que les lunettes sont largement surestimées et que la moustache est déterminante. 

"J'ai l'air méchant et agressif", déclare Mark Spitz en regardant cette photo des plus fascinantes. "Pas méchant en termes de personnalité, mais plutôt puissant."  

Pour le spectateur d'aujourd'hui, l'absence de lunettes, et a fortiori de bonnet de bain, est l'un des aspects qui surprend le plus sur cette photo. Ça et le fait qu'on dirait que ce champion olympique à neuf reprises (il a aussi remporté deux médailles d'or à Mexico en 1968) nage les yeux fermés.

"Mes yeux ont toujours été ouverts, je pense qu'il s'agit d'une illusion d'optique", proteste-t-il en riant. Quant aux lunettes, il n'y voit aucun inconvénient. "À l'époque, nous nagions sans lunettes et ça se passait très bien", confie-t-il sans appel. "Depuis, j'ai nagé avec des lunettes et je trouve que la position de ma tête est étrange, un peu différente."

L'histoire de sa magnifique moustache est un peu plus compliquée. Mark Spitz, 22 ans, très ouvert de nature, avait laissé pousser sa moustache début 1972 juste parce qu'il en avait envie. Après un certain temps, il avait eu l'intention de la raser avant les qualifications olympiques à Chicago mais tout a changé une fois dans le bassin.

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"Un grand nombre de personnes parlaient de cette moustache car ils n'avaient jamais vraiment vu quelque chose de similaire auparavant chez un athlète d'élite", explique-t-il. "Et vu l'hystérie provoquée, je me suis dit que j'allais la garder. Elle ne me gênait pas et peut-être que d'une certaine manière, l'agitation autour du fait que je portais cette moustache faisait assez diversion pour me donner un avantage sur mes adversaires."

Il ne s'est pourtant pas arrêté là. Mark Spitz, avec sa moustache désormais bien fournie, est arrivé à Munich une semaine environ avant les Jeux et une rencontre fortuite avec l'équipe russe n'a servi qu'à augmenter le sentiment d'invincibilité qui régnait autour du jeune Californien.

La plupart des finales de natation des Jeux de 1972 étaient programmées très tôt le matin, et heureux de tester la lumière du bassin à cette heure, Mark Spitz avait demandé aux Russes à la veille des Jeux de nager dans le bassin pendant dix minutes durant le temps alloué pour leur séance. Les entraîneurs russes avaient accepté et libéré la ligne une pour le nageur américain. C'est à ce moment précis que l'histoire est devenue intéressante.

IOC

"Alors que je faisais des longueurs, j'ai remarqué qu'il y avait une série de fenêtres sous l'eau et que cela faisait des effets stroboscopiques à chacun de mes passages", se souvient Mark Spitz. "Alors je me suis mis sur le dos et j'ai vu que la moitié des entraîneurs avaient disparu – ils étaient en bas derrière ces fenêtres sous l'eau en train de me regarder. J'ai donc fait un geste vraiment ridicule lorsque j'ai atteint la fin du bassin – pour les prendre au dépourvu, pour les dérouter.

"Lorsque je suis sorti de l'eau, ils sont montés, nullement décontenancés avec leurs appareils photo, et l'entraîneur qui parlait anglais m'a dit : "Mes collègues ne vous avaient jamais vu nager en personne, ils veulent savoir si vous nagez toujours en faisant ce geste particulier ?" et j'ai répondu : "Oui, évidemment."

J'ai l'air méchant et agressif. Pas méchant en termes de personnalité, mais plutôt puissant. Mark Spitz

"La deuxième question était 'j'ai remarqué que vous aviez une moustache, allez-vous la raser ?' J'avais envisagé de rentrer et de raser cette moustache ce soir-là, dans une ultime tentative de motivation, puis j'ai soudain compris 'mince, c'est la même chose que pour Chicago, ils sont tous préoccupés à propos de ma moustache'. Donc je me suis dit que je n'allais pas la raser."

"Et la question suivante était : 'est-ce que cette moustache va vous ralentir ?' Je ne sais pas ce qui m'a poussé à répondre cela, mais j'ai caressé ma moustache et déclaré : 'Cette moustache détourne l'eau de ma bouche et me permet d'être beaucoup plus bas et donc plus léger dans la course et j'ai moins tendance à boire la tasse. Cela me permet de nager plus vite et m'a aidé à battre une série de records du monde le mois dernier."

En 1973, tous les membres de l'équipe masculine russe, d'après Mark Spitz, portaient la moustache.

Avec sa moustache bien en place, le programme de Mark Spitz à Munich a commencé avec le 200 m papillon. Ce fut un cadeau du ciel pour le nageur en quête de records du monde.

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"Ce fut le plus facile pour moi parce que j'ai pu avoir une journée un peu off et ma confiance allait m'aider à gagner. Donc je suis entré et j'ai battu un record du monde, ce qui a encore renforcé ma confiance", a-t-il précisé.

Ce schéma s'est rapidement généralisé car les épreuves du 200 m ont aidé Mark Spitz à s'ajuster pour les sprints. Alors que les médailles d'or commençaient à pleuvoir, l'Américain savait que son aura ne cessait de grandir, ce sur quoi il a d'ailleurs travaillé.

"Tout le monde s'approchant du bassin se dit 'me suis-je assez entraîné ? assez reposé ? est-ce que mes coéquipiers font trop de bruit ?' toutes sortes d'inquiétudes", confie-t-il. "Et ils pensaient certainement 'et bien Mark Spitz ne doit pas être inquiet'."

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"J'allais moi aussi dans la zone d'attente avant d'aller nager et je me plaignais de mon épaule et de mon dos, comme si j'étais hypocondriaque. J'essayais de faire croire à tous mes adversaires que j'allais soudainement tomber dans les pommes."

Après avoir remporté six victoires sur six, une histoire a commencé à circuler dans les médias, à savoir que le grand homme n'allait pas tenter de risquer son record parfait dans le 100 m nage libre. Les journalistes auraient dû mieux le connaître.

"Bien sûr que j'allais le tenter", a ri Mark Spitz. "Nous avions un peu laissé filtrer cette histoire. Nous en avions parlé avec plusieurs autres entraîneurs et je suppose que la nouvelle s'est un peu répandue. Mais c'était vraiment n'importe quoi pour être honnête."

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Mark Spitz a finalement remporté l'épreuve et avec bien sûr un autre record du monde à la clé. C'est une performance qui n'a jamais été égalée pendant plus de 35 ans, jusqu'à ce qu'un certain Michael Phelps entre en scène.

Et ce dernier ne portait pas de moustache.

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