skip to content
Lake Placid 1980

Instantané : la preuve que les miracles se produisent

L’événement est passé à la postérité comme le « Miracle sur la glace », un fait d’armes que Sports Illustrated a désigné en 2016 comme étant le plus grand moment dans l’histoire du sport. Mais qu’est-ce que ça fait d’être le capitaine d’une équipe des États-Unis de hockey sur glace classée parmi les outsiders, de battre l’ogre soviétique aux Jeux Olympiques d’hiver de Lake Placid 1980 et d’inscrire le but victorieux ? Mike Eruzione est la seule personne qui peut vous répondre…

« Personne ne pensait que nous pourrions gagner ce match, et encore moins une médaille », dit Mike Eruzione, un étudiant de l’université de Boston choisi pour prendre la tête d'un groupe disparate de joueurs universitaires et amateurs aux Jeux de 1980. « On était censés finir peu ou prou entre la 7e et la 10e place. »


Les raisons pour lesquelles personne n’accordait la moindre chance au pays hôte étaient nombreuses, et très pertinentes. D’un côté, l’Union soviétique, une équipe hors norme, aux performances colossales. Non seulement elle avait remporté cinq des six médailles d’or olympiques précédentes, mais l’équipe soviétique regorgeait de joueurs qui étaient hockeyeurs à plein temps, contrairement aux États-Unis et aux autres pays. L’équipe, dirigée par le légendaire entraîneur Viktor Tikhonov, est généralement considérée comme étant la meilleure formation jamais mise sur pied.

« Jamais, nous n’avions pensé aux Soviétiques, ils ne nous étaient même jamais venus à l’esprit, explique Mike Eruzione. Les pays qui nous causaient du souci, c’était la Suède, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne de l’Ouest, la Roumanie et la Norvège, les pays de notre groupe, quoi. »

IOC

Au fur et à mesure du déroulement de la phase de groupes, l’équipe locale - qui était passée de 80 postulants à finalement 20 membres, plusieurs mois avant les Jeux - a commencé à susciter un peu l’attention. Un match nul contre les Suédois (2-2) et une victoire contre la Tchécoslovaquie (7-3), favori en second pour la plupart des gens, ont ainsi propulsé les États-Unis dans le dernier carré.

Ils ont d’abord affronté, bien sûr, l’Union soviétique. Les deux équipes s’étaient rencontrées lors d’un match amical au Madison Square Garden de New York, quelques semaines avant le début des Jeux, et les joueurs de l’Est avaient humilié leurs hôtes 10-3.

« Au Madison Square Garden nous sommes restés plantés là, à regarder jouer les Soviétiques, et nous n’avons rien tenté, se souvient Mike Eruzione. La deuxième fois, cela s’est toutefois passé autrement. Notre manière de jouer, notre confiance, tout faisait que nous étions une équipe de hockey différente. C’est drôle, on n’a même pas évoqué le match précédent contre eux. Il n’en a jamais été question. Herb n’a jamais rien dit. C’était presque comme si on ne les avait encore jamais rencontrés. »

Mike Eruzione fait allusion à Herb Brooks, l’entraîneur américain dur, extrême et adepte de la "vieille école". Aussi intransigeant que son entraîneur ait pu être, le Capitaine Mike a toujours été convaincu qu’Herb Brooks était l’homme de la situation.


« S’il était difficile de jouer sous la direction d’Herb ? Oh que oui. Mais on n’avait pas le choix, c’était ça ou rentrer à la maison, et je ne l’ai pas fait. On peut m’engueuler tant et plus, je suis quand même présent à l’entraînement le lendemain, dit Mike Eruzione. C’est comme ça, je pense, que notre équipe a abordé les choses et a compris la situation. On savait qu’Herb allait être dur et exigeant, mais on l’a accepté parce qu’on lui faisait confiance, on le respectait et on croyait en ce qu’il faisait. »

Bien que cela se soit passé le 22 février 1980, Mike Eruzione, aujourd’hui âgé de 64 ans, peut « retourner instantanément » à ce qui s’est passé ensuite.

Dès le début du match, les États-Unis se sont métamorphosés. Bien qu’ils aient encaissé rapidement un but, ils ne se sont pas effondrés pour autant, comme cela avait été le cas juste avant les Jeux. Au lieu de cela, l’équipe américaine a terminé la première période à égalité 2-2, et ne perdait que 3-2 au début du dernier tiers-temps. Elle a ensuite égalisé avant que son capitaine, Eruzione, ne se retrouve tout seul devant la cage à seulement 10 minutes de la fin de la partie.

IOC

« En fait, nous sommes allés à leur rencontre, nous n’avons jamais reculé, nous n’avons jamais essayé de protéger notre avantage », dit Mike Eruzione, d’une voix clairement enjouée. « On a simplement continué à jouer, encore et encore. Mais ce furent 10 minutes interminables ! »

Al Michaels, le commentateur de télévision du pays hôte, l’a très bien résumé d’une formule lapidaire désormais célèbre, alors que la partie venait enfin de se terminer et que les États-Unis menaient toujours 4-3 : « Croyez-vous aux miracles ? Oui ! »

Comme tout le monde, Mike Eruzione comprenait à peine ce qui venait de se produire : « Je n’arrêtais pas de me répéter : "On a battu les Russes, on a battu les Russes". »

IOC

Mais de manière incroyable, là n’était pas la question. La structure du tournoi – les deux meilleures équipes de chacun des deux groupes préliminaires devant s’affronter en formule championnat - signifiait que les États-Unis devaient encore battre la Finlande lors de leur dernier match pour être certains de s’adjuger la médaille d’or. Si les Américains avaient perdu contre l’équipe scandinave, l’URSS aurait remporté l’or, ce que l’entraîneur Herb Brooks ne savait que trop bien.

« Le lendemain, nous avons vécu l’un de nos entraînements les plus terribles. Herb nous a fait prendre conscience qu’il nous restait un match à disputer », dit Mike Eruzione en riant.

Les États-Unis ont senti le vent du boulet. Mais l’épopée des joueurs américains, menés 2-1 dans le troisième tiers-temps, a finalement connu la conclusion qu’elle méritait. L’équipe a en effet rejoint les Immortels du sport, en s’imposant 4-2.

IOC

Compte tenu de l’époque et du contexte historique, le statut légendaire du match a naturellement évolué depuis.

« Un nombre incalculable de gens sont venus me voir en me disant qu’ils se souvenaient où ils étaient lorsque nous avons gagné et je reçois d’innombrables lettres, dit Mike Eruzione. Beaucoup de collégiens ou de lycéens qui font des exposés en histoire sur la Guerre Froide me contactent également, et ils en arrivent toujours à évoquer ce match. C’est plutôt marrant, parce qu’on n’a jamais vu ça comme un match à enjeu politique. Pour nous, c’était un simple match de hockey. »

Mais pour le capitaine, et auteur du but victorieux, une émotion simple et durable surpasse toutes les autres.

« C’est simplement une grande fierté, dit-il, de savoir que tous les 20, nous avons réussi quelque chose dont personne au monde ne nous pensait capables. »

back to top En