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Iivo Niskanen, l'inarrêtable fondeur olympique toujours prêt à repousser les limites

Si vous prenez tous les ingrédients qui entrent dans la création du skieur de fond idéal, vous obtiendrez certainement le Finlandais Iivo Niskanen. Le double champion olympique a une soif apparemment intarissable pour l'entraînement, des compétences sportives hors normes et une tolérance à la douleur bien plus grande que la moyenne. Mauvaise nouvelle pour ses adversaires, le skieur ne semble vraiment pas près de s'arrêter.


Iivo Niskanen sait qu'il n'est pas normal. En effet, peu de personnes sont prêtes à repousser encore et encore les limites de la douleur comme l'est le médaillé olympique au sprint par équipes des Jeux de Sotchi 2014 et au 50 km départ groupé des Jeux de PyeongChang 2018. Surtout, personne n'aime le faire autant que lui. 

"Je ne le fais pas tout le temps, mais quand j'atteins facilement mon record ou une production d'acide lactique digne de mes meilleurs jours sur le tapis de course ou en pratiquant le ski sur la route, j'aime vraiment me pousser à bout", déclare Iivo Niskanen en riant. Le skieur a en effet la réputation d'enregistrer environ 900 heures d'entraînement par an, avec des sessions allant jusqu'à cinq heures par jour, six jours par semaine.

L'intensité de l'entraînement du Finlandais varie en fonction du moment de l'année et de la proximité de la saison de ski, mais il donne tout ce qu'il a au moins deux fois par semaine. Il n'est pas évident de reproduire l'adrénaline provoquée par la course, mais le fondeur de 28 ans a appris à le faire.

 

"C'est plus facile lorsque votre corps coopère et qu'il est en forme, sinon vous devez vraiment vous pousser à bout et faire avec un corps fatigué ou des muscles tendus. C'est plus compliqué dans ces moments-là, atteindre la bonne vitesse demande beaucoup plus d'effort et de concentration. Ça demande plus de pression mentale", explique-t-il.

Iivo Niskanen domine le ski de fond depuis les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi en 2014 durant lesquels il a remporté la médaille d'or à l'épreuve par équipes, quelques semaines seulement après avoir décroché l'or aux Championnats du monde des moins de 23 ans. Malgré tout ce qu'il a accompli depuis, il repense avec nostalgie à cette époque insouciante.

"Je me contentais de regarder les épreuves et de profiter du moment. Tout était nouveau pour moi. C'étaient mes premiers Jeux et la première fois que je concourais contre les plus grands noms du sport. Personne n'attendait rien de moi, donc c'était vraiment cool, sans stress", se souvient le Finlandais. "J'étais simplement un jeune athlète dont les résultats s'amélioraient à vitesse grand V."

Iivo Niskanen Getty Images

Rien n'est plus vrai : il a décroché la quatrième place à l'épreuve du 15 km classique à Sotchi, une réussite qui en laissait présager d'autres. Cependant, même s'il n'aura pas fallu longtemps pour que le prodige finlandais décroche sa première victoire en Coupe du monde en novembre 2014, il lui a fallu quelques années pour apprendre une leçon très importante.

Au fil des années, j'ai appris à pratiquer mon sport en toute sécurité et à éviter les situations qui pourraient me faire tomber malade. Il est vraiment très important de se concentrer sur sa santé et de savoir écouter son corps. Iivo Niskanen

"Il est facile de trop s'entraîner", admet Iivo Niskanen, sans pouvoir s'empêcher d'ajouter : "Mais si on ne s'entraîne pas assez, alors on n'obtient évidemment pas d'assez bons résultats."

Les Championnats du monde de 2017, qui se sont déroulés en terre natale pour le Finlandais à Lahti, ont marqué un tournant important dans sa recherche de cet équilibre. Il a passé plus de deux ans à se préparer sans relâche à cet évènement et, avec l'aide de son entraîneur, il a su résister à la tentation de trop pousser son corps.


"Cela a été une très grande victoire pour moi, car je savais que je n'aurais pas de deuxième occasion de gagner [à un Championnat du monde] dans ma ville natale", se remémore-t-il à propos de sa victoire écrasante au 15 km classique. "Je pense que ça a été la course la plus importante de ma carrière. Rien ne pourra jamais la surpasser. C'était ma première victoire individuelle [en Championnats du monde], à Lahti qui plus est, avec mes concitoyens pour m'encourager. C'était mon rêve et mon objectif pendant plusieurs années de remporter ce titre."

Grâce à son plan d'attaque, Iivo Niskanen n'a cessé de prendre de l'essor depuis. Son choix de musique avant la course témoigne de l'environnement serein dans lequel il évolue aujourd'hui. 

"Je suis dans ma propre bulle lors des compétitions. Parfois, quand on a une belle avance, que l'on sait que l'on est capable de passer à la vitesse supérieure et que l'on a encore de l'énergie en réserve, on se sent comme dans Rocky", révèle en riant le Finlandais qui écoute Gonna Fly Now, extrait de la bande originale des films Rocky, avant chaque course.

Iivo Niskanen Getty Images

Le fondeur a clairement confiance en ses propres capacités et prend plaisir à se confronter à ses pairs, c'est pourquoi il n'a pas encore pris la peine de travailler sur son mental, fait très rare dans le sport de haut niveau.

"J'y pense parfois [à faire appel aux services d'un coach en force mentale], mais pour tout vous avouer, pour moi la pression tient à qui veut le plus la victoire. Je n'ai aucun mal à la gérer pendant une course", déclare-t-il simplement.

Et de poursuivre : "Bien sûr, si vous êtes en forme, alors tout le monde attend de vous une médaille ou une victoire et vous vous demandez si vous allez réussir. On ressent évidemment une grande pression et on se sent un peu nerveux. Je pense que c'est pareil pour tout le monde. C'est bien de se sentir en forme, il ne faut pas le prendre comme un obstacle."

Iivo Niskanen Getty Images

Iivo Niskanen n'est pas pour autant immunisé contre les effets des attentes des autres. En effet, sa participation aux Jeux de PyeongChang 2018 a pour lui été bien différente de celle plus décontractée aux Jeux quatre ans auparavant.

"J'étais l'un des favoris pour le 50 km classique à PyeongChang. Nous avons eu environ une semaine sans aucune course avant l'épreuve. C'était vraiment long. Attendre une semaine pour participer à la course la plus importante du tournoi paraît une éternité", se souvient-il. "Tous les matins au réveil, je vérifiais que j'étais encore en bonne santé et que tout allait bien dans mon corps. C'était bien plus stressant que les Jeux précédents."

Iivo Niskanen Getty Images


Le skieur a bien sûr réussi à surmonter la pression pour décrocher le titre olympique que beaucoup attendaient de lui. Après avoir terminé la saison 2019/2020 troisième au classement général de la Coupe du monde de la Fédération Internationale de Ski, il sait d'avance qu'il éprouvera un stress similaire aux Jeux de Beijing en 2022. Toutefois, il aura "plus de cartes en main" pour ses troisièmes Jeux Olympiques et a de fortes chances de gagner l'or aux épreuves de 15 km, ainsi qu'à celles longue distance.

Quoiqu'il arrive, cet infatigable athlète n'est pas prêt de raccrocher ses skis, pas avec une source de motivation qui semble ne pas avoir de limite.

"Être sacré champion du monde ou champion olympique signifie avoir accompli beaucoup de belles choses dans sa carrière, mais mon objectif à moi, depuis des années, est tout simplement de m'améliorer et d'augmenter mes performances. Mon but est de voir jusqu'où je peux aller."

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