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Date
01 oct. 2019
Tags
Actualités Olympiques, Judo, Japon
Actualités Olympiques

Hitoshi Saitō, le premier judoka double champion olympique des poids lourds

Le 1er octobre 1988 à Séoul, Hitoshi Saitō réussit un exploit inédit : il conserve le titre gagné quatre ans plus tôt à Los Angeles, premier judoka japonais à réussir le doublé aux Jeux, premier chez les poids lourds. Il entre ainsi dans l'histoire de son sport avant de se retrouver en tant qu'entraîneur derrière les succès des judokas de son pays à Athènes en 2004 et à Beijing en 2008. 


Toute la pression est sur ses larges épaules. Ce 1er octobre 1988 sur les tatamis du gymnase de Jangchung, Hitoshi Saitō représente la dernière chance du judo japonais de décrocher un titre aux Jeux Olympiques de Séoul. Le judo féminin est encore en démonstration (il intégrera le programme officiel à Barcelone en 1992) et la victoire de Hiraki Sasaki en -66 kg n'est donc que symbolique. Côté hommes, Shinji Hosokawa en -60 kg, Yosuke Yamamoto en -65 kg et Akinobu Osaka en -86 kg ont dû se contenter d'une médaille de bronze partagée, aucun combattant du pays du judo n'a atteint une finale. Chez les poids lourds, Saitō qui est le tenant du titre, doit sauver l'honneur, et pas seulement. Depuis l'introduction du sport à Tokyo en 1964, personne n'a réussi à s'adjuger deux médailles d'or dans la catégorie.

Hitoshi Saitō n'a gagné aucune compétition majeure depuis sa victoire aux Jeux de Los Angeles. En 1985, lors des Championnats du monde disputés à Séoul, il a été battu en finale par le Coréen Cho Yong-chul sur une clé de bras qui lui a disloqué l'épaule. Il s'est ensuite blessé au genou, mais il a réussi à faire son retour à temps en remportant les championnats du Japon en 1988, ce qui lui a assuré sa place aux Jeux de Séoul.

1988 IOC / M. Bullit


"Maintenant, je peux rentrer aux Japon !"

Dans la capitale de la République de Corée, ce roc d'1,78 m pour 140 kg passe les tours sans trembler, avant de retrouver Cho en demi-finale. Il prend le meilleur à l'issue d'un combat tendu, sur décision, pour aller défier l'Allemand Henry Stöhr en finale. Cet ultime combat de judo aux Jeux de Séoul va se jouer sur les pénalités ("moulinettes" de l'arbitre, donnant un shido) : Stöhr en reçoit trois, Saitō deux : il devient le premier Japonais double champion olympique de judo, le premier aux Jeux chez les poids lourds, et le deuxième après l'Autrichien Peter Seisenbacher qui a fait le doublé 1984-1988 chez les poids moyens (-86 kg) deux jours plus tôt.

"C'est fantastique. Il y avait tellement de nervosité ! L'atmosphère était indescriptible. Je suis très excité", dit-il après son doublé de légende. Il pleure à chaudes larmes sur la plus haute marche du podium tout en se disant : "Maintenant, je peux rentrer au Japon". Il prend sa retraite sportive dans la foulée et deviendra quelques années plus tard l'entraîneur de l'équipe du Japon aux Jeux d'Athènes 2004 (10 médailles dont huit en or) et de Beijing 2008 (sept médailles et quatre titres). Deux judokas vont connaître la même réussite que Hitoshi Saitō aux Jeux en remportant deux titres consécutifs chez les poids lourds : les Français David Douillet en 1996 et 2000, et Teddy Riner en 2012 et 2016.

1988 IOC / Alberto Marquez


Une immense rivalité, et des premiers Jeux en or à Los Angeles 1984

La carrière de Hitoshi Saitō, c'est tout d'abord une formidable rivalité avec son compatriote Yasuhiro Yamashita, plus âgé de quatre ans, pour une question de suprématie nationale et mondiale. Yamashita est le champion du monde des lourds en 1979, 1981 et 1983. À Maastricht en 1981, il réussit également le doublé avec le titre en toutes catégories. Il ne connaît pas la défaite de 1977 à l'arrêt de sa carrière en 1985, soit 203 combats gagnés à la suite. Il est aussi le seul Japonais à avoir battu Hitoshi Saitō en compétition, notamment trois fois lors des championnats nationaux. Mais Saitō est aussi celui qui lui a donné le plus de fil à retordre au cours de leurs nombreuses rencontres. Il remporte son seul titre mondial en toutes catégories à Moscou en 1983.

En 1984, Yamashita est sélectionné en toutes catégories pour les Jeux de Los Angeles alors que Saitō part combattre chez les lourds. À 23 ans, devant le public de l'Eagle's Nest Arena à l'Université d'État de Californie (Cal State LA), il remporte ses trois combats avant la finale par ippon en moins de 90 secondes à chaque fois, avant de retrouver le tenant du titre, le Français champion olympique de 1980 Angelo Parisi dans le combat pour l'or. La décision va se faire à rien, juste un shido (pénalité) récolté par Parisi en sept minutes de combat, alors que ce dernier est parvenu à lancer une attaque qui n'a pas abouti. "Je l'ai surpris mais j'ai raté mon coup. Après, il s'est méfié et je n'ai plus réussi à le bouger. Il est trop lourd !", explique le Français le jour de sa défaite. Saitō est logiquement sacré champion olympique pour la première fois. Il dira : "J'ai gravi le mont Everest, mais je n'ai jamais atteint le sommet du mont Fuji", en pensant à son grand rival japonais.

1984 IOC / Kishimoto

De son côté, Yasuhiro Yamashita remporte l'or en toutes catégories. Ils concluent en beauté ces Jeux de 1984 pour le Japon avec les titres gagnés par Shinji Hosokawa en -60 kg et Yoshiyuki Matsuoka en -65 kg. Et leurs destins vont rester indissociables, notamment auprès du judo japonais, puisque Yamashita est l'entraîneur en chef aux Jeux de Sydney 2000 avant d'être relayé par Saitō, qui décède à l'âge de 54 ans le 20 janvier 2015 des suites d'une longue maladie après avoir dédié toute son existence au judo. "Il a été le rival de toute ma vie. Je suis si triste d'apprendre cette nouvelle", réagit Yamashita.

En septembre 2018, Hitoshi Saitō est introduit à titre posthume au Temple de la renommée de la Fédération internationale de judo en présence du président de la fédération japonaise, Yasuhiro Yamashita, qui déclare : "Mon cœur est bouleversé de savoir qu'aujourd'hui, ce qu'il a réussi est reconnu. Montrons ensemble à quel point nous apprécions ce moment." Yamashita devient en août 2019 le président du CNO Japonais, sur la route des Jeux de Tokyo 2020, où le souvenir de son plus grand rival et ami restera plus que jamais présent.

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