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Paris 1924

Harold Abrahams, Eric Liddell, Jeux Olympiques de Paris, juillet 1924… quelle histoire !

Tout le monde connaît l'histoire des deux sprinters britanniques Harold Abrahams et Eric Liddell, l'un sacré sur 100 m, l'autre sur 400 m lors des Jeux de la VIIIe olympiade. Une légende immortalisée par le film "Les Chariots de Feu", accompagné par sa célèbre bande musicale signée Vangelis. Mais que s'est-il réellement passé sur la piste cendrée du stade olympique de Colombes il y a 95 ans, entre le 6 et le 13 juillet 1924 ?


Tout de blanc vêtu, leurs maillots frappés de l'écusson "Union Jack", une trentaine de sélectionnés britanniques en athlétisme pour les Jeux de Paris 1924 courent sur la plage de Broadstairs à l'est du Kent, les synthétiseurs de Vangelis Papathanassíou s'élèvent en fond sonore : ce sont les célèbres premières images du film quatre fois oscarisé et le thème musical non moins célèbre et lui aussi couronné d'une statuette, "Les Chariots de Feu", réalisé par Hugh Hudson et sorti sur les écrans en 1981. Ce film relate d'une façon parfois légèrement romancée l'histoire de deux champions qui sont restés dans l'histoire : Harold Abrahams, Anglais étudiant à Cambridge, et Eric Liddell, Écossais fervent chrétien exerçant comme missionnaire en Chine.    

Mais qui s'est-il réellement passé entre le 6 et le 13 juillet 1924 sur la piste cendrée du stade olympique de Colombes dans la banlieue parisienne ? Harold Abrahams et Eric Liddell sont des sprinters qui se sont fait un nom dans leurs contrées, en remportant de nombreuses épreuves. La légende raconte qu'ils se sont affrontés une fois sur 100 m et que Liddell l'a emporté. Ils sont donc rivaux et comptent parmi les favoris pour damer le pion aux vedettes américaines lors des Jeux de Paris.

 

IOC

 


Toutefois, lorsque Eric Liddell apprend en janvier 1924 que les premières séries du 100 m auront lieu un dimanche (le 6 juillet), il refuse de participer à cette épreuve, invoquant sa foi et le repos obligatoire à observer le jour du Sabbat. Dès lors, il axe toute sa préparation sur le 400 m. La nouvelle de son refus de s'aligner sur 100 m fera le tour du monde, et cet évènement particulier est bien entendu au cœur du scénario du film de Hugh Hudson scénarisé par Colin Welland, dans lequel c'est seulement sur le bateau qui traverse la Manche début juillet que le sprinter écossais prend connaissance du programme et prend sa décision, malgré d'intenses pressions.

 

Harold Abrahams : "Pas d'illusions sur mes chances de succès"

Les 17 séries du premier tour du 100 m ont donc lieu le dimanche 6 juillet 1924. Harold Abrahams remporte aisément la sienne, comme le font le tenant du titre américain et détenteur du record du monde (10.4 en 1921) Charles Paddock, ou son compatriote Jackson Scholz, nouvelle terreur du sprint américain. Abrahams, Paddock et Scholz gagnent aussi leurs quarts de finale respectifs le même jour.

Dans un entretien avec le "miler" Roger Bannister publié dans la Revue Olympique de l'automne 1956, Harold Abrahams raconte la suite : "Chaque millimètre de la demi-finale est resté gravé dans ma mémoire. En me rendant à Paris, je savais que j’aurais à me mesurer à quatre coureurs américains de première qualité et je ne me faisais pas d'idées sur mes chances de succès. Dans la demi-finale, j'ai été dépassé au départ et, pourtant, je suis arrivé à la gagner. Beaucoup de personnes considèrent que c’est le meilleur effort que j’aie jamais fourni, et elles se demandent ce qui serait advenu si je n’avais pas été dépassé au départ, aurais-je peut-être fait encore un meilleur temps ?  Et je leur réponds non, car j’ai fourni alors un effort que je n'aurais jamais fourni si je ne m'étais pas retrouvé derrière". De quoi aborder la finale en confiance !

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Nous sommes le lundi 7 juillet et ils sont six au départ de la finale : Abrahams, le Néo-Zélandais Arthur Porritt et quatre Américains : Paddock, Scholz, Chester Bowman et Loren Muchison. Harold Abrahams l'emporte en 10.6 devant Scholz et Porritt, il signe un nouveau record olympique, entre dans l'histoire, et restera le seul champion olympique britannique du 100 m jusqu'à Allan Wells, vainqueur à Moscou en 1980, ou, face aux sprinters américains, Linford Christie à Barcelone en 1992.

Eric Liddell à toute allure depuis le couloir extérieur

Eric Liddell s'est pour sa part bien préparé pour le tour de piste, mais auparavant, il s'aligne sur 200 m les 8 et 9 juillet. Le tout frais champion olympique du 100 m Harold Abrahams est également présent, et la finale voit les deux athlètes britanniques immortalisés 60 ans plus tard au cinéma, affronter cinq sprinters américains. Jackson Scholz s'impose en 21.6 devant Charles Paddock (21.7) et Eric Liddell arrache la médaille de bronze en 21.9, alors que Harold Abrahams se classe 6e.

J'ai couru les premiers 200 m aussi vite que j'ai pu et pour les 200 m suivants, avec l'aide de Dieu, j'ai couru encore plus vite. Eric Liddell Grande Bretagne

Sur le 400 m, après avoir aisément passé les tours (séries et quarts le 10 juillet, demi-finale le lendemain avant la finale), Eric Liddell a une mauvaise surprise lors de l'attribution de son couloir pour la finale : il courra à la ligne extérieure, "en aveugle" et il ne fait pas partie des favoris. Pourtant, il part à fond et parvient à maintenir sa vitesse, résumant pour le quotidien "The Guardian" : "J'ai couru les premiers 200 m aussi vite que j'ai pu et pour les 200 m suivants, avec l'aide de Dieu, j'ai couru encore plus vite." Son adversaire américain recordman du monde Horatio Finch battu de 8/100e de seconde sur la ligne d'arrivée se montrera abasourdi d'avoir vu Eric Liddell maintenir un rythme très élevé jusqu'au casser de ruban. Quant au troisième, le Britannique Guy Butler, il dira : "Pour nous, ses adversaires, il a semblé attaquer toute la distance dans un sprint total." Le chrono de 47.6 d'Eric Liddell est un record olympique qui tient jusqu'aux Jeux de Berlin en 1936.

Enfin, Harold Abrahams fait partie avec Wilfred Nichol, Walter Rangeley et Lancelot Royle du quatuor britannique du 4 x 100m qui prend l'argent en finale le 13 juillet derrière les États-Unis.

L'hommage de Mister Bean

Après leurs exploits et leur retour triomphal sur le sol anglais, Eric Liddell et Harold Abrahams suivent chacun leur chemin. Le premier retourne en Chine poursuivre son œuvre de missionnaire et meurt à Tianjin à l'âge de 43 ans, le 21 février 1945 dans un camp d'internement de l'armée japonaise qui occupe le pays pour quelques mois encore. Harold Abrahams, lui, doit stopper sa carrière athlétique en 1925 sur blessure, est le capitaine de l'équipe olympique britannique aux Jeux d'Amsterdam 1928, un journaliste pour les quarante années suivantes, un commentateur des Jeux à la BBC, et l'auteur de nombreux ouvrages sur les Jeux Olympiques.

Le film "Les Chariots de Feu" s'achève sur les funérailles d’Harold Abrahams, décédé le 14 janvier 1978 à l'âge de 78 ans… Puis repart sur les images du groupe de jeunes athlètes olympiques britanniques en train de courir sur une plage du Kent en juin 1924.

La musique et la scène seront reprises de façon hilarante par Rowan Atkinson, alias Mister Bean, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Londres 2012 : au sein du London Symphony Orchestra dirigé par Simon Rattle, il est le préposé au synthétiseur jouant avec un doigt le do dièse répétitif de la mélodie de Vangelis, s'occupant d'autres choses en même temps, puis il s'endort et se rêve parmi les coureurs sur la plage, vite distancé, mais trouvant une voiture pour rattraper le groupe et se retrouver à l'avant. Un superbe clin d'œil pour un film immortel tiré d'une histoire vraie et qui l'est tout autant !

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