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Femmes dans le sport

Gwladys Épangue, porte-drapeau du sport féminin, mais pas seulement !

Gwladys Épangue a connu une des plus belles carrières du taekwondo international, médaillée olympique, cinq podiums mondiaux dont deux titres, quatre fois championne d'Europe et quinze fois championne de France. Elle est aujourd'hui membre de la commission des athlètes du comité d'organisation des Jeux de Paris 2024, a été cheffe  de mission de la délégation française aux JOJ de Buenos Aires, et travaille comme responsable de la communication au sein de sa fédération. Développer le sport féminin est une de ses missions prioritaires, comme elle nous l'explique.
 


"J'ai eu la chance de commencer dans un club où les filles et les garçons étaient admis de la même manière, il n'y avait pas de différences, il s'agissait vraiment d'un club mixte. J'ai commencé le taekwondo juste au moment où il a été admis au programme olympique, en septembre 1994. Mais je ne le savais pas. Dans un premier temps, je ne me suis pas sentie inspirée par cet objectif-là, disons qu'on me l'a plutôt mis dans la tête.

J'ai gravi les échelons petit à petit, jusqu'à devenir championne de France. Puis j'ai été sélectionnée en équipe nationale pour les championnats d'Europe 2000 et j'ai remporté la médaille d'argent. Le directeur technique national et l'entraîneur de l'époque m'ont alors incitée à entrer au pôle France pour préparer les Jeux olympiques d'Athènes. Voilà comment les choses se sont passées. Ils m'ont dit : "On a bien aimé ta prestation du jour, on pense que tu pourrais faire les Jeux". Honnêtement, en gravissant petit à petit les échelons du taekwondo, je ne m'étais jamais dit que je pourrais un jour participer aux Jeux Olympiques.

À Athènes en 2004, il y avait encore quelques différences entre les filles et les garçons au sein de notre équipe de France olympique. Même si nous avions la parité en termes de sélectionnés, nous sentions qu'il y avait une plus grande attente envers les hommes. Mais à Athènes, les choses ont évolué. Nous étions quatre athlètes (deux filles, deux garçons) et nous avons obtenu deux podiums. Le bronze pour Pascal Gentil, l'argent pour Myriam Baverel. C'est elle qui a pris la tête en termes de valeur de médaille. Ça a marqué le début d'un changement.

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Les choses ont évolué rapidement. Le taekwondo féminin et les résultats qui l'accompagnent ont  été pris davantage en considération. Cela a libéré les filles qui ne se sont plus cachées derrière les garçons, et ont commencé à s'engager réellement avec la volonté d'aller plus haut, de faire des médailles, de devenir championnes, olympiques, du monde, d'Europe. Une vraie volonté de gagner et non plus d'attendre que les résultats viennent des garçons. Y compris de la part des entraîneurs qui avaient de plus en plus d'attente autour des filles. Chez nous en taekwondo, il y a toujours eu la parité, le même nombre de filles et de garçons dans une équipe, c'est un sport qui s'est toujours voulu mixte, c'est un point important. Les différences portaient seulement sur la considération des performances.

Je ne pense pas avoir eu à surmonter des difficultés en tant que femme dans mon sport, mais j'en ai vu ailleurs, bien que cela remonte à loin. Je me souviens de la joueuse de football Hoda Lattaf qui me disait "le foot féminin, c'est dur, on n’a rien, on ne s'occupe pas de nous, on ne nous considère pas du tout". Mais tout a changé. Même si du chemin reste à faire, on voit du foot féminin à la télévision et cela me ravit. Peut-être que le taekwondo a été un sport dominé par les hommes, mais c'était il y a bien longtemps. À partir du moment où il est devenu un sport olympique, la parité a été très vite mise en avant.

À partir du moment où il est devenu un sport olympique, la parité a été très vite mise en avant. Gwladys Épangue France

Quand j'ai gagné le bronze aux Jeux de Beijing en 2008 et ensuite mes deux titres de championne du monde, j'ai senti l'intérêt monter. Mais même avant cela, en 2007 lors des Mondiaux à Beijing. Là nous n'avions obtenu qu'une seule médaille, l'argent que j'avais remporté en allant en finale. J'ai donc épargné un échec total à la France, et c'est un symbole important. Il y avait des athlètes autant attendus que moi, mais c'est une fille qui avait ramené la médaille !

Être nommée cheffe de mission pour les JOJ de Buenos Aires 2018, c'est une expérience fantastique. Beaucoup d'honneur. Il me semble que dans toute l'histoire des compétitions multidisciplinaires, il n'y avait jamais eu de femme nommée cheffe de mission de la délégation française. J'ai pris ce rôle avec beaucoup de sérieux, il me tenait à cœur d'être pertinente en tant que cheffe de mission, d'apporter des propositions intéressantes, de suivre les équipes autant les cadres que les athlètes et c'était pour moi une belle reconnaissance.

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Il me fallait m'assurer que les entraîneurs et les athlètes bénéficient de tout ce qu'il fallait pour pouvoir évoluer dans de bonnes conditions, qu'ils mangent à l'heure au self-service, qu'il puisse y avoir des transports rapides pour aller sur les lieux d'entraînement, qu’ils aient tout le matériel à disposition, que tout le monde se sente le mieux possible. Vraiment, c'était une mission très très enrichissante. Et puis, pouvoir parler avec tous les autres chefs de mission pour avoir des informations sur la manière dont ils fonctionnent chez eux, c'est également très enrichissant et nous permet d'évoluer le mieux possible. Il y avait pas mal de femmes cheffes de mission. Nous nous réunissions parfois entre nous afin d'échanger des informations, savoir comment cela se passait dans chaque pays et de quelle manière chacune avait été choisie. J'ai de plus en plus senti le mouvement vers la parité totale dans ces JOJ.


Pour moi, c'est une mission prioritaire d'inspirer le sport féminin et de faire en sorte que, d'une part, toutes les petites filles pratiquent une activité physique et sportive quelle qu'elle soit, et d'autre part, puisque nous manquons un peu de modèles, c'est mon rôle d'attirer les filles et de les inciter à se dépasser sur les terrains de sport et en dehors pour qu’elles aussi deviennent ensuite des modèles. Si au niveau politique on peut aussi se servir de ça pour inspirer toute la jeunesse, c'est une très belle arme. Je me refuse d'être uniquement un porte-drapeau du sport féminin, je veux vraiment représenter le plus grand nombre, mais la pratique féminine me tient à cœur parce qu’il faut développer, donner plus d'outils dans les clubs pour qu'elles aient les moyens de s'entraîner. Il faut qu'elles aient des modèles, il faut qu'elles voient des personnes inspirantes.

Au sein de la commission des athlètes Paris 2024, je participe à des colloques, à des réunions, à des forums, mais je ne fais pas que représenter Paris 2024.  Lorsque nous sommes entre nous au sein de la commission, j'apporte des idées sur des points techniques précis, par exemple, concernant le village olympique, nous sommes actuellement en train de réfléchir à ce que l'on pourrait emmener de nouveau, et ce qui pourrait être le mieux pour les athlètes dans le village afin qu'ils vivent une expérience unique.

Il reste encore quelques différences entre le sport masculin et le sport féminin, mais ce qui est bien, c'est que nous avons tendance à les gommer petit à petit. Gwladys Épangue France

Il reste encore quelques différences entre le sport masculin et le sport féminin, mais ce qui est bien, c'est que nous avons tendance à les gommer petit à petit. Ça commence par de la politique. Quand on sait que les Jeux 2024 à Paris seront à parité totale entre les garçons et les filles, cela me ravit. Sur 10 000 athlètes, la moitié sera des femmes, c'est un symbole très fort. Cela commence par les sportifs, et peut être qu'après, ce sera dans les instances dirigeantes. C'est pour cela qu'il est important de donner l'envie aux jeunes filles de pratiquer, parce que demain, même si elles ne deviennent pas des sportives de haut niveau, rien ne les empêchera de devenir des dirigeantes de haut niveau. Le sport est une des portes d'entrées vers l'égalité des sexes. Je défends ardemment la position du CIO vers l'égalité totale entre hommes et femmes dans le domaine sportif, comme dans celui de l'encadrement et des instances dirigeantes. "

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