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Date
10 juil. 2019
Tags
Actualités Olympiques, Tennis, Australie
Actualités Olympiques

Grands partenariats olympiques : Mark Woodforde et Todd Woodbridge, paire d’as du tennis

Mark Woodforde a beau aligné sur sa carte de visite 11 victoires dans des tournois de tennis du Grand Chelem avec son partenaire australien Todd Woodbridge, il n’en affirme pas moins que leurs médailles à Atlanta en 1996 et à Sydney en 2000 ont été les moments clés de leur carrière. Il explique comment les deux joueurs ont mis en place cette synchronicité qui les a conduits sur la plus haute marche du podium.

S’il fallait résumer l’extraordinaire relation de sympathie qui existe entre les légendes du tennis en double australien Mark Woodforde et Todd Woodbridge — les fameux « Woodies » — en une seule anecdote, la façon dont ils ont chanté l’hymne national australien sur le podium à Atlanta en 1996 s’imposerait.

"Je connaissais le premier couplet d’Advance Australia Fair, mais pas le deuxième et pour Todd, c’était l’inverse, confie Mark Woodforde en riant. Nous avons donc convenu que si nous gagnions, j’entonnerais le début et qu’il prendrait la relève. Cela nous résume parfaitement. On s’est toujours couverts l’un l’autre."


Les Woodies comptent parmi les paires masculines les plus titrées de tous les temps, avec leurs 11 victoires en Grand Chelem. Seuls les frères Bryan ont remporté plus de tournois majeurs, mais leur palmarès olympique est moindre. Cette "couverture" — Woodforde, gaucher, expert du fond de court, et Woodbridge, droitier, machine à volleyer — était essentielle.

"Un bon partenariat en double, c’est comme un puzzle, il faut assembler les pièces, dit Mark Woodforde. Je voulais jouer avec un Australien droitier et un peu plus jeune. Et Todd rêvait d’un gaucher qui pourrait lui permettre de gagner certains des plus grands tournois. Nous communiquions très bien mais, très tôt, nous avons compris qu’une connexion intuitive opérait. Nous savions où nous placer sur le terrain, ce qui signifiait en fin de compte que nous nous soutenions mutuellement. On bouchait les trous et on se couvrait mutuellement. Nous étions vraiment synchrones."

Leurs personnalités se sont également parfaitement complétées. "Nous étions le feu et la glace, poursuit Mark Woodforde. Todd pouvait nous stimuler d’un 'Allez, on accélère', quand c’était nécessaire. De mon côté, j’étais moins démonstratif. Il m’est arrivé de dire à Todd qu’on pouvait lever le pied. À certains moments, cela nous a été profitable."

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Bien que toutes les paires ne soient pas toujours unies par une amitié indéfectible une fois le court quitté, les Woodies étaient aussi bons amis. "Je pense que ça aide. Étant le partenaire le plus âgé, c’est dans la culture australienne de conseiller la jeune génération. Je savais qu’il faisait partie des meilleurs juniors de la planète."

"Nous avions les mêmes passions et je voulais connaître la personne avec qui je jouais, parce que dans les moments de pression, si vous ne connaissez pas cette personne, vous ne pourrez peut-être pas jouer 'comme un seul homme'. Nous n’avions pas besoin de nous voir sans cesse à l’extérieur, parce que nous avions ce lien spécial lors des tournois. Si vous passez trop de temps ensemble, ça peut vous détruire. Je ne me suis jamais lassé d’être avec Todd."


Mark Woodforde affirme qu’Atlanta 1996 a constitué le point culminant de son illustre carrière. "Nous étions fous de joie d’aller aux Jeux Olympiques, et cela a probablement été le moment le plus important. Quand j’étais petit, j’étais scotché devant les Jeux. Je me suis toujours demandé si j’aurais l’opportunité de devenir olympien."

"Je n’ai pas été sélectionné pour 1992, alors ça a bouillonné fort en moi et il n’était pas question que je rate Atlanta. Nous étions têtes de série numéro un, et cette année-là a peut-être été la meilleure de notre carrière conjointe. Défiler lors de la cérémonie d’ouverture et vivre au village (olympique), c’était très différent de ce que nous connaissions en tant que joueurs de tennis. Nous avons la Coupe Davis, c’est vrai, mais le tennis est un sport individuel les neuf dixièmes de l’année. Être aux Jeux Olympiques m’a enthousiasmé jour après jour. Quand on porte ces couleurs vert et or, on n’a jamais envie de retirer son survêtement. Il aurait fallu qu’on nous l’arrache."

Principaux espoirs de médaille, les Woodies sont devenus des vedettes au sein de la délégation australienne et ont favorisé une grande complicité dans le village. "Les membres de l’équipe de basketball — les Boomers — résidaient dans le même couloir que nous et nous avons bien sympathisé, se souvient Mark Woodforde. Quand on regagnait nos pénates après les matches, il y avait une camaraderie incroyable. Les autres nous voyaient comme des vainqueurs potentiels et nous désignaient en disant quelque chose du genre 'Voilà les Woodies, ils sont favoris pour l’or !'."

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"Les Boomers étaient géniaux. C’était vraiment super de rentrer chaque jour et de s’informer de leurs performances. On se souciait presque plus de leurs résultats que du nôtre et pour eux, c’était la même chose. Ils nous demandaient par exemple si on avait corrigé nos adversaires en deux sets. Quand nous sommes entrés dans le dernier carré, cela a pris plus d’ampleur, beaucoup d’autres athlètes sont venus assister à nos matches."

Les Woodies ont battu les Britanniques Neil Broad et Tim Henman en finale, mais Mark Woodforde estime que le véritable test fut en demi-finale contre le duo néerlandais Jacco Eltingh et Paul Haarhuis, battu 18-16 au terme d’une troisième manche à rallonge. "C’était le match le plus important, parce que nous les avons beaucoup affrontés sur le circuit et ils auraient pu nous battre", ajoute-t-il.

"Pareil pour le match pour la médaille d’or. La rencontre a duré très longtemps dans des conditions difficiles, celles que tous les olympiens devraient rencontrer. C’était presque un soulagement de jouer contre Henman et Broad. Tim était un grand joueur, mais il ne disputait pas beaucoup de doubles. C’était plus important pour eux que pour nous. Nous avions donc un avantage. C’est probablement le moment sportif qui m’est le plus cher. Chanter l’hymne, regarder le drapeau monter et voir les autres olympiens australiens dans le public, c’était assez impressionnant."

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Après s’être couverts de gloire à Atlanta, les Woodies sont arrivés aux Jeux de Sydney en 2000 avec une double étiquette, celle de favoris et de régionaux de l’étape. Ces Jeux procurent aujourd’hui des sentiments mitigés à la paire, qui a échoué en finale contre les Canadiens Sébastien Lareau et Daniel Nestor, lors de ce qui allait être leur dernier match ensemble.


"Les souvenirs de Sydney ne s’effaceront jamais, dit Mark Woodforde. C’était super de jouer devant notre public, nous avions vécu une grande année et c’était notre dernière compétition, car j’allais prendre ma retraite. Les Jeux Olympiques véhiculent de toute façon beaucoup d’émotion, il s’agissait donc d’une combinaison extrême. Finalement, nous avons perdu. Pas parce que nous avons mal joué, mais parce que nos adversaires canadiens ont été exceptionnels. Nous avons été déçus, mais nous sommes dit ensuite que même avec de l’argent autour du cou, notre association avait valeur de médaille d’or. C’était peut-être une façon d’arrondir les angles après la défaite, mais cela prenait tout son sens dans ce contexte."

Le pouvoir des Jeux résonne toujours aussi fort dans la tête de Mark Woodforde. "Je fais souvent des conférences dans les écoles et j’amène mes médailles. C’est incroyable de voir l’effet qu’elles ont sur les enfants et les adultes, dit-il. Elles sont envoûtantes. Les gens gravitent autour d’elles."

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"On peut me présenter comme un champion aux 17 titres du Grand Chelem [il a gagné un double masculin sans Todd Woodbridge et cinq doubles mixtes], ce qui est super, mais j’ai appris que je pouvais m’en passer. Je peux simplement dire que je suis Mark Woodforde, un olympien qui a réussi à gagner une médaille d’or et une d’argent, et cela suffit. Je n’ai pas besoin du reste de mon palmarès."

Ces médailles d’or et d’argent ont hissé au passage les Woodies en belle compagnie : ils figurent ainsi au 27e rang du classement des joueurs de tennis, tous sexes confondus, les plus médaillés de l’histoire olympique, ex aequo avec un certain Roger Federer. "C’est une information géniale, dit Mark Woodforde. À partir d’aujourd’hui, je vais la placer dans mes conversations. Ce n’est pas trop mal d’être au niveau de Roger Federer, et ce quel que soit le domaine !"

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