skip to content
Athènes 1896

Garrett change de disque avec bonheur

Carrément à l’opposé de compatriote James Connolly, Robert Garrett est issu d’une famille aisée de Baltimore. Son arrière-grand-père, Robert Garrett, a fondé la banque Robert Garrett & Co., qui a contribué au financement de l’extension vers l’ouest du chemin de fer Baltimore & Ohio dont son grand-père, John Work Garrett, et son oncle, Robert Garrett également, sont devenus présidents ultérieurement.


Le jeune Robert Garrett entre à l’université de Princeton en 1893. Bien que sportif assidu, il ne fait guère impression sur la piste et se tourne vers les concours. Il deviendra ainsi l’un des meilleurs lanceurs de poids du circuit universitaire américain, tout en affichant de belles dispositions pour la longueur et la hauteur.

Lorsque le Baron Pierre de Coubertin, fondateur du CIO, convoque les plus éminentes figures sportives internationales de l’époque à une réunion à Paris en 1894, William Milligan Sloane, professeur de lettres classiques à Princeton, fait partie des Américains présents. Coubertin charge ainsi Sloane et un autre enseignant américain d’Harvard de mettre sur pied une équipe américaine.

Garrett est l’un des étudiants de Sloane. À l’époque, il est capitaine de l’équipe d’athlétisme de Princeton et il fait partie de ceux à qui l’on demande d’aller à Athènes. En fait, c’est la mère de Garrett, une veuve fortunée, qui finance le voyage de l’intégralité du contingent de Princeton pour les Jeux.

L’intérêt de Garrett le lanceur de poids grandit lorsqu’il apprend qu’il y aura aussi une épreuve de disque aux Jeux. Le hic, c’est qu’à cette époque, cette discipline antique n’est absolument pas pratiquée aux États-Unis. Qu’à cela ne tienne, Garrett et Sloane se mettent à éplucher quelques textes grecs anciens et à examiner des vases pour déterminer ce qu’il faut faire exactement pour lancer le disque, puis, après avoir estimé le poids et les dimensions de l’engin, ils demandent à un forgeron du New Jersey de lui en fabriquer un ! Toutefois, comme son petit-fils l’indiquera plus tard, « Je crains qu’il ne se soit un peu trompé dans ses calculs… »

Lorsque Garrett et le reste de la colonie américaine s’embarquent pour Athènes via l’Italie, l’engin est prêt. Durant le voyage, Garrett s’entraîne sur le pont du bateau avec un disque colossal, s’efforçant de le lancer aussi loin que possible. Il pense qu’il aura néanmoins beaucoup plus de temps pour s’entraîner une fois en Grèce, mais là encore, il fait fausse route.

Les Américains ignorent en effet que les Grecs utilisent l’ancien calendrier julien, et ils sont persuadés que les Jeux commenceront le 18 avril alors qu’ils vont s’ouvrir en réalité le 6. Du coup, les Américains doivent effectuer un voyage effréné par la route, de Naples à Athènes où ils arrivent le jour de la cérémonie d’ouverture. Garrett se rue directement vers le stade où il rencontre un athlète grec qui lui explique que le disque utilisé à cette époque par les Grecs pèse moins de 2,5 kg et que son diamètre mesure 20 centimètres, soit quelque 13 kg et 10 cm de moins que la réplique qu’il a fait réaliser, de la taille d’une bouche d’égout !

Garrett gagne la compétition comme il se doit en battant le lanceur grec chevronné Panagiotis Paraskevopoulos et en établissant un nouveau record du monde. Il s’agit d’un exploit remarquable pour un jeune homme qui, quelque mois plus tôt, ne savait même pas à quoi ressemblait un disque et n’en avait pas plus touché un véritable avant d’arriver à Athènes.

« Je voulais participer à un maximum d’épreuves pour m’amuser, se souviendra Garrett 60 ans plus tard. J’ai participé à l’épreuve du disque en étant persuadé que je terminerais bon dernier. La technique de lancer était tout à fait nouvelle pour moi. »

« J’ai lancé l’engin à 29,150 m ce qui est devenu plus tard un record des lycées américains, ajoutera-t-il. Personne n’a fait mieux et c’est pourquoi j’ai gagné, mais j’ai été largement le plus surpris lorsque j’ai reçu mon prix. »

Sa moisson de médailles à Athènes ne s’arrête cependant pas là. Garrett va également gagner le lancer du poids en devançant deux adversaires grecs de taille. Il terminera également deuxième et deuxième ex aequo (avec James Connolly), respectivement en longueur et en hauteur, ce qui portera son total à deux médailles d’or et deux d’argent selon les termes actuels.

Ses médailles olympiques seront malheureusement détruites en 1930 lors de l’incendie du gymnase de Princeton, mais son histoire a été immortalisée à l’écran en 1984 avec la série The First Olympics : Athens 1986.

back to top En