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Date
05 août 1948
Tags
Londres 1948

Etienne Gailly - Athlétisme


Le marathon masculin des Jeux de 1948 fut une bien curieuse affaire. Deux des trois médaillés n’avaient jamais couru la distance auparavant et l’homme qui demeura en tête pratiquement toute la course tituba à son passage sur la ligne d’arrivée quasiment incapable de bouger. Malgré tout et, en dépit du fait que le titre lui échappa, il gagna l’affection de tous ceux qui assistèrent à l’épreuve.

Il s’agissait du Belge Etienne Gailly, qui était mené par une détermination sans faille galvanisé par ses expériences de guerre, dans ce qui était son premier marathon. Évadé en 1943 de Belgique occupée par les Allemands, il avait à 20 ans traversé la France avant d’être arrêté en Espagne. Après six mois de prison, et bien qu’il lui eût été ordonné de rentrer en Belgique, il rejoignit les forces belges libres en Angleterre, par le Portugal et Gibraltar. Devenu parachutiste à la suite d’un entraînement militaire qui comptait de l’athlétisme il avait participé au débarquement en 1944. Bouleversé par les désastres de la guerre, il s’était promis de remporter une médaille d’or pour son pays et au moins d’aller au bout de ses forces dans son effort pour y parvenir. Bon coureur, il opta pour le marathon. Sans être spectaculaires, ses résultats en fond s’avéraient néanmoins remarquables et il affichait une volonté de fer. Avant la course, Gailly et son entraîneur s’étaient fixé le but de courir en 2h 30 et ils établirent un modèle à suivre en conséquence : il devait ignorer ses rivaux, garder l’œil rivé sur son chronomètre et s’en tenir à son horaire. À sa propre surprise, à mi-parcours, Gailly menait en tête et il y demeura quelque temps. Après 32 km cependant, il fut finalement dépassé par le Coréen Choi Yoon-chil, puis par l’Argentin Delfo Cabrera, autre bleu du marathon. Rapidement Choi s’éclipsa exténué et Gailly redoubla d’effort pour reprendre la tête. Mais à son arrivée dans le stade, son corps lui fit défaut, et il ne progressa plus qu’au pas de marche.

Les souvenirs du marathon de 1908 à Londres également refirent surface, quand l’Italien Dorando Pietri en tête chancela lui aussi à l’arrivée. L’Argentin Cabrera passa la ligne le premier suivi du Britannique Tom Richards et Gailly s’effondra presqu’avant l’arrivée. Il se retint néanmoins et c’est en titubant qu’il franchit la ligne et remporta le bronze – récompense d’une détermination absolue et inébranlable.

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