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IOC Ian Jones
Date
20 févr. 2016
Tags
Lillehammer 2016 , JOJ , Actu CIO

Discussion avec les champions : « Soyez vous-même, soyez une personnalité, et tout le reste arrivera ! »


Thomas Bach, président du CIO, Angela Ruggiero, quadruple médaillée olympique en hockey, membre de la commission des athlètes du CIO et de celle de coordination des JOJ 2016, Felix Gottwald, triple champion olympique en combiné nordique, Claudia Nystad, double médaillée d’or en ski de fond et Anette Sagen, pionnière du saut à ski féminin ont participé à la 3e et dernière session de « Discussion avec les champions » portant sur l’image de marque des athlètes.

Thomas Bach, champion olympique d’escrime en fleuret par équipes en 1976, répond tout d’abord à la question de savoir comment il gérait son image en tant qu’athlète avant l’ère internet. « Je n’aime pas parler de marque olympique ou d’image de marque », explique-t-il. « Il s’agit de beaucoup plus de choses. « Marque », c’est un mot qui évoque le monde des affaires. Dans le mouvement olympique et aux Jeux, nous ne devrions parler que de valeurs, Notre but est de les promouvoir. Il n’est pas de construire une marque pour qu’elle soit populaire, et profitable, comme on le ferait dans les affaires ».

« Nous devrions réfléchir à promouvoir les valeurs olympiques. A transmettre au monde l’inspiration que nous procurent les Jeux Olympiques de la Jeunesse. Et si vous parlez d’image de marque d’un athlète, ou comment il devrait la gérer, la réponse est simple : il doit montrer sa personnalité. Soyez vous-même. Soyez authentique. N’essayez pas de jouer un rôle. Votre personnalité ne ressortira que si vous êtes vous-même. C’est le seul conseil que je peux donner ».

Angela Ruggiero rebondit sur les propos du président en expliquant que les athlètes peuvent devenir des modèles, inspirer les plus jeunes à faire du sport, utiliser les réseaux sociaux pour évoquer les causes qui leur tiennent à coeur et pour diffuser les valeurs olympiques.

A quel moment Felix Gottwald a-t-il réalisé qu’il s’était fait un nom, qu’il était devenu une marque et qu’il avait des responsabilités ? «  « J’ai réalisé que j’avais un nom avant même que je fasse du sport. Mes parents m’ont appelé Felix, un prénom programmé puisqu’il signifie « le chanceux ». Le champion allemand de combiné nordique insiste également sur le fait qu’il faut avant tout rester soi-même. Sinon, « vous allez utiliser trop d’énergie en voulant jouer un rôle ». Et d’ajouter : « Dans cet espace « Apprendre et Partager », il n’est pas nécessaire de parler de valeurs, parce qu’on y entre, et on les ressent ! Trouvez un moyen de les incarner ! Dans les vrais Jeux, c’est « plus vite, plus haut, plus fort. » Alors qu’ici c’est beaucoup plus de choses. Il faudrait pouvoir inspirer les ainés aussi, ils en ont besoin ! »

Qu’apportent les Jeux Olympiques de la Jeunesse aux Jeux Olympiques ? Thomas Bach note tout d’abord que les athlètes qui concourent à Lillehammer sont ceux de demain et qu’il espère que beaucoup d’entre eux disputeront les Jeux dans le futur. « Les Jeux concernent toujours le futur. J’ai récemment entendu une bonne phrase : « Le mouvement olympique et les Jeux ne concernent pas la mémoire, ils concernent les rêves ». Ici, les athlètes vivent ces rêves. Au CIO, quand nous prenons des décisions, nous devons être conscients qu’elles prendront effet dans 7, 9 ou 10 ans. L’élection d’une ville hôte, ça démarre neuf ans plus tôt ».

« Il faut toujours avoir la vision de la manière dont la société, le sport, auront évolué dans neuf ans. A quoi penseront les futurs athlètes ? On parle maintenant de 2024. Ce ne sera pas comme à Londres. Ça a été un énorme succès, mais ça fait partie de l’histoire. Les décisions que nous devons prendre doivent aller dans ce sens : comment penseront les athlètes en 2024 ? Et il s’agit de vous ici, ou à Buenos Aires 2018. Quel sera leur environnement sociétal, est-ce que le sport de haut niveau sera plus apprécié ou moins apprécié, auront-ils le même soutien que celui dont ils bénéficient aujourd’hui, qu’est que cela signifie pour leurs carrières professionnelles, et ainsi de suite. En ce sens, oui, ces JOJ de Lillehammer, vont déjà inspirer en partie les JO d’hiver 2018 et encore plus ceux de 2022 ».

Ne devenez pas une marque !

« Ne devenez pas une marque ! » répond Thomas Bach à la question de savoir comment travailler avec les sponsors, « Soyez une personnalité, soyez un athlète. Vous êtes des êtres humains ! Tous les athlètes ont une grande personnalité, ils ont tous une histoire à raconter. Ils ont tant fait pour en arriver là ! Ils ne devraient pas se dévaloriser en essayant de devenir une marque. Soyez vous-même, soyez une personnalité, et tout le reste arrivera. Ayez cette confiance en vous pour ne pas essayer de prendre des habitudes ou adopter des comportements destinés à satisfaire les gens pour une semaine, et puis ils vous oublieront. Ne devenez pas une marque ! ».

Anette Sagen approuve les propos du président. Elle explique que l’on doit être soi-même face aux médias, et qu’elle aurait pu faire fortune en devenant conférencière, « mais cela n’a jamais été une option pour moi, je n’ai jamais voulu vendre mon nom…..ici aux JOJ et dans des évènements identiques, je suis prête à raconter mon histoire, à partager mon expérience et essayer d’inspirer, mais j’ai une vie privée, je suis étudiante, et un jour, j’aurai un travail normal ».

Quel impact l’expérience des JOJ va-t-elle avoir sur la vie des jeunes athlètes ? « Ici, presque tout le monde est à l’école, il n’est pas encore question de penser à l’argent » dit Claudia Nystad. « Je n’ai jamais vu quelque chose comme cet espace « Learn and Share ». Ça n’existe pas dans les vrais Jeux. Ça a été si génial pour moi cette semaine de voir comment travaille le CIO et ce qu’on peut faire avec son sport. Les petites nations hivernales sont tellement intéressées ! Je sais qu’elles en retirent beaucoup. Je sais qu’ils rentreront chez eux en sachant comment ça marche, en connaissant la structure des JO. Ils prennent beaucoup de plaisir à se rencontrer. Je l’ai vu ici. Ils retourneront chez eux beaucoup plus riches ! »

Thomas Bach revient sur la création de la commission des athlètes du CIO, dont il fut le premier président. Lors du congrès fondateur, il avait pris la parole pour demander l’abandon du mot « amateur » dans la charte olympique. « Nous expliquions que tout le monde gagnait de l’argent avec le sport, mais que les athlètes n’y avaient pas droit, alors qu’ils auraient dû ! Aujourd’hui, pour rencontrer le succès dans le sport, et réussir commercialement, ne changez pas votre personnalité. Vous avez plusieurs approches possibles. Et votre approche, c’est votre personnalité. Vous pourrez aller donner des conférences, mais vous ne serez pas invité à le faire si c’est ça que vous recherchez, si vous vous comportez uniquement de façon à être invité, si vous vous agissez seulement de façon artificielle pour attirer les sponsors. C’est une erreur. SI vous voulez commercialiser votre succès, soyez les bienvenus. Accordez-vous aux règles et ne changez pas votre personnalité. C’est mon plaidoyer ! ».

Apprendre et Partager

IOC

Angela Ruggiero ajoute qu’à Lillehammer, les jeunes olympiens ont compris le sens des valeurs olympiques à travers leur expérience : excellence, amitié, respect. Ils disposent désormais de tous les outils pour diffuser leur message, notamment à travers les réseaux sociaux. « Pensez à votre position de modèle, à tous les jeunes enfants que vous pouvez atteindre, à l’impact que vous pouvez avoir. Vous devez parler des valeurs olympiques. Vous disposez d’une plate-forme pour parler de ce dont vous vous souciez et de la façon dont votre vie a changé, et pour dire pourquoi le monde est différent grâce au sport. »

Elle évoque également l’importance du programme apprendre et partager des JOJ. « C’est unique ! J’ai eu la chance de disputer quatre Jeux d’hiver en hockey. On est avant tout concentré sur l’objectif. On peut être exposé à l’agence mondiale anti-dopage, ou au suivi de carrière et aux autres programmes que le CIO met à disposition des athlètes, mais vous n’avez pas cette grande variété d’activités, vous n’avez pas le temps, vous n’avez pas ces merveilleux bénévoles qui viennent vous parler, vous apprendre, vous écouter. C’est l’aspect unique des JOJ. Notre commission va en parler. Il y a peut-être un moyen d’incorporer cet aspect aux Jeux, car c’est un moment si précieux à expérimenter pour les athlètes ».

Tout en soulignant que les JOJ de Lillehammer rencontrent un grand succès, Thomas Bach se dit heureux d’apprendre que les jeunes athlètes sont venus vers la totalité des champions participant à cette discussion pour leur demander conseil. Il souligne l’importance du cercle vertueux : « inspirer et être inspiré. « Pour ce qui est des JO, nous devons nous pencher sur le format pour des athlètes plus matures, plus concentrés sur la compétition, nous devons trouver des nouveaux moyens, nous pourrions les informer davantage et faire plus de choses dans le monde numérique. J’espère donc qu’avec la chaine olympique, nous pourrons nous adresser à eux tous, et aussi à un public plus large, une fois de plus en utilisant leur expérience pour diffuser notre message à une large audience ».

Le président du CIO donne trois conseils aux jeunes athlètes : « Gardez cet esprit olympique en vie après les JOJ, partagez votre expérience avec les autres et continuez à travailler dur afin qu’un jour, vous réussissiez à vous qualifier pour les JO ! ».

Angela Ruggiero répond enfin à la question de savoir quel a été son meilleur moment à Lillehammer. « Je fais partie de la commission de coordination qui préparé cet évènement. Mon meilleur moment ? C’était aujourd’hui même : le concours d’habileté en hockey sur glace. Tous ceux qui y participaient ont spontanément organisé un vrai match de hockey entre eux. 27 nations représentées sur la glace ! Ils se sont juste partagés en deux équipes, garçons et filles mélangés. Et ils ne faisaient que s’encourager, se taper dans les mains, affichant entre eux un immense respect. Je me suis dit « les JOJ, c’est ça ! ». On s’affronte, mais on aime le sport et le hockey et on joue ensemble; Avoir tous ces pays qui s’amusent sur le même terrain, quel grand moment olympique ! »

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