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PyeongChang 2018

Cinq médailles, trois éditions des Jeux, deux patineurs artistiques accomplis

À l'occasion de l'anniversaire d'une de ses nombreuses victoires, la Canadienne Tessa Virtue revient sur un parcours olympique hors du commun durant lequel son partenaire de danse Scott Moir et elle sont parvenus à contenir leur nervosité et surmonter leur sentiments ambivalents pour être finalement récompensés lors de plusieurs éditions des Jeux Olympiques. 

 

Lorsque les danseurs sur glace Tessa Virtue et Scott Moir décident de participer aux Jeux Olympiques d'hiver de PyeongChang 2018, ils n'obtiennent peut-être pas tout à fait la réponse qu'ils espéraient. "Nous prenions un gros risque en revenant à la compétition", se rappelle Tessa. "Personne n'était content. Ni nos adversaires, ni notre fédération, ni nos amis. Nos familles pensaient que nous étions fous. Nous avons dû leur prouver que nous le faisions pour les bonnes raisons. Nous nous sommes focalisés sur la méthode afin de voir ce dont nous étions capables."


Le parcours olympique de Tessa Virtue et Scott Moir était déjà incroyable. Tous deux figuraient parmi les athlètes canadiens les plus reconnus et les plus appréciés – et nombreux étaient ceux qui pensait qu'une troisième participation aux Jeux serait l'étape de trop pour le couple de danseurs. Tessa et Scott avaient remporté l'or en danse sur glace lors de leur première prestation aux Jeux, à domicile, à Vancouver en 2010. Ils n'avaient alors que 20 ans (pour Tessa) et 22 ans (pour Scott). Quatre ans plus tard à Sotchi en 2014, ils décrochaient l'argent – un bon résultat, mais pas celui que l'on attendait. "Nous ne voulions pas aller à PyeongChang et compléter la série avec du bronze", reconnaît Tessa.

"Le fait de nous éloigner de la compétition pendant un certain temps nous a permis de voir les choses sous une perspective nouvelle, et ça a payé. Nous ne nous sommes pas laissé gagner par la nature dévorante du sport. Nous avions eu la possibilité de faire autre chose, de voir qu'il y avait un grand et vaste monde dehors. Nous nous sommes alors rendu compte que nous avions de la chance de patiner, qui plus est sur une patinoire olympique."

Leur approche toute militaire de l'entraînement a été payante. "Je me rappelle m'être dit 'mission accomplie' dans l'avion qui nous emmenait en Corée, parce que nous avions fait tout ce que nous pouvions pour être prêts", confie Tessa.

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"Nous étions parfaitement préparés, très concentrés, dans notre bulle. Bien sûr, ça reste du sport et on ne sait jamais ce qui va se passer lorsque la musique commence, mais nous étions sur la même longueur d'onde. J'étais là et bien là. J'avais l'impression que rien ne pourrait m'arrêter. Nous avions confiance dans notre équipe et notre entourage, nous avions les meilleurs spécialistes avec nous. Nous étions au bon endroit, au bon moment."

En dépit de leur parfaite préparation, Tessa Virtue reconnaît avoir eu la boule au ventre avant d'entrer sur la glace pour leur ultime et époustouflante prestation (après avoir remporté l'or par équipes). "Nous patinions en dernier, nous devions donc patienter 45 minutes après notre échauffement. De longues minutes angoissantes. C'était terrifiant. Je ne souhaite à personne de vivre cela. Je me suis interrogée sur toutes les décisions que j'avais prises tout au long de ma vie."


Et de poursuivre : "Scott n'arrêtait pas de me dire que c'était ce que nous voulions. Aujourd'hui, il reconnaît que c'était juste pour m'aider à me sentir mieux, il allait aussi mal que moi en réalité. Nous savions que nous n'avions pas droit à l'erreur car nous étions certains que Gabby [Gabriella Papadakis] et Guil [Guillaume Cizeron] allaient assurer – et c'est ce qu'ils ont fait."

Dans le programme libre, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron battent le record du monde du total de points. Quelques minutes plus tard, après une prestation éblouissante, Tessa Virtue et Scott Moir établissent un nouveau record du monde et décrochent leur cinquième médaille olympique, ce qui en fait les patineurs artistiques les plus titrés de l'histoire olympique.

"Le fait de concourir à PyeongChang nous a rendus heureux", confie Tessa. "Notre plus grande joie était d'être sur la glace. Tout tournait autour de ce que nous allions devoir accomplir pour remporter la compétition. Nous avons fait en sorte de profiter pleinement de chaque moment passé loin du public pour nous répéter que c'était tout ce dont nous avions toujours rêvé."

Ainsi que Tessa Virtue le reconnaît, chacune de leurs expériences olympiques a été radicalement différente. "C'est intéressant de repenser à Vancouver ; nous n'étions que des gamins. Nous étions un peu naïfs. Je ne suis pas certaine que nous ayons pris la pleine mesure des Jeux Olympiques. Bien sûr c'était notre rêve, mais je ne pense pas que nous ayons eu la moindre idée de ce que cela représentait vraiment. Nous savions que c'était notre moment, nous étions prêts."

 

"C'est facile d'idéaliser les choses après coup, mais nous étions tellement fiers de la façon dont les Canadiens accueillaient le reste du monde. Toute la ville était en effervescence, c'était magique. Nous avions aussi trouvé une certaine forme de sérénité sur la glace. Je pense que c'était la première fois que nous ressentions un tel sentiment ; nous étions totalement pris par ce que nous faisions en tant qu'athlètes. Nous étions en phase. Pour être tout à fait honnête, nous avons passé huit ans à essayer de retrouver ce sentiment. Et ce n'est qu'à Pyeongchang que nous y sommes parvenus. La boucle est bouclée, c'est une belle façon de mettre fin à notre carrière olympique."

De nombreux fans canadiens repensent aux Jeux de Sotchi 2014 avec amertume : la médaille d'argent de Tessa Virtue et Scott Moir a en effet fait l'objet d'une controverse sur la notation. Tessa, elle, voit les choses d'un œil totalement différent. "Si vous comparez les trois éditions des Jeux, je dirais qu'en termes d'expérience globale, Sotchi se détache nettement. Ce fut le meilleur mois de ma vie."

"C'était Scott et moi contre le monde entier. Nous avons bataillé dur cette saison-là. Nous nous sommes sentis isolés, nous n'arrivions pas à contenter les gens autour de nous, ni les juges. Nous étions l'équipe que les autres voulaient que nous soyons, au lieu d'être nous-mêmes. Mais, ensemble, nous avons trouvé la résilience et la force dont nous avions besoin. Parce que nous avions le sentiment que tout était contre nous, nous en avons profité pleinement. Nous avons fait la fête ; nous avons assisté à des épreuves. C'était la liberté totale. Et nous étions satisfaits de nos prestations. Si les Jeux de Sotchi avaient été nos derniers Jeux, nous n'aurions éprouvé aucune amertume."

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"Meryl [Davis] et Charlie [White, États-Unis, médaillés d'or] formaient une équipe remarquable qui a tenu toutes ses promesses. Les gens ne veulent pas parler de Sotchi avec nous. Tout le monde pense que c'est un mauvais souvenir, or c'est faux."

La question que tout le monde se pose demeure néanmoins sans véritable réponse. Tessa Virtue et Scott Moir n'ont pas totalement écarté la possibilité de patiner aux Jeux de Beijing 2022 – aucun non catégorique jusqu'ici.

"Je ne pense pas", a déclaré Tessa lorsqu'on lui a demandé si une quatrième participation aux Jeux la tentait. "Aucune annonce officielle n'a été faite ; il faut faire attention à ce que l'on dit. Je pense qu'un communiqué sur ce que nous allons faire sortira bientôt. Faire mieux qu'à PyeongChang – où  nous avons porté le drapeau et remporté les deux épreuves auxquelles nous participions – va être difficile. Parfois, il faut savoir quand s'arrêter. La flamme de la compétition brûlera toujours en nous, mais nous devons aussi faire preuve de clairvoyance, sinon on se retrouve à vouloir patiner aux Jeux Olympiques à 75 ans."

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Le couple prépare actuellement une grande tournée au Canada pour remercier le public de l'avoir soutenu pendant vingt ans et lui donner quelque chose en retour. Cette tournée est une véritable stimulation sur le plan créatif pour Tessa, qui envisage également de passer un MBA.

"Avant, chaque décision que je prenais revenait à répondre à cette question : est-ce que cela va m'aider à gagner aux Jeux Olympiques ?. Sans tout cela, la vie est tout à la fois intimidante et passionnante. Et je ne me suis pas encore lassée de Scott… Travailler ensemble est tout ce que nous avons toujours connu ; sur cette tournée, nous découvrons une autre facette de nous-mêmes, dans un cadre professionnel. Nous avons beaucoup de respect l'un pour l'autre, aussi bien sur le plan créatif que technique. Nous essayons de faire bouger le patinage, nous sommes donc inextricablement liés l'un à l'autre pour un certain temps encore."

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