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Getty Images/IOC
Date
31 mars 2017
Tags
Berlin 1936 , Athlétisme , Actu CIO , OWENS, Jesse

Carl Lewis et Michael Johnson jugent Jesse Owens « incomparable »

Deux géants de l’athlétisme reviennent sur les prouesses de Jesse Owens sur la piste et au-dehors. Ils analysent les défis profonds auxquels il a été confronté et s’émerveillent qu’un champion olympique de sprint et de saut en longueur ait également détenu un record du monde sur les haies.

Deux hommes, dans l'histoire du sport, ont réalisé le quadruplé sprint-saut en remportant le 100 m, le 200 m, le relais 4 x 100 m et le saut en longueur lors de la même édition des Jeux Olympiques. Tous deux sont nés aux États-Unis, en Alabama, et tous deux étaient dotés d’une telle élégance indolente qu’on aurait volontiers passé des jours entiers à les regarder courir.

Pour Carl Lewis cependant, les exploits de son camarade de l’Alabama Jesse Owens, quadruple champion olympique aux Jeux de Berlin 1936, méritent tous une mention spéciale.

« Ce qu’il a fait est tout simplement incroyable : prendre le bateau, traverser l’océan et gagner quatre médailles d’or », dit Lewis qui a gagné pour sa part l’or du 100 m, du 200 m, du relais 4 x 100 m et de la longueur à domicile, lors des Jeux de Los Angeles 1984.

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« Croyez-moi, c’est difficile de remporter le saut en longueur et quelque chose d’autre, point barre, ajoute-t-il. On exagère quand même quelque peu en parlant de facilité (gagner quatre épreuves lors d’une réunion). Lui l’a fait alors qu’il devait gérer plein d’autres choses. Je l’ai toujours considéré comme un modèle, quelqu’un à imiter, et pas seulement sportivement. »

Lewis fait bien sûr référence au défi presque inimaginable qu’a dû relever Owens, en tant qu’Afro-Américain courant dans le Berlin d’Hitler, au plus fort du nazisme.

Son compatriote américain, le légendaire sprinter Michael Johnson, lui-même auteur d’un doublé olympique unique, partage le point de vue selon lequel Owens trône seul au sommet du panthéon de l’athlétisme.

Je l’ai toujours considéré comme un modèle, quelqu’un à imiter, et pas seulement sportivement. Carl Lewis

« J’ai énormément de respect pour Jesse Owens, dit Johnson. C’était tout simplement un athlète phénoménal. Ce qu’il a accompli, lors du peu de temps qu’il a concouru sur la scène internationale et aux Jeux, est sans précédent et toujours inégalé à ce jour. »

« Bien entendu, tout le monde sait ce qu’il a dû affronter, à l’étranger en 1936 quand il a participé aux Jeux, ainsi qu’à son retour chez lui aux États-Unis, ce qui rend ses exploits encore plus particuliers », ajoute le vainqueur du 200 m et du 400 m des Jeux Olympiques d’Atlanta 1996 - un exploit sans précédent et toujours inégalé.

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« C’est pourquoi il est incomparable, pour ce qu’il a fait et comme athlète. »

Pour Lewis, dont les parents avaient environ 10 ans de moins qu’Owens et ont été confrontés à certains des mêmes défis raciaux durant leur vie, le fait de découvrir que son héros a rencontré des difficultés dans son propre pays a eu un impact particulier.

Ce qu’il a accompli, lors du peu de temps qu’il a concouru sur la scène internationale et aux Jeux, est sans précédent et toujours inégalé à ce jour. Michael Johnson

« C’est curieux : tout le monde parle d’Hitler et de la façon dont Owens a mis à mal l’idée de la suprématie de la race aryenne, mais lorsqu’il est ensuite revenu chez lui, il a été exclu de sa propre fête (une manifestation en son honneur qui a eu lieu fin 1936 à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York) principalement à cause de la couleur de sa peau. Il a dû monter à l’étage en empruntant le monte-charge de service », dit Lewis.

« Si vous regardez sa vie, il est célèbre pour ce qu’il a fait à Berlin, mais en son temps ce n’était qu’un Noir de plus, qui n’avait pas le droit de prendre l’ascenseur. »

Tous deux (Lewis dans les années 70, Johnson dans les années 80) ont trouvé énergie et inspiration auprès de l’histoire remarquable d’Owens, lorsqu’ils ont entamé leur parcours de jeunes athlètes. Alors que Johnson a étudié Owens, comme il l’a fait avec tous les ténors du sprint, Lewis, lui, a eu la chance de rencontrer l’homme en chair et en os.

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« Je le connaissais de réputation, mais cela (une discussion en tête-à-tête lors d’une épreuve d’athlétisme locale) est devenu plus personnel, ce qui constitue une sacrée différence », dit Lewis, qui possède une photographie sur laquelle il apparaît avec Owens et son père.

Il a également assisté en direct à une conférence de son héros.

« C’était lors des Jesse Owens Games, une épreuve au cours de laquelle il a parlé à tous les gamins participants, raconte Lewis. J’y étais, et c’était vraiment exceptionnel de l’entendre raconter son aventure de Berlin et ce qu’il a traversé. C’était vraiment fantastique. »

Si les deux hommes s’accordent pour dire que battre les meilleurs du monde dans quatre épreuves lors des mêmes Jeux est vraiment spécial, Johnson reste impressionné par une facette moins connue du talent d’Owens.

On oublie souvent que Jesse Owens était un fantastique hurdler et qu’il a battu un record du monde sur les haies Michael Johnson

« On oublie souvent que Jesse Owens était un fantastique hurdler et qu’il a battu un record du monde sur les haies », dit un Johnson incrédule, émerveillé par cette aptitude à combiner la puissance utilisée en sprint et en saut avec la technique de franchissement des haies.

Owens a battu ce record du monde lors des fameuses 45 minutes de folie de la réunion universitaire d’Ann Arbor en mai 1935, au cours desquelles il a battu cinq records du monde et en a égalé un sixième.

« C’est assurément l’un des exploits les plus exceptionnels dont j’ai jamais entendu parler, tous sports confondus », dit Johnson.

« Incomparable » semble donc bien l’adjectif le plus adapté au regretté Jesse Owens. Parole de deux hommes qui en savent quelque chose.
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