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Benjamin Toniutti : "Les Jeux de Tokyo en 2021, une nouvelle aventure"

Benjamin Toniutti Getty Images
Benjamin Toniutti, lequel a dépassé en 2019 les 300 sélections en équipe de France de volleyball, en est le capitaine depuis déjà sept ans et l'un des meilleurs joueurs au monde à son poste de passeur. Il vit le report des Jeux de Tokyo, pour lesquels les "Bleus" se sont qualifiés avec la manière, de la façon la plus positive possible, motivé à l'idée de vivre une nouvelle aventure avec ses coéquipiers à l'été 2021.


Capitaine de l'équipe de France de volleyball depuis 2013, Benjamin Toniutti, qui évolue au poste de passeur, a accompagné la renaissance d'une formation deux fois gagnante de la Ligue mondiale (2015, 2017), championne d'Europe (2015) et deux fois qualifiée sur le terrain pour les Jeux, à commencer par ceux de Rio en 2016. "Ma première expérience olympique, ça a été un moment fort, que ce soit la cérémonie d'ouverture, notre premier match… et puis la suite où nous avons été forcément très déçus de notre résultat, car nous voulions faire mieux. Nous n'avons pas atteint les quarts de finale en perdant un match couperet face au Brésil qui est ensuite devenu champion olympique", explique-t-il.

Il souligne en particulier la découverte d'un autre rythme, un peu déstabilisant avec notamment des matches tous les deux jours. "Mais je garde un très bon souvenir des Jeux de Rio, malgré cette 9e place au final. Le village en particulier était quelque chose d'extraordinaire, croiser autant de monde au même endroit, ces énormes réfectoires, ce brassage international… C'est pour cela que l'on dit que disputer ses premiers Jeux est quelque chose de difficile car même si nous étions très concentrés, il est vrai que ce qui n'a pas marché, c'est que nous n'avions pas réussi à nous "mettre dedans" comme nous l'aurions dû."


Dans son parcours qualificatif pour les Jeux de Tokyo, l'équipe de France a manqué une première chance en août 2019 lors du tournoi intercontinental organisée par la FIVB, battue par la Pologne qui a ainsi décroché son billet. Elle s'est ensuite extraite avec bonheur en janvier 2020 d'un tournoi qualificatif européen particulièrement compliqué organisé à Berlin en Allemagne. "Nous sommes arrivés un peu dans l'inconnu, avec de nombreuses blessures, des joueurs absents, en fait, tous les problèmes qui peuvent affecter une équipe de sport collectif nous sont tombés dessus au même moment, sur un même tournoi, et il s'agissait du tournoi le plus important", souligne-t-il.

"Du coup, le sélectionneur a choisi les joueurs les plus en forme du moment, et cette qualification est venue de tout le monde, de tout le groupe, dans un tournoi long, difficile, qui ne délivrait qu'une place pour les Jeux. Nous avons retourné la situation en demi-finale où nous étions menés 2 sets à 0 par la Slovénie avant de revenir et de nous imposer 3-2, puis il y a eu cette finale contre le pays hôte, l'Allemagne. Les Allemands attendaient ce match depuis longtemps et nous étions un peu les outsiders. Nous les avons battus 3-0. Malgré tous nos problèmes, nous avons réussi à remporter ce tournoi qualificatif."

Getty Images
En contact permanent durant le confinement

Le capitaine et sa formation se trouvaient sur une bonne dynamique, prêts à aller défendre leurs chances cet été au Japon avec comme objectif de faire beaucoup mieux qu'à Rio en 2016 quand la crise sanitaire mondiale liée à la pandémie de Covid-19 a provoqué le report d'un an des Jeux. "Dans un premier temps", révèle Benjamin Toniutti, "ça a été un peu dur à avaler. Nous étions préparés mentalement à attaquer ces Jeux et tout est tombé à l'eau. Mais compte tenu des conditions sanitaires, c'était clairement la meilleure décision à prendre. On voit bien que même maintenant, en juin, la situation n'est pas encore très claire. Aller à Tokyo et regrouper autant de personnes, ce n'était pas une bonne idée. Nous sommes des sportifs, nous vivons pour cela et ça aurait été dur de vivre des Jeux par exemple à huis clos. Je préfère décaler d'un an et que les Jeux se déroulent dans des conditions optimales. De plus, cela ne concerne pas le volleyball, mais il y avait encore plein de sports où les qualifications n'étaient pas encore terminées. Tout était donc en suspens avec un gros point d'interrogation."

Il ajoute : "Ça va être une nouvelle aventure. Il va falloir que nous fassions chacun individuellement un bon travail, une belle saison dans nos clubs respectifs, et nous nous retrouverons à l'été prochain avec le même objectif. Il n'y a pas dans notre équipe nationale de joueur trop vieux ou en fin de carrière, ce qui ferait que cela pourrait changer sur un an. Nous sommes tous dans une bonne tranche d'âge et voilà, c'est un an de plus et il faut le prendre positivement."

 

Benjamin Toniutti a tout d'abord vécu le confinement dans sa maison en Pologne où il joue dans le club ZAKSA Kędzierzyn-Koźle avant de rejoindre avec sa femme et ses deux filles son domicile familial à Sète au bord de la Méditerranée, en se maintenant en forme physique et sans jamais perdre le contact virtuel avec ses coéquipiers. "Nous avons énormément discuté entre nous, déjà pour savoir comment était la situation dans chaque pays, chaque club où jouent les internationaux français, et nous avons pris au quotidien des nouvelles d'Earvin Ngapeth", révèle-t-il, "parce qu'il a attrapé la Covid-19 en Russie. Nous lui avons posé beaucoup de questions sur la façon dont ça se passait, comment étaient les symptômes, il nous a tout expliqué. Nous avons aussi souvent parlé avec notre entraîneur Laurent Tillie, qui devait quitter son poste cette année, et qui a décidé de rester jusqu'en 2021. C'est bien normal, c'est lui qui a qualifié deux fois l'équipe pour les Jeux, ça aurait été bizarre qu'il ne puisse pas… nous emmener plus loin."

Pour les Jeux de Tokyo, on connaît déjà les douze équipes en lice et la composition des poules du premier tour. "Nous voulons aller plus loin qu'à Rio en 2016, mais nous allons évoluer dans une poule de six très, très compliquée avec l'Argentine, le Brésil, les États-Unis, la Russie et la Tunisie. Nous avons un peu le temps d'y réfléchir. Mais ce sera important d'y arriver tous en grande forme, bien préparés, avec déjà des certitudes. Nous allons essayer de bien commencer la compétition parce que notre premier match en 2016 contre l'Italie nous a fait du mal, nous avons été pris à la gorge tout de suite, et cette défaite initiale, nous l'avons traînée comme un boulet durant toute la compétition."

Benjamin Toniutti Getty Images


"Paris 2024, j'y pense forcément"

Leur entrée dans la compétition à Tokyo aura lieu face aux États-Unis. "C'est du très lourd, du très costaud, ils avaient fini troisièmes à Rio. C'est une équipe toujours très bien placée et qui sait se préparer pour ses compétitions. Ça va être dur, mais bon, on verra bien. Nous irons avec la patate, mais l'état d'esprit est différent : il y a tellement de choses avant et je ne peux pas dire aujourd'hui que j'ai la tête à Tokyo, il s'agit surtout pour le moment de bien se remettre en forme pour faire une bonne saison. Ce serait une mauvaise idée de ne penser qu'à cela, car pour être performant à Tokyo, il va falloir que nous soyons tous forts sur une année afin de pouvoir attaquer l'été 2021 dans des conditions optimales."

Il observe aussi : "Cette année nous nous sommes qualifiés dès janvier, beaucoup plus tôt qu'il y a quatre ans où ça avait été à la dernière minute après avoir joué je ne sais combien de matches. Là, on avait un peu plus de temps pour bien digérer, au cas où cela représentait six mois afin de se mettre en condition mentalement et physiquement. Maintenant, à la place de six mois, nous avons un an et demi et cela devrait entrer encore plus dans nos têtes afin que nous soyons encore plus prêts. Dans ce genre de situation, il faut prendre tout ce qu'il y a de positif et avancer là-dessus. Cette situation est totalement inédite, on ne la verra, je l'espère, plus jamais. Il faut prendre ce positif pour se remettre en selle. Nous serons les seuls athlètes à avoir préparé les Jeux durant cinq ans."

Benjamin Toniutti Getty Images

Passeur et capitaine d'une équipe qui n'avait réussi à se qualifier que trois fois pour les Jeux avant 2016 pour au mieux une huitième place à Séoul en 1988, et qui est depuis montée en puissance et se retrouve aujourd'hui sur une belle série, il explique : "Mon rôleest surtout au sein de l'équipe. Il consiste à faire la connexion entre le personnel et le groupe. Cela fait longtemps que l'on joue et travaille ensemble. Pour moi, le plus important ce n'est pas d'être le capitaine, c'est que l'Équipe de France s'est qualifiée pour les Jeux deux fois de suite, et même trois fois en comptant notre présence automatique à Paris en 2024. Les Jeux de Paris, j'y pense forcément. Si un sportif dit qu'il n'aimerait pas participer aux Jeux dans son pays, c'est qu'il n'a pas assez de mental pour jouer au plus haut niveau ! Forcément, cela fait rêver tout le monde. On aura tous entre 26 et 34-35 ans. Cela pourra le faire ! Mais concentrons-nous d'abord sur ceux de Tokyo et on verra après ça."

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