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Barbara Slater : "Les femmes qui rejoignent le mouvement sportif ont désormais des modèles à suivre"

IOC
Cette année, le thème de la Journée internationale des femmes est le "Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la COVID-19". Durant tout le mois de mars et dans la perspective des Jeux de Tokyo 2020, le CIO reviendra sur le parcours de femmes et d'hommes engagés qui se consacrent à la lutte contre les inégalités entre les sexes et à la promotion de la représentation féminine à des postes de direction. Dans ce premier article, le CIO s'entretient avec Barbara Slater, ancienne gymnaste olympique et actuelle directrice des sports à la BBC, de l'importance que revêt le fait pour les femmes d'occuper des postes à responsabilités ainsi que des questions de représentation égalitaire et de meilleure visibilité du sport féminin.

Femme de tête travaillant dans le domaine du sport, Barbara Slater est bien placée pour donner des conseils avisés sur le leadership en cette Journée internationale des femmes 2021. Après avoir représenté la Grande-Bretagne en gymnastique aux Jeux Olympiques de Montréal 1976, Barbara Slater s'est reconvertie avec succès dans les médias à la fin de sa carrière sportive, rejoignant la BBC dans les années 1980 avant de gravir les échelons pour devenir la toute première femme directrice des sports du groupe.

Barbara Slater a assis sa réputation après l'accueil élogieux réservé aux opérations de diffusion des Jeux Olympiques de Londres 2012. Plus récemment, elle a parlé de l'importance qu'a revêtu le fait pour la BBC de normaliser la présence du sport féminin dans toute sa programmation et de lutter contre les abus que subissent les femmes dans les médias sociaux. En prélude au 8 mars, elle nous fait part de ses réflexions sur le rôle que le sport et les Jeux Olympiques peuvent jouer dans le combat en faveur de l'égalité des sexes.


En quoi le sport a-t-il influencé votre parcours professionnel et quels défis avez-vous dû relever en tant que femme dans un environnement majoritairement masculin ?

"Ma carrière sportive en gymnastique a eu une énorme influence. Elle m'a ouvert des portes car lorsque j'ai rejoint BBC Sport au début des années 1980, il n'y avait aucune femme. Je suis convaincue que le fait d'avoir représenté la Grande-Bretagne aux Jeux de 1976 m'a fait gagner en crédibilité et en respect lorsque je suis arrivée dans l'équipe. J'ai été mieux acceptée parce que j'avais participé à des compétitions de haut niveau ; personne ne pouvait remettre en question mon engagement dans le sport.

Si je n'avais pas eu ce tremplin, je ne suis pas sûre que j'occuperais le poste qui est le mien aujourd'hui, car il faut bien admettre qu'à l'époque, le club était plutôt fermé. Je pense que j'avais quelque chose d'un peu différent à offrir."

Quelles sont les femmes qui vous ont inspirée tout au long de votre vie ?

"Toutes celles et ceux qui suivent les Jeux Olympiques se souviendront de l'énorme impact qu'a eu Olga Korbut aux Jeux Olympiques de 1972 à Munich. J'étais toute jeune à l'époque et je me rappelle avoir été émerveillée par cette athlète extraordinaire qui, avec ses mouvements audacieux, révolutionnait ce que la gymnastique avait été jusque-là. J'ai eu énormément de chance qu'Olga Korbut fasse voler en éclat ces barrières. Quatre ans plus tard, il y avait Montréal et Nadia Comăneci qui mettait la barre encore plus haut en gymnastique féminine. Ces deux femmes ont été de vraies sources d'inspiration.

Je pense avoir eu de la chance en gymnastique car c'est un sport où le bilan en matière d'égalité est impressionnant. Les femmes gymnastes étaient tout aussi connues que les hommes... À l'instar d'Olga Korbut et de Nadia Comăneci qui vous donnaient l'impression de pouvoir accomplir de grandes choses."

D'après votre expérience dans le monde de la diffusion, que pourrait-on faire pour que davantage de femmes occupent des postes à responsabilités dans le sport et quels conseils donneriez-vous à celles qui briguent ces postes ?

"Je pense que les femmes devraient redéfinir leurs attentes. C'est ce qu'il y a de bien à l'heure actuelle et qui n'existait peut-être pas quand j'ai commencé à travailler dans le sport. Si vous m'aviez dit au début des années 1980 que je serais un jour directrice des sports à la BBC, je vous aurais répondu : impossible. Nous n'avions pas de modèles à l'époque vers qui nous tourner, nous avions l'impression d'être des pionnières, d'être les premières à se voir offrir de telles opportunités. C'est d'après moi ce qui fait toute la différence aujourd'hui. Celles qui débutent ont des exemples à suivre et même si nous sommes loin de la parité, des progrès ont néanmoins été accomplis. Il est absolument essentiel d'avoir ces modèles.

Soyez compétentes dans votre métier et n'ayez pas peur de demander conseil. Je suis ravie lorsque je peux donner des conseils pratiques. Le plus souvent, c'est une question de confiance ; il suffit d'y croire. Ce qui est bien, c'est que nous avons ce type de discussions désormais. De nombreuses organisations se fixent des objectifs et il y a cette prise de conscience que nous ne sommes pas tous égaux, qu'il y a des inégalités. Je sais d'expérience que c'est la diversité d'une équipe qui la rend meilleure.

Ses membres sont plus créatifs, ils ont des points de vue plus larges et ils apportent un éclairage différent aux échanges. D'un point de vue professionnel, c'est tout à fait logique, car plus une équipe est composée de membres différents, plus elle est performante."

Compte tenu de la pandémie de COVID-19, quelle est l'importance des Jeux reportés à cet été ?

"Cette période et l'incertitude qui l'accompagne sont incroyablement difficiles pour chacun de nous. Il y a néanmoins cette formidable opportunité que représente la tenue des Jeux de Tokyo 2020 à un moment où le monde commence à se relever de la pandémie. L'accueil des Jeux est toujours quelque chose de spécial, mais je pense que cette fois-ci, ce pourrait l'être encore plus. On parlera de ces Jeux pendant des décennies en raison de la date à laquelle ils auront eu lieu et de leur potentiel."


Pour la toute première fois, chacune des 206 délégations en lice aux Jeux comptera au moins une femme et un homme. Pourquoi cette représentation égale est-elle importante en sport ?

"Elle est absolument essentielle, et je pense qu'il est souhaitable que nous attendions d'organisations reposant sur des valeurs comme le CIO qu'elles montrent l'exemple. Tant de choses en découlent. Nous ne devons sous-estimer ni l'effet transformateur que peut avoir une représentation égale ni les attentes qu'elle suscite."

Pourquoi est-ce important de donner plus de visibilité au sport féminin ?

"Nancy Lee, responsable de la programmation audiovisuelle au Canada, a fait remarquer lors d'une présentation faite au comité de presse du CIO que les calendriers de nombreux événements sportifs finissaient sur des épreuves masculines, avec pour conséquence une prédominance accrue de ces épreuves au fur et à mesure que l'on approchait de la fin des compétitions.

La chose importante à retenir est qu'elle a été entendue. Non seulement les Jeux de Tokyo 2020 vont être l'édition des Jeux la plus équilibrée jusqu'ici, avec près de 49 % de concurrentes, mais les compétitions seront elles aussi mieux réparties, avec davantage d'épreuves féminines programmées le dernier week-end des Jeux. Cela prouve que le CIO tient compte de cette question lorsqu'il établit le calendrier des compétitions. C'est un domaine où des progrès considérables ont été enregistrés."

Quelles initiatives la BBC a-t-elle lancées pour lutter contre les préjugés et les stéréotypes dans la représentation des femmes dans le sport ?

"À la BBC, nous faisons tout pour ne pas tomber dans les stéréotypes. Nous abordons cette problématique de différentes manières. Une chose nous tient à cœur : la normalisation du sport féminin. C'est une pièce maîtresse de notre action. Nous recherchons sciemment et activement de beaux récits à partager et nous sommes extrêmement attentifs à proposer, dans la mesure du possible, un éventail beaucoup plus riche d'histoires. Les Jeux de Londres 2012 ont été à bien des égards un tremplin dans ce domaine.

Ainsi il n'est pas rare que notre bulletin s'ouvre sur un récit consacré au sport féminin. Ce qui est formidable, c'est que cela a amélioré nos reportages ; ils sont désormais plus variés. Autre domaine où nous sommes particulièrement vigilants : l'image ; nous veillons à montrer de belles images de sportives et de sportifs dans notre programmation. Le langage est tout aussi important – je pense que certains clichés utilisés autrefois sont bien moins répandus à l'heure actuelle et c'est une bonne chose."

En savoir plus sur l'engagement du CIO à la promotion de l’égalité des sexes sur l’aire de compétition et en dehors.

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