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Actualités du CIO

Avec son record de 10 participations aux Jeux, Ian Millar chevauche toujours au sommet

Le légendaire cavalier canadien Ian Millar a participé à dix éditions des Jeux Olympiques, un record mondial. Depuis ses débuts à Munich en 1972, il a été témoin d’énormes changements dans son sport et a dû être extrêmement patient, puisqu’il n’a remporté sa première médaille qu’à 61 ans, aux Jeux de Beijing 2008. À Rio en 2016, sa fille Amy a concouru à sa place…

"Le problème avec l’équipe canadienne de saut d’obstacles, c’est qu’elle a un très mauvais régime de retraite : en fait, elle n’en a pas du tout", dit Ian Millar en riant, en évoquant sa carrière olympique record. "Alors j’ai continué. J’ai été en selle pour le Canada pendant 47 ans. Certaines personnes commencent à travailler pour une grande entreprise à la vingtaine et prennent leur retraite à 65 ans. Elles n’ont donc pas toujours 47 années de service."

Aujourd’hui âgé de 72 ans, Ian Millar est un personnage vraiment remarquable. Il est le seul athlète à avoir participé à dix éditions des Jeux Olympiques : le navigateur autrichien Hubert Raudaschl et le tireur soviétique/letton Afanasijs Kuzmins ont réussi à atteindre neuf éditions, mais aucun athlète d’aujourd’hui ne s’en approche. Il aurait même pu mieux faire, s’il n’avait pas raté à la fois les Jeux de Moscou 1980 en raison du boycott international et ceux de Rio 2016 parce que son cheval devait être opéré.

Alors qu’il continue à entraîner chevaux et cavaliers, à concourir au plus haut niveau et qu’il aide la Fédération canadienne à développer ses programmes, il attribue sa longévité à une formule quelque peu intrigante. "25 % de bonne nourriture, 25 % de mouvement, 25 % de gestion de stress et 25 % de rires et d'amour", dit-il.

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"Ajoutez à cela que je ne vis que pour les chevaux et le sport, et vous saurez ce qui m’a poussé à continuer. Certains ont pu estimer que ma vie était assez étriquée et que je ne m’intéressais pas à grand-chose à part les chevaux. Mais c’est ce qui me plaît. Chaque jour ou presque, j’apprends quelque chose de nouveau sur les chevaux et souvent, quand je donne des cours, j’apprends plus que la personne qui est en face de moi."

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Les premiers souvenirs olympiques de Millar ont été ceux d’un passionné d’équitation de 21 ans. "J’ai commencé à monter à l’âge de 10 ans, en Alberta. Le concours complet et le poney club m’allaient comme un gant. J’adorais les chevaux et la compétition."

"Durant les Jeux Olympiques de Mexico en 1968, j’étais à un concours hippique à Ottawa. C’était la première fois que le Canada envoyait une équipe de saut d’obstacles aux Jeux, et c’était la toute dernière épreuve de la compétition. Nous n’avons pas regardé la compétition à la télévision : la sono a simplement annoncé que nous avions gagné la médaille d’or en saut d’obstacles (par équipes). Tout le monde était très fier."

Quatre ans plus tard, Ian Millar a lui-même fait partie de l’équipe à Munich en 1972. Il confie qu’il s’est senti "fier et privilégié" d’être appelé pour les Jeux, mais l’expérience du saut d’obstacles à cette époque est allée au-delà de tout ce qu’il avait connu.

"Jusqu’aux Jeux de Los Angeles en 1984, les parcours de saut d’obstacles étaient pratiquement absurdes. À Munich, le sans-faute était quasiment hors d’atteinte, tout comme à Montréal en 1976. Ces parcours étaient de nature à achever votre cheval, à mettre fin à sa carrière. C'était un crève-cœur. À chaque barre touchée, les chevaux risquaient la chute. Les parcours étaient ridicules. On ne demande pas à un coureur de 100 mètres de courir au dernier moment 120 mètres."

En 1984, cependant, l’introduction de parcours plus favorables - avec des barres mobiles - a permis à l’équitation d’harmoniser les types de sauts auxquels les cavaliers étaient habitués dans les épreuves de Grand Prix. Ian Millar a commencé à apprécier la compétition. "Le niveau de pression est différent. On voit des cavaliers accomplis qui, soudainement, ne montent plus aussi bien que d’habitude. On apprend à gérer ça."

À l’aube de la quarantaine, à Séoul en 1988 et à Barcelone en 1992, a-t-il eu l’impression que chaque édition des Jeux pouvait être la dernière ? "Il ne m’est jamais venu à l’esprit que cela allait s’arrêter, dit Ian Millar dans un grand éclat de rire. Je pensais que ça durerait toujours. On dit beaucoup de choses sur les jeunes qui ont des objectifs, mais j’avais une vision à très court terme. J’ai essayé de faire ce qui était le mieux pour moi et pour mes chevaux. J’ai mis l’accent sur une meilleure monte et sur l’apprentissage. De ce fait, participer aux Jeux Olympiques est allé de soi. On y va une fois, puis on se prépare pour l’échéance suivante."

Il lui a fallu attendre l'édition de Beijing 2008 et d’avoir 61 ans, 36 ans après ses débuts olympiques, pour monter enfin sur le podium. "Nous avions été frustrés en 1980, car nous avons eu droit à une épreuve de substitution à Rotterdam à cause du boycott des Jeux de Moscou en 1980, et nous y avions gagné l’or."

"Le début de l’année 2008 a cependant été très problématique, car ma femme est décédée ce printemps-là. Mes enfants Jonathon et Amy sont venus à Hong Kong, et j’ai eu l’impression qu’un ange était en selle avec moi ce soir-là. C’est ce que mes enfants ont ressenti aussi."

"J’étais le dernier cavalier en lice sur mon cheval In Style, et tout s’est enchaîné à merveille. C’était une chose incroyable. Une fois que tout a été fini, nous nous sommes tous tenus ensemble et chacun savait ce que les autres pensaient. Lynn nous manquait à tous et nous étions convaincus qu’elle avait joué un rôle dans ce qui s’était passé. Que cela avait dépassé les frontières du sport."

Au-delà de ce moment d’émotion, Ian Millar considère que les Jeux de Sydney ont été les meilleurs auxquels il a participé : "Les Australiens ont fait un sacré travail et les gens étaient charmants." Et le niveau élevé de publicité que les Jeux ont reçu a constitué le plus grand changement qui se soit produit à son époque.

2008 Getty Images

"L’attention accordée aux Jeux a augmenté, notamment avec les réseaux sociaux. On peut regarder n’importe quoi en direct, partout dans le monde. Mais en fin de compte, c’est toujours du sport de haut niveau. On y a juste ajouté un élément de show-business."

Le fait de rater Rio en 2016 a finalement été très positif pour Ian Millar. "Ça ne m’a pas gêné, car devinez qui était dans l’équipe ? Ma fille Amy. Est-ce que je pouvais rêver mieux ? J’ai raté la onzième édition, certes, mais quelle merveilleuse chose pour ma fille que de participer pour la première fois aux Jeux ! Ça m’aurait ennuyé de lui piquer sa place."

Millar senior est l’entraîneur d’Amy. "C’est très intéressant comme situation, dit-il. Je ne peux pas jouer le rôle du père quand on s’entraîne, ou alors je ne serais pas bon. En tant que père, je devrais peut-être être plus prudent lorsqu’il s’agit de s’opposer à un cheval, mais en tant qu’entraîneur, il faut que je prenne résolument les choses en main. Et si elle jouait la carte "fille", cela ne servirait également à rien. Elle doit être simplement une athlète que j’entraîne."

2008 Getty Images

Si Amy est susceptible d'aller à Tokyo, Ian, lui, vient d'annoncer qu'il allait raccrocher. "C'est toujours amusant, mais plus autant qu'avant, dit-il. Je pense que le moment est venu pour moi d'arrêter. Tellement de gens m'ont aidé depuis si longtemps. À mon tour de les aider maintenant."

"Je ne vais pas quitter le milieu de l'équitation pour autant. J'ai des élèves cavaliers, à commencer par mon fils et ma fille. J'ai des chevaux à entraîner et à monter. J'ai encore beaucoup à faire et j'espère continuer d'apporter ma pierre à l'édifice."

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