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Anita L. DeFrantz : "Un de ces moments qui ont changé la face du monde"

Anita deFrantz IOC

La quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui s'est tenue à Beijing, République populaire de Chine, en 1995 a été un moment décisif pour le programme mondial en faveur de l'égalité des sexes. Elle a également marqué un tournant important pour le sport féminin, la Déclaration et le Programme d'action de Beijing ayant reconnu le rôle essentiel que joue le sport en faveur de la promotion et de l'autonomisation des femmes et des jeunes filles.


Un quart de siècle plus tard, alors que les Nations Unies célèbrent cette date historique, la vice-présidente du CIO Anita L. DeFrantz revient sur cet événement et évoque les progrès accomplis au cours des vingt-cinq dernières années.

Il y a quelque chose dans le sport qui est propre aux êtres humains. Nous sommes la seule espèce à ériger des obstacles pour les franchir et voir qui passe la ligne d'arrivée en premier. Cela est inscrit dans notre ADN et je pense que nous sommes en droit d'avoir accès au sport. Bien évidemment, le Mouvement olympique l'a compris, et ce depuis plus d'un siècle, mais avant la tenue de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, le sport n'était pas considéré comme un droit fondamental. Pour la première fois, avec cette conférence, le sport allait faire partie du mouvement féministe international.

Enfant, je n'avais pas accès au sport. Mes trois frères faisaient du sport, moi non. J'ai appris à nager quand j'avais quatre ans et jusqu'à mon entrée à l'université, je n'ai eu aucune autre occasion de pratiquer un sport. Faire du sport est une étape importante du développement d'un enfant sur le plan social – et lorsque les filles en sont privées, c'est une perte colossale.

IOC

 


Dans mon sport, l'aviron, quand les premières épreuves féminines ont été admises au programme olympique en 1976, nous n'avons couvert, pour une obscure raison, que la moitié de la distance parcourue par les hommes. Ce n'est qu'en 1988 que cette situation a pris fin.

Toutes ces expériences m'ont convaincue que nous pouvions vivre dans un monde égalitaire. Les choses étaient compliquées ; or je savais pertinemment que ça ne devait pas forcément l'être. J'ignorais qu'un jour, je serais en mesure de changer la donne.

Être à Beijing a été un pur moment de bonheur pour moi. J'ai eu le privilège d'y représenter le CIO en ma qualité de présidente du groupe de travail femme et sport nouvellement créé, ce qui m'a aidée à comprendre l'action menée par les femmes dans le monde pour parvenir à l'égalité des sexes. En tant que présidente, j'étais la chef de file du CIO. Nous avons passé en revue la longue liste de réunions prévues afin de choisir celles auxquelles nous devions prendre part en priorité – et croyez-moi, il y avait énormément de réunions. Notre mission était d'enquêter, de découvrir ce que les autres femmes faisaient. Je me souviens encore aujourd'hui de toutes ces femmes dans leurs tenues traditionnelles qui étaient là et qui avaient compris que si nous travaillions ensemble, nous pourrions changer le cours des choses. Une image d'une magnifique humanité.

Nous avions un défi de taille à relever : veiller à ce que le sport ait sa place dans la Déclaration et le Programme d'action de Beijing. Pour assurer l'avenir du sport, nous avions besoin de plus de personnes – et les femmes constituaient un vivier inexploité. Nous avions besoin de femmes pour que le sport se développe. À la fin de chaque édition des Jeux Olympiques, un appel est lancé à la jeunesse du monde – pas uniquement aux garçons et aux hommes, à la jeunesse tout entière. J'ai ainsi pu faire valoir que nous devions passer de la parole aux actes. Nous vivions un moment déterminant pour l'avenir du sport féminin – obtenir la reconnaissance du monde entier et inciter les Nations unies à penser davantage au sport que par le passé. Ce fut le point de départ de toutes les avancées de ces vingt-cinq dernières années.

Je suis très fière de pouvoir dire qu'au CIO, nous sommes passés de la parole aux actes. Nous avons organisé des conférences internationales sur les femmes dans le sport qui ont réuni des femmes du monde entier. Tous les quatre ans, nous faisions des propositions pour améliorer la situation des femmes, ce qui nous a permis de progresser et d'aider les gens à comprendre l'importance que revêt la présence d'un nombre accru de femmes dans le sport. Autre point essentiel : se fixer des objectifs. Avoir des objectifs permet de se rendre compte des changements qui s'opèrent ; si vous gardez une trace de ce que vous faites, vous pouvez voir si le changement a lieu ou pas.

Anita deFrantz IOC

 


Lorsque j'ai concouru aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976, seuls 20 % des athlètes en lice étaient des femmes. À Atlanta en 1996, ce pourcentage était passé à 34 %. L'année prochaine, aux Jeux de Tokyo, les femmes représenteront 48,8 % des athlètes – un record. Aux Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), d'été comme d'hiver, nous sommes parvenus à une représentation paritaire des hommes et des femmes ; qui plus est, chaque sport inscrit au programme olympique compte désormais des épreuves féminines.

Après avoir mis un terme à ma carrière sportive en aviron, je suis devenue, en 1986, la cinquième femme membre du CIO. Je suis ravie qu'aujourd'hui, 37,5 % des membres du CIO soient des femmes. Nous visons l'égalité.

Il reste néanmoins beaucoup à faire pour parvenir à l'égalité entre les sports. La promotion du sport féminin est un domaine qui a besoin de soutien. Lors des Jeux Olympiques, les journalistes couvrent les épreuves féminines bien mieux qu'ils ne le font durant les 50 autres semaines de l'année. Je ne comprends pas pourquoi, si l'on parvient à le faire pendant deux semaines, on ne peut pas le faire en permanence. La composante "production" du sport féminin est très différente de celle du sport masculin. Si vous suivez des épreuves sans le moindre commentaire, vous aurez une vision radicalement différente de ce qui se passe. Proche n'est pas synonyme d'égal. Nous devons remédier à cela.

Nous avons accompli des progrès considérables depuis la conférence historique de Beijing, mais la route est encore longue. C'est l'un de ces moments qui ont changé la face du monde et je suis extrêmement fière que le CIO y ait été associé. À l'époque, certaines personnes nous en ont voulu parce que nous n'avons pas pu, d'un simple coup de baguette magique, changer instantanément le cours des choses. Vingt-cinq ans plus tard, je suis fière d'avoir joué un rôle, aussi infime soit-il, dans cette entreprise visant à rendre le monde meilleur.

La Déclaration et le Programme d'action de Beijing

Il y a vingt-cinq ans, la quatrième Conférence mondiale sur les femmes organisée à Beijing établissait un programme novateur pour les droits des femmes. À l'issue de cette rencontre de deux semaines qui réunissait plus de 30 000 activistes, des représentants de 189 pays adoptaient à l'unanimité la Déclaration et le Programme d'action de Beijing. Ce texte historique a exposé une certaine vision de l'égalité des droits, de la liberté et des débouchés pour les femmes.

Le sport est explicitement cité dans la Déclaration et le Programme d'action de Beijing dans trois domaines de préoccupation clés :

  • éducation et formation des femmes ;
  • femmes et santé ;
  • jeunes filles.

Au cours des vingt-cinq dernières années, le CIO a défendu la participation des femmes à tous les niveaux du sport, encourageant les Comités Nationaux Olympiques (CNO) et les Fédérations Internationales (FI) à renforcer la présence des femmes dans le sport.

Plus récemment, le CIO a pris les rênes de l'initiative d'ONU Femmes "Le sport au service de la Génération Égalité". Lancée en mars 2020, cette initiative est une puissante coalition multipartite composée de gouvernements, d'organisations des Nations Unies, d'organisations qui défendent le sport au service du développement et de la paix, de la société civile, de fédérations de sport, d'organisateurs d'événements, de ligues, d'équipes, de marques, de spécialistes du marketing, de médias, d'influenceurs sportifs, etc. Cette initiative est une invitation adressée à de nouveaux partenaires et aux nouvelles générations pour qu'ils adoptent et relancent le Programme d'action historique de Beijing, et fassent de l'égalité des sexes une réalité.

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