skip to content
Date
14 déc. 2017
Tags
Actualités Olympiques , PyeongChang 2018 , Skeleton , Ghana
PyeongChang 2018

Akwasi Frimpong, la remarquable histoire de celui qui souhaitait participer aux Jeux Olympiques d'hiver

Akwasi Frimpong a longtemps rêvé de concourir aux Jeux Olympiques. C'était un rêve qui, en ayant grandi dans la pauvreté au Ghana, semblait inaccessible. Mais aujourd'hui, à l'âge de 31 ans, il est sur le point de se qualifier pour PyeongChang 2018 en skeleton. Sa remarquable histoire est celle d'un triomphe face à adversité, le triomphe du pouvoir du sport et de l'esprit humain.

L'histoire débute quand, à l'âge de huit ans, Akwasi Frimpong a reçu de précieux conseils emprunts de sagesse de sa grand-mère Minka – des mots qui ne l'ont jamais quitté depuis.

"Ma grand-mère s'est assise et m'a dit : Akwasi, tout ce dont tu as besoin pour réussir, tu l'as déjà en toi, tu dois juste croire en toi-même, travailler dur et ne jamais abandonner."

Toutefois, en grandissant au Ghana, la perspective de participer à n'importe quelle forme de sport de compétition était quasi inexistante pour Akwasi et son frère. Élevés par leur grand-mère dans une maison qui n'avait qu'une chambre de quatre mètres carrés, qu'il partageait avec huit autres enfants, ils étaient juste trop pauvres. Leur mère avait quitté le pays pour déménager aux Pays-Bas afin de tenter de créer une nouvelle vie pour ses enfants. Finalement, Akwasi l'a suivie en Europe mais n'avait pas de statut légal, c'était un clandestin.

Adolescent, il a découvert qu'il avait un talent naturel pour l'athlétisme. "Au lycée, j'ai été recruté en athlétisme en 2001 par Sammy Monsels qui avait concouru en tant que sprinteur aux Jeux Olympiques de 1972 et 1976 pour le Surinam", explique-t-il. "Il m'a vu courir en relais lorsque j'avais 16 ans. Mon équipe était loin derrière, mais j'ai pris le relais et remporté la course pour nous."  

"C'est Sammy qui a fait naître en moi le rêve des Jeux Olympiques. En deux mois, j'ai participé aux Championnats juniors en salle des Pays-Bas et raté la finale du 60 m de 0,01 seconde. Cet été-là, j'ai aussi manqué la finale du 100 m encore de 0,01 seconde. J'ai demandé à mon entraîneur ce qu'il fallait que je fasse pour être médaillé d'or. Il m'a parlé d'autodiscipline et tout est parti de là."

Cette année, Akwasi Frimpong est devenu le nouveau champion junior hollandais du 200 m. Et d'ajouter : "J'ai fait en sorte que mon rêve devienne réalité. J'ai compris que tout était possible dès lors que l'on croit en soi."

Toutefois, étant donné que la famille d'Akwasi Frimpong n'avait pas de statut officiel aux Pays-Bas, ses progrès se sont heurtés à un obstacle. "Enfant, il était difficile de ne pas pouvoir prendre part aux voyages scolaires si l'on quittait le pays car j'avais peur d'être arrêté." Cela signifiait aussi qu'il ne pouvait pas non plus voyager à l'étranger pour concourir.

"Même si aujourd'hui j'ai 31 ans, je pourrai encore pleurer pour ça. J'avais l'impression d'avoir énormément de poids sur mes épaules", se rappelle-t-il. "J'ai souvent voulu abandonner, mais chaque fois que j'y pensais, je me souvenais de ce que ma grand-mère m'avait dit."

"J'ai toujours voulu être un olympien. Pour moi, les Jeux Olympiques signifient : oser rêver. Les Jeux Olympiques symbolisent l'espoir." Akwasi Frimpong
Visite de Johan Cruyff

En 2003, il a eu un coup de chance grâce à l'intervention d'une voisine, laquelle s'est aussi avérée être journaliste. "Elle m'a parlé de l'école Johan Cruyff où l'on pouvait combiner sport et éducation. Mais j'ai dû lui révéler mon secret : que j'étais un immigrant clandestin. Jusqu'ici, personne d'autre n'était au courant."

"Elle a parlé de mon histoire et l'école Johan Cruyff a pris le risque de m'accepter malgré le fait que j'étais un résident clandestin." Quatre ans plus tard, son dévouement a payé et il a été nommé étudiant international de l'année. "Cette distinction montre que si vous travaillez dur, vous pouvez réaliser de grandes choses", confie-t-il.

"J'étais censé aller à Barcelone pour recevoir le prix mais, à cause de mon statut, je n'ai pas pu y aller. Johan Cryuff est donc venu à Amsterdam pour me le remettre en personne. Il croyait en moi et le fait que quelqu'un comme lui – une légende – croit en moi était fantastique."

Getty Images
Oser rêver

"J'ai toujours voulu être un olympien", poursuit Akwasi Frimpong. "Pour moi, les Jeux Olympiques signifient : oser rêver. Les Jeux Olympiques symbolisent l'espoir."

Après avoir enfin obtenu le statut de résident officiel aux Pays-Bas, il a cherché à se qualifier pour entrer dans l'équipe hollandaise d'athlétisme en vue de Londres 2012, mais cette fois, sa malchance s'est traduite par une blessure au tendon d'Achille. Mais ce n'est pas le genre de détail qui allait le décourager et le détourner de son rêve.

"Après avoir raté Londres 2012, j'ai été approché par l'entraîneur hollandaise de bobsleigh, Nicola Minichello, pour rejoindre l'équipe. J'avais des doutes mais je me suis souvenu de Rasta Rocket et je me suis dit que si des Jamaïcains pouvaient le faire, je le pouvais aussi !"

Au terme de six mois d'hésitation, il a décidé de tenter sa chance et de rejoindre l'équipe nationale hollandaise de bobsleigh pour les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi 2014. Mais en deuxième réserve, il a raté le délai et c'est là qu'il a décidé de se concentrer sur d'autres objectifs et est devenu un entrepreneur à succès. Mais il n'a jamais vraiment renoncé à ses espoirs olympiques.

"Ma femme m'a regardé un jour et m'a dit qu'elle voyait que quelque chose me perturbait. J'avais toujours ce rêve de participer aux Jeux Olympiques. Je savais que si je pouvais le réaliser, je serai enfin en paix. Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas que je me réveille à 99 ans et que je me plaigne encore de ne pas avoir pris part aux Jeux Olympiques !" 

Getty Images
Danser sur la glace

Il a donc décidé de tenter sa chance dans un autre sport d'hiver. "J'ai participé aux essais de skeleton en Utah… et j'ai adoré. La première fois, c'était vraiment effrayant, cela va vraiment vite, votre menton est vraiment près de la glace et vous n'avez pas de freins. Mais lorsque je me suis retrouvé à l'arrivée, je voulais juste reprendre au début et recommencer. J'ai adoré ce sentiment. C'était comme dévaler un canyon sur une moto sans limite de vitesse, c'était comme danser sur la glace !"  

"Je me suis fixé comme objectif de devenir le premier Africain à remporter une médaille dans l'histoire des sports olympiques d'hiver. Je savais qu'il me faudrait entre 4 et 6 ans pour devenir vraiment bon, donc au départ mon objectif était les Jeux de 2022. Mais lorsque j'ai commencé à courir en 2016, je me suis surpris moi-même. De nombreux entraîneurs ont dit que je glissais comme quelqu'un qui pratiquait ce sport depuis plusieurs années."

À la fin de l'année, il était classé 95e au classement mondial. C'est alors qu'il a commencé à penser à PyeongChang 2018. Devant figurer parmi les 60 premiers et avec des résultats en constante amélioration, ce rêve commençait à devenir une réelle possibilité.

"Si je me qualifie, je serai le premier athlète noir en skeleton dans l'histoire des Jeux Olympiques d'hiver. Y parvenir serait incroyable. Je pense que c'est véritablement ça l'esprit olympique. Ce n'est pas juste conquérir, c'est aussi se battre."

"S'il y a bien une chose dans ce monde qui peut apporter de l'espoir, c'est le sport. Si je peux faire de mon rêve une réalité, cela prouve que c'est possible pour chacun d'entre nous."

Getty Images
back to top En