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À partir du 8 février 1968 à Grenoble, le plus grand rêve d'Eugenio Monti devient réalité !

Innsbruck 1964 - Eugenio Monti IOC
Date
08 févr. 2020
Tags
Actualités Olympiques, Bobsleigh, Grenoble 1968
Âgé de 40 ans en 1968, neuf fois champion du monde de bobsleigh, honoré pour un magnifique geste sportif quatre ans plus tôt à Innsbruck, Eugenio Monti triomphe deux fois sur le toboggan de glace de l'Alpe d'Huez, à deux puis à quatre. À partir du 8 février, récit d'une semaine mémorable pour l'un des plus grands pilotes de tous les temps.


Ce jeudi 8 février 1968, au départ de l'épreuve de bob à deux disputée sur la piste de glace de l'Alpe d'Huez, Eugenio Monti s'apprête à écrire les plus belles pages de sa légende. Il a 40 ans, il a tout connu, tout gagné. Il est sept fois champion du monde à deux depuis 1957, et deux fois titré à quatre. Il a remporté deux médailles d'argent olympiques à Cortina d'Ampezzo en 1956, et deux en bronze à Innsbruck en 1964, où son geste sportif envers le duo britannique Tony Nash et Robin Dixon lui a valu d'être honoré de la médaille Pierre de Coubertin. Mais ici, aux Jeux de Grenoble, il va enfin réaliser son plus grand rêve.

Tout est en place pour son triomphe. Avec pour commencer, un bob révolutionnaire. En effet, l'ingénieur Tony Bosio, en réfléchissant aux contraintes infligées à un engin difficile à tenir dans les courbes, a imaginé de le couper en deux transversalement et de relier les deux parties par un pivot central. Sa solution a été testée avec succès par un autre pilote italien, Gianfranco Gaspari, qui voulait s'en réserver l'exclusivité, mais ce dernier a finalement accepté que la modification soit effectuée sur le bob d'Eugenio Monti. Par ailleurs, avec l'aide de son ancien coéquipier Sergio Siorpaes, devenu entraîneur de l'équipe italienne et lui aussi concepteur de bobsleighs, il dispose de poignées télescopiques pour la phase de poussée, et de chaussures à semelles de cuir munies de pointes en acier permettant une adhérence maximum sur la glace. Poignées télescopiques et bob en deux parties sont ensuite devenus le standard général.


Le premier pilote à réaliser le doublé bob à deux-bob à quatre aux Jeux d'hiver

Dès la première manche, avec comme équipier Luciano de Paolis, le pilote d'Italie-1 établit un nouveau record de la piste en 1 minute 10 secondes et 13 centièmes (70"13). La deuxième manche est dominée par l'équipage allemand cinquième lors de la descente initiale, Horst Floth et Pepi Bader en 70"43, mais Eugenio Monti est juste derrière (70"72) et il augmente son avance en tête du classement.

Les conditions météorologiques font que la suite de la compétition est reportée au 11 février pour les deux dernières manches. Dans la troisième, Horst Floth frappe un grand coup : en 70"20, il repousse Eugenio Monti à 44/100e de seconde et prend les commandes de l'épreuve ! C'est là que le pilote italien réagit de façon supersonique en bouclant la 4e manche en 70"05, battant à nouveau le record de la piste. Au final, Eugenio Monti et Horst Floth ont le même temps total (4:41.54), mais la victoire revient au premier nommé puisqu'il a signé le temps le plus rapide en piste. Roumanie-1 prend le bronze avec un retard de quatre secondes.

Un redoux et la glace fondante réduiront la compétition de bob à quatre à deux manches au lieu des quatre prévues. Elles se disputent le 16 février. Les coéquipiers d'Eugenio Monti sont son partenaire du bob à deux Luciano de Paolis, Roberto Zandonella et Mario Armano. Après avoir enfin atteint son but de remporter l’or olympique, Eugenio Monti est très confiant pour la dernière course de sa longue carrière. Il domine la première manche en 69"84, prenant d’entrée une belle avance sur ses rivaux d’Autriche-1 (Erwin Thaler), Italie-2 (Gianfranco Gaspari) et Grande-Bretagne-1 (Tony Nash), alors que l’équipage de Suisse-1 (Jean Wicki) ne réussit pas une bonne descente et concède plus de huit dixièmes de seconde à Eugenio Monti. Mais Jean Wicki se reprend dans la deuxième manche qu’il boucle en 67"39. Celui lui vaudra le bronze. Autriche-1 est également plus rapide qu'Eugenio Monti dans cette descente finale. Pour devenir le premier pilote à gagner les titres olympiques à deux et à quatre dans les mêmes Jeux, Eugenio Monti devance Erwin Thaler de 56/100e de seconde au total. Petit écart mais immense exploit !

La légende d'Eugenio Monti

Raconter l’histoire d’Eugenio Monti, c’est comme lire un roman épique. Né le 28 janvier 1928 à Dobiacco (Trentin-Haut-Adige), surnommé "il Rosso Volante" (le rouquin volant) en raison de sa chevelure rousse et de son intrépidité, il est d’abord un grand espoir du ski alpin italien. Il est à 22 ans en équipe nationale quand il est victime d’un grave accident sur la piste de vitesse Banchetta de Sestrières lors d’un entraînement en novembre 1951. Ses genoux sont abîmés au point que sa carrière de skieur s’achève là. Puisqu’il ne sera pas un champion de ski, il va devenir l'un des plus grands pilotes de bobsleigh de tous les temps, si ce n'est le plus grand.

Après un premier titre national en 1954, le voilà en piste aux Jeux de Cortina en 1956. L'Italie fait le doublé à deux, mais l'histoire retient que la Fédération italienne des sports d'hiver a réservé le meilleur bob au duo Lamberto Dalla Costa-Giacomo Conti, représentants de l'armée de l'air, qui s'imposent devant Eugenio Monti et Renzo Alvera avec un peu plus d'une seconde d'avance au terme des quatre manches. À quatre, le quatuor Suisse-1 mené par Franz Kapus se montre dominateur et Italie-II (Eugenio Monti, Ulrico Girardi, Renzo Alvera, Renato Mocellini) prend la médaille d'argent.

Il n'y a pas d'épreuve de bobsleigh aux Jeux de Squaw Valley en 1960, pour la seule fois de l'histoire des Jeux d'hiver. Eugenio Monti est champion du monde à deux en continu entre 1957 et 1961 (cinq fois consécutives), puis à nouveau en 1963. En 1960 et 1961, il gagne aussi la compétition à quatre. Et son histoire prend une dimension exceptionnelle aux Jeux d'Innsbruck 1964. À l’issue de la première manche du bob à deux, Eugenio Monti prélève de son engin un boulon d'un patin pour le donner au duo britannique Tony Nash-Roby Dixon, qui venait de casser cette pièce. Les Britanniques remportent finalement l'or devant la seconde paire italienne Sergio Zardini-Romano Bonagura et le duo Eugenio Monti-Sergio Siorpaes se contente du bronze. "Tony Nash n’a pas gagné parce que je lui ai fourni ce boulon, mais parce qu’il était le plus rapide", confiera-t-il.

Eugenio Monti Getty Images

Il réédite le même geste lors de l'épreuve à quatre, aidant aussi son ami et pilote Vic Emery à réparer l'axe supérieur du bob canadien, qui gagne à son tour l'or devant Autriche-1 et le quatuor Italie-II mené par Eugenio Monti accompagné de Sergio et Guido Siorpaes et Benito Guidoni. Il devient en 1965 le premier récipiendaire du prix international du fair-play Pierre de Coubertin et déclare : "C'est un geste que tout sportif devrait être en mesure de faire."

Champion du monde à deux pour la septième fois en 1966, il connaît ensuite la consécration aux Jeux de Grenoble 1968. Sa vie de champion achevée, il devient un entrepreneur estimé. Atteint de la maladie de Parkinson, Eugenio Monti décède le 30 novembre 2003. Luciano De Paolis, qui avait l'ordre de "ne jamais freiner" dira de lui qu'il "faisait en sorte que les autres se sentent champions, alors que le champion, c'était lui".

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