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IOC
Date
16 oct. 2019
Tags
Actualités Olympiques, Tokyo 1964, Tokyo 2020
Tokyo 1964

'Tokyo Olympiades' : découvrez le film mythique de Kon Ichikawa sur les Jeux de 1964

Pour des Jeux de la XVIIIe Olympiade, Kon Ichikawa a réalisé un film qui a marqué l'histoire olympique. Le cinéaste japonais a choisi un parti pris artistique pour montrer la beauté et l'intensité de l'effort sportif, les joies, les peines, les visages des athlètes du monde entier, dans un ballet d'une beauté formelle qui marque encore les esprits.


"Ce devait être un film : c'est devenu une épopée à l'égal des "chansons de geste" qui au Moyen Âge, célébraient les exploits des preux chevaliers ; un livre d'heures enluminé aux couleurs olympiques ; l'illustration fastueuse parce que servie par les raffinements de la technologie cinématographique, de ce que sont les hommes, quand ils ne se préoccupent ni de guerre, ni de politique, ni de mesquines rivalités, ni de faits divers, mais lorsqu'un idéal authentique les anime", écrit Claude Morgat dans la Revue Olympique de novembre 1965. Et de poursuivre : "Ce devait être un bilan, le compte rendu des heures glorieuses de Tokyo, c'est devenu un chant exaltant de l'être humain dans le dépassement de soi-même."

Une scène célébrissime devant le Mont Fuji

Le film devenu mythique de Kon Ichikawa démarre par des images saturées de soleil, puis par d'autres montrant la destruction de vieux bâtiments tokyoïtes, pour déboucher sur des images de la ville modernisée et des installations olympiques construites à l'occasion des Jeux de 1964, tandis qu'une voix off égrène une à une les éditions olympiques d'été, à commencer par Athènes 1896 pour arriver à : "Les Jeux de la XVIIe Olympiade ont eu lieu à Rome, Italie, et maintenant, voici les Jeux de la XVIIIe Olympiade à Tokyo, Japon."

En dehors de ces premières images, le film sera sur toute sa longueur consacré aux êtres humains, aux athlètes, en plan large, en plan rapproché, à vitesse réelle, au ralenti ; des foules qui accueillent le relais de la flamme olympique dans plusieurs grandes villes du continent asiatique, et puis il y a une séquence devenue mythique : le relayeur de la flamme passant devant le Mont Fuji, car Kon Ichikawa a choisi de le filmer de loin, derrière la ligne de communication routière et ferroviaire Tokaido où passe le Shinkansen Tokyo-Osaka, ce qui permet de voir la fumée de la flamme sur fond de l'imposant mont volcanique vu en entier avec son sommet enneigé. "Cette scène a été reconnue à tout moment comme un grand symbole du Japon", écrit en 1996 Naofumi Masumoto à l'occasion du troisième symposium des recherches olympiques.

Getty Images

Les images de la cérémonie d'ouverture sont plutôt centrées sur les visages des athlètes réunis de façon ordonnée au centre de la pelouse du stade olympique, puis brisant les rangs et se précipitant au bord de la piste cendrée pour faire une haie d'honneur à Yoshinori Sakai, dernier porteur de la flamme, et sur ceux des spectateurs qui admirent le spectacle final : celui des avions de la patrouille du Japon en train de dessiner les anneaux olympiques dans le ciel.

Au plus près de Bob Hayes, Věra Čáslavská, Anton Geesink...

Immédiatement après, nous voilà au cœur de l'action, suivant Bob Hayes dans les séries du 100 m, le montrant en train de préparer ses blocks pour la finale, l'instant de concentration suprême avant le coup de pistolet du starter, et sa chevauchée en gros plan et au ralenti vers la médaille d'or.

Getty Images

Le ton est donné, tout le film continue au plus près de l'exploit sportif, décortiquant le geste du perchiste, celui du lanceur et de la lanceuse de poids, scrutant les visages des concurrentes du 800 m avant le départ, le saut en longueur sous des trombes d'eau, etc. Les résultats des compétitions importent peu, c'est la beauté du geste sportif, l'effort, le dépassement de soi, qui comptent avant tout.

Kon Ichikawa s'attarde aussi sur la gestuelle de la gymnaste tchèque Věra Čáslavská qui gagne trois médailles d'or à Tokyo 1964.

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Mais ici, ses performances au saut de cheval et à la poutre paraissent avoir été réalisées juste pour le film, seule sur fond noir où son bond est analysé au ralenti en images démultipliées. D'autres gymnastes apparaissent, des fois tellement en gros plan qu'on ne voit que les corps effectuer vrilles et autres sauts périlleux, avant que la caméra ne s'élève pour survoler un exercice au sol.

Parmi les images marquantes, il y a ce coup de tonnerre provoqué en judo toutes catégories par le Néerlandais Anton Geesink en finale face au champion japonais Akio Kamnaga pour les débuts de ce sport au programme olympique.

Getty Images

Ce moment de l'histoire olympique est filmé au ras du tatami, durant les longs instants en fin de combat où il tient son rival immobilisé au sol par la technique hon-gesa-gatame, avant d'être déclaré vainqueur. Tous les sports sont passés en revue, les visages, l'effort, les gestes brillants se succédant dans un magnifique ballet accentué par la musique.

La foulée aérienne d'Abebe Bikila

Enfin, les dernières séquences du film portent sur le marathon, suivant la foulée aérienne d'Abebe Bikila, cette fois en chaussures blanches (pour rappel, le champion éthiopien avait remporté l'épreuve pieds nus à Rome 1960), suivi en gros plan, avec des ralentis, visage de marbre, volant vers son deuxième titre consécutif, entrant dans le stade sous les ovations du public. Mais les images s'attardent aussi sur les efforts et les peines des autres concurrents.

Getty Images

Tout s'achève sur la cérémonie de clôture et les visages joyeux des athlètes qui saluent le public et se donnent rendez-vous à Mexico 1968. "Sayonara !" S'affiche alors à l'écran l'inscription suivante : "La nuit et le feu reviennent au soleil. Pour les rêves des humains, ce n'est cependant qu'une fois tous les quatre ans. Est-ce alors suffisant pour nous de créer cette rare paix ?"

"Ce devait être un film : c'est devenu une fresque de l'humanisme contemporain qui dépersonnalise la vedette pour mieux personnaliser l'individu. Le reportage, le film, le documentaire ne restent que dans la proportion où l'actualité contient une vie éternelle. En définitive, seul l'être humain nous apparaît comme une fin", conclut Claude Morgat, "c'est pourquoi ce film continuera longtemps à impressionner le regard de notre mémoire : à travers la beauté des formes et des couleurs, au-delà des apparences et des motifs, il nous donne une merveilleuse leçon d'humanité. L'homme en sort vainqueur, c’est-à-dire meilleur."

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