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"Probablement l'une des meilleures éditions des Jeux Olympiques de tous les temps" : Mary Rand revient sur Tokyo 1964

Mary Rand IOC
Mary Rand, l'une des plus grandes athlètes britanniques de tous les temps, a grandi fascinée par le Japon. Puis à 24 ans, elle est allée à Tokyo, a pris tout ce qu'il y avait à prendre et est revenue quelques semaines plus tard avec une médaille de chaque couleur : une d'or, une d'argent et une de bronze. Pas étonnant alors que la simple mention de ces Jeux la fasse sourire.


Les Jeux Olympiques de Tokyo 1964 représentaient tout ce dont la précocement talentueuse Mary Rand avait rêvé : diversité, glamour et sport de classe mondiale. Inspirée par ce mélange, le fait qu'elle ait réalisé une succession de performances hors norme pour l'époque aide, mais ce n'est pas la raison pour laquelle elle place ces Jeux au-dessus des autres.

"J'ai toujours aimé la culture japonaise, donc c'était formidable de pouvoir me rendre sur place et de découvrir une autre manière de vivre", déclare ainsi Mary Rand, aujourd'hui âgée de 80 ans, l'enthousiasme intact. "Ils étaient tellement organisés, tellement bons dans ce qu'ils faisaient. C'était incroyable, ils ont fait un travail fabuleux. Ils étaient tellement élégants. Ça a été une expérience fantastique, et je pense que tous ceux qui y étaient vous diront la même chose. Je me souviens de Rome [les Jeux Olympiques de 1960], et c'était génial, mais Tokyo, c'était autre chose."

Tokyo 1964 a probablement été l'une des meilleures éditions des Jeux Olympiques de tous les temps. Mary Rand

Tout cela malgré le fait que le temps était beaucoup plus britannique par rapport au Tokyo tropical auquel Mary Rand s'était attendue.

"Oh mon Dieu, je me souviens m'être réveillée le premier jour des Jeux Olympiques et il tombait d'énormes grêlons, vraiment énormes", raconte avec amusement la native du sud-ouest de l'Angleterre. "Je me souviens être montée dans le bus avec d'autres athlètes et je n'en croyais pas mes yeux.

Mais on ne pouvait pas reculer. À l'époque, c'était des pistes cendrées, et pas des pistes synthétiques comme aujourd'hui, mais on a eu une accalmie. Même si je dois admettre que la piste du saut en longueur était assez difficile."

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De telles conditions auraient pu faire perdre le fil à Mary Rand. Incroyablement talentueuse, la jeune star était très attendue à Rome, lors des précédents Jeux Olympiques. Mais comme elle le déclare en toute honnêteté : "tout est allé de travers".

Après avoir sauté à 6,33 mètres lors des qualifications, record de Grande-Bretagne et synonyme de médaille d'argent si elle avait atteint cette marque lors de la finale, l'athlète mord deux fois et effectue une piètre performance au moment où cela compte le plus. Dévastée, elle termine ensuite à une frustrante quatrième place lors du 80 m haies avant qu'elle et ses coéquipières ne soient distancées quelques jours plus tard, inconsolables, après avoir fait tomber le bâton lors du relais 4x100 mètres femmes.

"La presse pensait que j'allais faire pareil qu'à Rome, mais pour être honnête avec vous, ça ne m'a jamais traversé l'esprit", révèle ainsi Mary Rand. "J'étais totalement concentrée sur ce que je faisais. J'étais en forme, mais je ne me suis jamais dit : 'Je suis vraiment en forme, je devrais vraiment atteindre un bon résultat.' Je faisais partie des athlètes qui vivaient au jour le jour. Je ne m'analysais pas beaucoup."

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Cette approche libre et insouciante était appuyée par un travail acharné et un excellent entraîneur, John Le Masurier. De plus, la femme encensée par la presse britannique pour ses looks et son sens de la célébrité avait plus d'un tour dans son sac.

"Depuis Rome, je m'étais mariée et j'avais eu un enfant", raconte-t-elle. "Comme l'a affirmé Ann Packer [sa coéquipière britannique, médaille d'argent au 400 m et médaille d'or au 800 m], 'Mary avait mûri'."

Tout cela lui a permis d'être incontestablement au sommet de son art. Première étape, le saut en longueur. Après avoir battu le record olympique lors des qualifications, Mary Rand n'a cette fois jamais regardé en arrière. Dominant la finale de bout en bout, elle a enchaîné les grands sauts avant de battre, lors de sa cinquième tentative, le record du monde avec une marque à 6,76 m.


"J'ai découvert il y a quelques années que mon record du monde était contre le vent", rigole la Britannique. "Je n'étais même pas au courant. Sur le moment, on n'y pense pas vraiment, on pense juste à faire une bonne course, à bien utiliser la planche d'appel et à tout donner. Tout a fonctionné."

Et pour les athlètes britanniques aussi. Inspirée par la médaille d'or décrochée le premier jour par Mary Rand, la première de cette couleur remportée en athlétisme par une athlète britannique, l'équipe a remporté un total de 12 médailles. Cinq provenaient de la seule chambre de Mary Rand.

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"Si vous demandez à Ann [Packer], elle vous dira : 'Mary est revenue avec une médaille d'or, et cela a inspiré tout le monde'. Elles se sont toutes dit : 'si Mary peut le faire, on peut toutes le faire'", explique Mary Rand, qui partageait sa chambre avec Ann Packer, mais également une jeune Mary Peters, qui remportera ensuite la médaille d'or en pentathlon lors des Jeux de Munich 1972, et la coureuse de haies Pat Pryce.

C'était une chambre remplie de talent, mais aussi de rire.

"Je leur chantais des chansons. Si vous leur demandez, elles vous raconteront que je leur chantais des chansons marrantes", raconte ainsi Mary Rand avec un grand sourire. "On rigolait bien. Je pense que ça nous a aidées. Cela nous a enlevé de la pression de faire les pitres, de ne pas trop penser à la suite. On était un bon groupe, on s'entendait bien. C'était une très bonne période, il y avait un bon esprit de camaraderie."

Une fois la médaille d'or et le record du monde en poche, l'athlète s'est ensuite tournée vers le pentathlon. Une épreuve compliquée pour la plupart, mais une promenade de santé pour la presque trop talentueuse Mary Rand, alors détentrice du record de Grande-Bretagne en 80 m haies, en saut en longueur et en pentathlon, ainsi que du record du monde non officiel en triple saut femmes, une discipline qui n'apparaîtra aux Jeux Olympiques qu'à Atlanta, en 1996.

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Après avoir remporté trois des cinq épreuves du pentathlon, Mary Rand a finalement dû se contenter de la médaille d'argent après avoir laissé 384 points à la Soviétique Irina Press au lancer de poids. La désormais superstar, toujours le sourire aux lèvres, a ensuite remporté une nouvelle médaille en décrochant le bronze au relais 4x100 m.

Tokyo 1964 a fait de Mary Rand une véritable superstar. Elle a ainsi pu par la suite rencontrer les Beatles, et Mick Jagger, des Rolling Stones, a même déclaré que la Britannique était son "rencard rêvé". Quant à l'athlète, Tokyo a répondu à toutes ses attentes et elle est impatiente de voir les Jeux retrouver la capitale japonaise en juillet 2021.

"À mon âge, je ne sais pas si je pourrais y retourner", rigole-t-elle. "Mais je vais tout regarder."

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