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"M'arrêter ne m'a jamais traversé l'esprit" : voici ce qu'a déclaré le marathonien John Stephen Akhwari à propos de sa course mémorable aux Jeux de 1968

John Stephen Akhwari IOC
John Stephen Akhwari a eu une crampe et est tombé, se blessant gravement au genou et à l'épaule, durant le marathon hommes des Jeux Olympiques de Mexico en 1968. Mais, alors qu'il avait même du mal à clopiner, l'athlète et agriculteur tanzanien a refusé de s'arrêter. Aujourd'hui, à l'âge de 78 ans, John Stephen Akhwari se réjouit du fait que le monde souhaite encore l'entendre parler de cette course au cours de laquelle il a défini ce qu'est l'esprit olympique.

Un peu moins d'un quart des coureurs ayant participé au marathon hommes des Jeux Olympiques de Mexico de 1968 n'a pas réussi à terminer la course. L'altitude pesante de la ville et le rythme endiablé du vainqueur éthiopien Mamo Wolde ont fait de cette course une épreuve tout simplement brutale. Mais John Stephen Akhwari, jeune tanzanien de 26 ans issu du secteur de l'agriculture, allait franchir la ligne d'arrivée.

Coûte que coûte.

"M'arrêter ne m'a jamais traversé l'esprit. Mon unique objectif était de terminer la course", révèle l'athlète, 52 ans après avoir prouvé au monde sa détermination inébranlable. Cet aplomb est toujours perceptible dans sa voix alors qu'il décrit comment il a d'abord lutté contre les crampes.

"J'ai commencé à avoir des crampes vers le 30e kilomètre de la course [de 42 km]", explique-t-il avant d'ajouter simplement : "C'était très douloureux."

Comme beaucoup de coureurs, John Stephen Akhwari n'avait pas pu s'entraîner en haute altitude. Même les muscles les plus performants n'ont pas échappé aux spasmes débilitants causés par l'altitude de Mexico qui culmine à 2 250 m.

John Stephen Akhwari, champion d'Afrique en titre du marathon hommes, était arrivé en pleine forme aux Jeux Olympiques de 1968. Il avait déjà brillé sur le circuit international en terminant deuxième du célèbre marathon d'Athènes de 1963. Il qualifie aujourd'hui cette performance de "meilleure" de sa carrière. Mais, même si ces crampes venaient clairement de ruiner ses ambitions personnelles de décrocher une médaille d'or, il a trouvé le moyen de se battre.

IOC - Mexico 1968


Malheureusement, une épreuve bien pire l'attendait.

Alors qu'une mêlée de coureurs se battait pour prendre la pole position, l'athlète fut projeté au sol par le bras ou la jambe de l'un de ses concurrents. Même si l'octogénaire qu'il est aujourd'hui affirme en souriant qu'il n'a subi que des "blessures mineures", les rapports de 1968 laissent penser que le temps a fait oublier la douleur au Tanzanien. En effet, non seulement son épaule a frappé le trottoir de plein fouet et il s'est entaillé le genou, mais il se l'est également disloqué.

Contre toute attente, après avoir reçu les "premiers soins" comme il le dit, il est reparti vers la ligne d'arrivée, le genou bandé et maintenu.

Les spectateurs qui se trouvaient dans les rues de la capitale mexicaine ont rapidement compris ce à quoi ils étaient en train d'assister.

 

"La foule applaudissait et m'acclamait, ils m'ont beaucoup encouragé à terminer la course", explique le marathonien. Il a pénétré en boitant dans le stade olympique de Mexico 60 minutes après la victoire écrasante de Mamo Wolde. Des milliers de spectateurs étaient encore sur place, ayant peut-être eu vent que quelque chose de spécial allait se produire.

"Quand je suis entré dans le stade, je ne pensais qu'à une seule chose : franchir la ligne d'arrivée. J'ai été très surpris de la réaction du public en réponse à mes efforts. Il y avait encore de nombreux spectateurs pour m'accueillir, une heure après l'arrivée du vainqueur", raconte John Stephen Akhwari, encore agréablement surpris aujourd'hui.

"Je me souviens plus particulièrement d'un garçon de neuf ans qui était avec ses parents à l'entrée du stade. Ma détermination et ma passion l'ont tellement inspiré qu'il a juré à ses parents qu'il viendrait me voir un jour en Tanzanie, quand il serait grand. Il a tenu sa promesse."


La description qu'il fait de ce qu'il a ressenti quand il a enfin permis à ses jambes de lâcher est instructive dans sa simplicité :

"J'étais bien sûr très heureux d'avoir réussi à finir la course, mais je souffrais aussi à cause de ma chute. Après la ligne d'arrivée, un journaliste m'a demandé pourquoi je n'avais pas abandonné alors que je savais que je n'avais aucune chance de gagner. Je lui ai répondu : "mon pays ne m’a pas envoyé à Mexico pour prendre le départ de la course, ils m’ont envoyé à 8 000 kilomètres pour finir la course."

Cette citation définit l'athlète qu'est John Stephen Akhwari. Le Mouvement olympique n'a jamais oublié ces paroles, ni celui qui les a prononcées. En 2000, on lui a demandé de remettre les médailles du marathon hommes des Jeux Olympiques de Sidney. C'était pour lui "un privilège et un honneur". Huit ans plus tard, il était ambassadeur aux Jeux de Beijing 2008.

John Stephen Akhwari IOC - Sydney 2000

Désormais agriculteur à la retraite dans la campagne de Tanzanie, John Stephen Akhwari reste fier du fait que "les gens parlent encore" de ce qu'il a accompli il y a tant d'années.

"Bien des personnes me parlent encore de cette course et des Jeux Olympiques, surtout celles que mon histoire a inspirées. Je pense que cela intéresse encore beaucoup les gens, car ma passion et les efforts que j'ai dû déployer malgré la douleur m'ont aidé à terminer la course", conclut-il.

Et il a raison.

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