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"La pression sera forte, mais ma motivation le sera encore plus", déclare un athlète désireux de faire partie de l'équipe olympique des réfugiés

aker UNHCR/Benjamin Loyseau
En l'espace de six ans, Aker Ai Obaidi a connu la guerre, a été séparé de sa famille, a traversé un continent pour trouver refuge dans un autre pays, a appris une toute nouvelle langue et s'est construit une nouvelle vie. Il espère maintenant que son don pour la lutte l'aidera à obtenir une médaille au sein de l'équipe olympique des réfugiés.

À 14 ans, Aker Ai Obaidi aurait dû se soucier de l'école, de ses amis, de sa famille, du sport, et de toutes ces choses du quotidien auxquelles s'intéressent les adolescents ailleurs dans le monde. Mais lui fuyait pour sa vie. L'État islamique dominait sa ville natale, Mossoul, en Irak, et recrutait des garçons de son âge. Il devait fuir.

"Je ne voulais pas partir, mais je n'ai pas eu le choix, a expliqué Obaidi, maintenant âgé de 20 ans. C'était vraiment très effrayant. Je ne savais pas où j'allais ni où j'allais me retrouver. J'étais séparé de ma famille et je suivais un groupe. J'avais peur que ma famille ne survive pas à la guerre. Je devais m'occuper de moi. Toute cette histoire était vraiment très difficile psychologiquement, donc j'ai dû consulter des médecins pour leur raconter ce qui m'est arrivé."

Après avoir fui par le Kurdistan, Aker Ai Obaidi s'est retrouvé en Autriche. "Nous ne pouvions pas quitter le pays et nous avons finalement obtenu l'asile. Nous n'avions pas prévu de venir en Autriche. Je n'en avais jamais entendu parler, c'est simplement là où je me suis retrouvé."

aker UNHCR


C'est pourtant dans la région montagneuse du Tyrol que le jeune garçon va s'épanouir. Son don pour la lutte gréco-romaine a rapidement été remarqué par les clubs locaux et en cinq ans dans ce pays, il a appris à parler couramment allemand et a excellé à l'école. Comme 49 autres athlètes, il a récemment reçu une bourse pour athlètes réfugiés de la part du Comité International Olympique. Alors que seulement dix athlètes portaient les couleurs de l'équipe olympique des réfugiés aux Jeux Olympiques de Rio 2016, ils seront à priori bien plus à être sélectionnés pour Tokyo 2020.

"Je suis allé au collège en Autriche et j'ai suivi des cours d'allemand, a-t-il raconté. C'était difficile, mais je me suis fait des amis autrichiens qui m'ont vraiment aidé. J'adore l'Autriche, c'est un très beau pays. La nourriture est excellente et les montagnes magnifiques. Je m'y sens chez moi maintenant. M'investir dans le sport et en faire mon occupation m'a aidé à me sentir bien ici. Mon talent m'a ouvert beaucoup de portes et je me suis fait plein d'amis lutteurs.

Ce n'est pas toujours facile d'être réfugié : il faut remplir des formulaires et des demandes de visa, se rendre au gouvernement pour prouver que l'on peut rester dans le pays... Tout ceci est compliqué, surtout quand ce n'est pas notre langue maternelle. Donc j'étais vraiment très heureux d'obtenir la bourse pour athlètes réfugiés en 2019."

aker UNHCR

Aker Ai Obaidi se consacre au sport depuis toujours. En effet, son père, entraîneur de lutte, a commencé à le former dès l'âge de six ans. Aker et son frère cadet étaient tous deux très prometteurs (ils luttaient souvent l'un contre l'autre) et, à seulement neuf ans, ils prenaient déjà ce sport "au sérieux, comme un métier".

Aker a commencé à participer à des tournois, et à les gagner, au point où "d'autres pays étaient prêts à payer pour que nous changions de nationalité et luttions pour eux." Mais tout cela fut gâché par les événements qui l'ont poussé à fuir son pays.

"La lutte n'est pas très développée en Autriche, a-t-il révélé. C'est un pays de sports d'hiver. Mais je m'entraîne dur et nous avons de quoi faire. Je passe environ deux à trois heures à la salle de sport, deux fois par jour. J'aime aussi aider les enfants à s'entraîner et à se lancer dans un nouveau sport. C'est très intéressant."


Aker Ai Obaidi s'est distingué non seulement sur la scène internationale junior, mais également contre quelques seniors. "Lors d'un camp d'entraînement, j'ai combattu le lutteur serbe [Davor Stefanek] qui a gagné [en lutte gréco-romaine 66 kg] l'or à Rio en 2016 et je me suis bien défendu, a-t-il confié. C'est là que je me suis dit : 'j'ai le niveau pour gagner une médaille aux Jeux de Tokyo 2020'.

C'est mon objectif. Concourir à des Jeux Olympiques est mon plus grand rêve, et comme je n'ai actuellement pas de nationalité, j'aimerais beaucoup prouver que les réfugiés peuvent non seulement participer, mais aussi gagner."

Le lutteur est également devenu un leader pour les réfugiés en Autriche : "J'essaye de nous donner une voix, de montrer que les réfugiés ne sont pas de mauvaises personnes. Nous ne devrions pas toujours être considérés comme les méchants et être vus de manière négative. Nous voulons prouver que les étrangers peuvent faire de bonnes choses, réussir en sport et remporter des médailles."

Participer aux Jeux de Tokyo 2020 ne pourra que renforcer cette idée. "En ce moment, j'essaye de m'entraîner autant que possible pour les [championnats du monde des] moins de 23 ans en Finlande, après quoi mon objectif sera Tokyo, a-t-il déclaré. J'ai découvert l'équipe des réfugiés en 2016 et j'ai été fasciné de voir toutes ces personnes qui avaient la chance de montrer de quoi elles étaient capables. Je vais tout faire pour en faire partie. La pression sera forte, mais ma motivation le sera encore plus."

Malheureusement, il demeure loin de sa famille, à qui il essaye de parler tous les jours. "C'est encore très dangereux là où ils sont en Irak, a expliqué Aker Ai Obaidi. Je suis inquiet. Mais ils sont très fiers de moi, comme n'importe qui le serait de quelqu'un qui pourrait participer à des Jeux Olympiques."

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