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Les techniques de l’athlétisme antique sont « parfaitement logiques »

Du son de la flûte aux principes de la fronde, les épreuves de saut en longueur, de javelot et de disque se sont distinguées par leur complexité et leur inventivité durant les Jeux Olympiques de l’Antiquité. Toni Minichiello, qui entraîne une championne olympique, ne cache pas son admiration pour ces glorieux anciens.

Le saut en longueur, le javelot et le disque font partie des disciplines phares des Jeux Olympiques. Toutefois, à l’époque des Jeux de l’Antiquité, leur forme différait singulièrement de celle qu’on leur connaît aujourd’hui... et pas uniquement parce que les athlètes se présentaient nus et couverts d’huile.

Les spécialistes du saut en longueur se produisaient à Olympie au son doux et charmant, mais légèrement décalé, de la flûte. Dans cet état de relaxation induit par la musique, les athlètes s’élançaient sur une piste réduite, tenant une grosse pierre ou des poids en plomb dans chaque main. La poussée initiale était produite par une course brève mais intense, au cours de laquelle les concurrents balançaient les poids d’avant en arrière. Au moment de prendre leur impulsion, ils repoussaient vigoureusement les poids en arrière, avant d’étirer les bras vers l’avant, jusqu’à toucher leurs pieds. À l’apogée du saut, les bras étaient à nouveau repoussés en arrière pour contrebalancer la force de la propulsion. Enfin, juste avant de retoucher le sol, ils se débarrassaient des poids afin de maintenir l’élan le plus longtemps possible.

« C’est parfaitement logique », constate Toni Minichiello, entraîneur de l’heptathlète britannique Jessica Ennis-Hill, championne olympique de la discipline en 2012.

« Il faut commencer par générer une force horizontale et la transformer en une poussée verticale. Ces poids additionnels permettaient d’augmenter la poussée et d’arriver plus vite vers le point d’impulsion. »

Le poids des pierres pouvait aller de 1,4 à 2 kg, en fonction de la taille de chaque athlète. Munis de sillons polis pour faciliter la prise en main, ces poids se présentaient sous différentes formes : rectangulaire, semi-circulaire, hémisphérique et elliptique.

Si Minichiello avoue n’avoir jamais eu recours à cette méthode à l’entraînement, il comprend d’instinct les mérites d’une technique qui donne à l’athlète le sentiment de sauter plus loin.

« On prend appui sur une planche, note-t-il. On utilise une planche ou une plateforme pour monter un peu plus haut. On commence tout de suite à s’élever, ce qui permet de passer un peu plus de temps en l’air. C’est aussi l’occasion de travailler la technique en vol, la position d’atterrissage, etc. »

L’idée de diffuser une musique relaxante le séduit également.

« Il y a beaucoup d’études sur les effets de la musique. C’est un bon outil pour se détendre, pour se motiver. [Aujourd’hui], de nombreux athlètes ont recours à la musique pendant l’échauffement pour se mettre dans le bon état d’esprit. »

On ne sait pas exactement comment se déroulaient les sauts sur un plan technique, car les Grecs anciens ne s’intéressaient apparemment qu’à la victoire. Toutefois, les archives mentionnent deux exemples de sauts effectués sur des distances apparemment impossibles, notamment celui du champion olympique de 664 avant J.-C. Chionis de Sparte, mesuré à 15,8 m. Ce résultat a longtemps laissé planer le doute sur la présence d’une épreuve de triple saut lors de certaines éditions des Jeux. La plupart des spécialistes semblent s’accorder à penser que ces distances improbables sont simplement le fruit d’une exagération aisément compréhensible.

En bois, de la taille d’un homme et pointu à une extrémité, le javelot était clairement l’épreuve la plus martiale du programme des Jeux Olympiques de l’Antiquité. Malgré l’absence d’une pointe en fer ou en bronze, la forme de l’objet n’était pas sans rappeler celle de la lance, une arme que tous les participants avaient eu l’occasion de manier au moins une fois dans leur vie.

La principale différence avec le javelot moderne réside dans la présence d’une lanière en cuir, enroulée autour du centre de gravité. En glissant deux doigts dans la boucle, les athlètes antiques pouvaient projeter le javelot dans les airs en utilisant une technique assez proche de celle employée par les olympiens modernes.

« C’est le principe de la fronde. Là encore, c’est tout à fait logique, poursuit Minichiello. À l’entraînement, on utilise des javelots légers ou lourds pour la même raison. En lançant un appareil relativement léger, on travaille sur la vitesse d’exécution des mouvements ; un outil plus lourd développe davantage la force. »

À l’instar du javelot et du saut en longueur, le disque faisait partie du pentathlon. Mais contrairement à la plupart des autres disciplines olympiques de l’époque, cette épreuve n’avait aucun lien évident avec la vie militaire, ce qui en fait une curiosité.

Malgré tout, le lancer du disque a joui dans le monde grec d’une longue tradition dont Homère fut le premier à se faire l’écho. Pour la mythologie, il entretient également un lien étroit avec la mort. Apollon et Persée tuent tous deux des êtres chers après un lancer malheureux.

Souvent représentés dans des scènes picturales ou des récits poétiques, les disques étaient à l’origine en pierre, avant d’être fabriqués en fer, en plomb et même en bronze. Le poids d’un disque pouvait varier d’une édition à l’autre des Jeux. Les découvertes font état de poids allant d’1,3 à 6,6 kg pour un diamètre entre 17 et 32 cm. Les disques étaient lancés en utilisant une technique similaire à celle des athlètes modernes. Un texte mentionne un jet de Phayllos de Crotone à 28,9 m.

Ces trois disciplines athlétiques nécessitaient du rythme, de la précision et de la puissance, autant de qualités très appréciées des Grecs anciens.

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