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« Défense de mordre et d’arracher les yeux » – mais tout le reste est permis dans le pancrace

Mélange de boxe et de lutte, quasiment dénué de restrictions, le pancrace constituait une épreuve de force violente des plus prisées aux Jeux Olympiques de l’Antiquité. Mettant aux prises des colosses dotés d’une force incroyable, il devint une source intarissable d’histoires merveilleuses et de mythes émouvants.

Le pancrace était un sport magnifiquement simple

« On pouvait y faire à peu près tout ce qu’il est possible d’imaginer pour immobiliser son adversaire », explique Paul Christesen, professeur d’histoire grecque ancienne à l’université de Dartmouth aux États-Unis. « Et les Grecs pensaient qu’il s’agissait de la chose la plus formidable qui soit. »

Comme pour tous les sports, les Grecs croyaient que les règles avaient été inventées par un dieu ou un héros, et dans le cas du pancrace, il s’agissait de Thésée. L’homme mythique avait eu recours à un mélange de lutte et de boxe pour vaincre le Minotaure, créature moitié homme, moitié taureau, qui avait vécu, dit-on, dans un labyrinthe situé sous le palais de Minos, le roi de Crète.

Défense de mordre et d’arracher les yeux, tels étaient les seules restrictions du sport de Thésée, même si les Spartiates, radicaux par essence, autorisaient les deux à l’entraînement afin de préparer leurs guerriers au combat. Contrairement à la boxe, on combattait à mains nues au pancrace. En règle générale, les hommes de grande taille préféraient s’en remettre à leurs coups de poing, tandis que les concurrents plus trapus avaient davantage tendance à utiliser des techniques de lutte. Les deux types de combattants cherchaient le moyen d’effectuer une clé, un étranglement réalisé avec un seul bras et qui permettait de frapper à répétition son malheureux adversaire avec le bras resté libre.

Le premier qui tombait se retrouvait en difficulté, car il était alors à la merci de son adversaire qui avait ensuite toute latitude pour mettre en œuvre l’étranglement tant redouté. Certains récits font cependant état de combattants plus petits et plus souples trompant leurs adversaires en faisant semblant de tomber et d’être désemparés. Le but de la manœuvre était d’attirer leurs lourds adversaires dans une position dans laquelle ils pouvaient utiliser leurs jambes et leurs bras pour les déstabiliser et les projeter au sol, avant de leur porter un coup gagnant.

« On sait que certaines personnes sont mortes, dit Paul Christesen. On suppose que les blessures vraiment graves étaient monnaie courante, mais que les décès n’étaient pas si fréquents, car soit les concurrents s’évanouissaient, soit ils abandonnaient avant d’en arriver là. »

« Par exemple, si quelqu’un vous brisait tous les doigts de la main droite, ce qui était tout à fait raisonnable  au pancrace, vous lui disiez alors probablement : "Écoute, je crois que je vais m’en tenir là" ! »

L’histoire d’Arrachion de Phigalie exprime nettement pourquoi cette épreuve était l’une des plus attendues par les Grecs du programme des Jeux Olympiques de l’Antiquité.

Coincé par un épouvantable étranglement, Arrachion empoigna le pied de son adversaire et rassemblant ses dernières forces, il l’écrasa en disloquant sa cheville. Incapable de supporter la douleur, l’homme, dont on ne connaît pas le nom, leva l’index en signe de soumission. Au même moment, Arrachion rendit son dernier souffle. La victoire lui fut attribuée à titre posthume, car son adversaire avait abandonné.

« Les Grecs toléraient un degré de violence en sport beaucoup plus important que la plupart d’entre nous, explique Paul Christesen. Cela s’explique en partie par le fait que les athlètes étaient généralement des soldats, et vice-versa. Il y avait donc d’une certaine manière une accoutumance à la violence. »

« On vous demandait d’être prêt à réaliser ce genre de choses sur le champ de bataille et vous aviez donc moins de sensiblerie à le faire en sport. »

Sept athlètes ont réalisé le difficile doublé lutte et pancrace lors des mêmes Jeux, dont le malheureux Arrachion. Mais Théagène de Thasos est le dernier symbole de ce sport brutal et sauvagement populaire.

Si Théagène était né d’un prêtre du temple d’Héraklès sur l’île de Thasos, les locaux en étaient venus à penser que son véritable père était le dieu Héraklès en personne. Célèbre depuis le jour où il avait arraché une statue en bronze de son socle et l’avait portée jusqu’à chez lui, alors qu’il n’avait que 9 ans, Théagène gagna l’épreuve de boxe de la 75e Olympiade (480 av. J.-C.) et le pancrace lors de la 76e. Dans la foulée, il entreprit une tournée dans le bassin méditerranéen au cours de laquelle on rapporte qu’il aurait coiffé plus de 1 400 couronnes de vainqueur. Une statue grandeur nature à son effigie est érigée à Olympie même.

La nature du sport encouragea naturellement la floraison de légendes concernant ses héros courageux. Aucune n’a cependant atteint l’ampleur de celle de Polydamas de Scotoussa. On dit que le champion olympique de 408 av. J.-C. a tué des lions à mains nues, qu’il a arraché le sabot d’un taureau féroce et furieux, et qu’il a arrêté d’une seule main un char lancé à toute vitesse.

Comme le fait remarquer un Paul Christesen amusé, un autre résultat extrêmement bénéfique a découlé de cette obsession des actes héroïques et des combats brutaux en un contre un.

« Les Grecs ont inventé la médecine sportive, en partie sans doute à cause des blessures qui se succédaient sans arrêt, dit-il. Ils sont devenus des experts en essayant de soigner les blessures survenues en sport. »

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