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Les règles de la lutte aux Jeux Olympiques de l’Antiquité

Capables de soulever des taureaux vivants ou de tordre des arbres à mains nues, les lutteurs étaient les héros plus les populaires des Jeux Olympiques de l’Antiquité. Doté d’une aura sans équivalent, le sport a vécu son âge d’or.

En tant que concurrents au sport le plus ancien et le plus largement pratiqué du programme des Jeux Olympiques de l’Antiquité, les lutteurs bénéficiaient d’un degré très élevé d’attention et d’adulation à Olympie. En outre, comme la plupart des supporters avaient eux-mêmes fréquenté des écoles de lutte, le sport était un peu l’équivalent du football d’aujourd’hui.

Sextuple champion olympique de lutte, Milon de Crotone a fait l’objet, plus que tout autre athlète olympique antique, de multiples écrits, lui qui était capable de faire le tour du stade en portant un taureau vivant sur ses épaules, ou de casser une corde enroulée autour de sa tête rien qu’en gonflant ses veines !

Élément du pentathlon, tout en étant également une épreuve à part entière, la lutte était par nature liée à la guerre. Nus et couverts d’huile, les combattants avaient deux disciplines à leur disposition. En « lutte debout », disputée dans une fosse de sable, un lutteur devait expédier son adversaire trois fois au sol pour être déclaré vainqueur. À l’inverse, en lutte « roulée » ou « au sol », le combat ne se terminait que lorsque l’un des deux protagonistes était si épuisé qu’il ne pouvait résister davantage. Dans ce cas-là, il levait une main en tendant un ou deux doigts pour signifier sa défaite.

Les règles se limitaient à l’interdiction de mordre et d’attaquer les organes génitaux. Les fractures étaient donc légion, et les lutteurs se cassaient souvent les doigts, voire les bras pour échapper aux prises. Ce fut d’ailleurs le seul emploi de cette technique qui rendit célèbre le double champion Leontiscos de Messène.

La nature sauvage des combats est sans doute l’une des nombreuses raisons qui expliquent pourquoi la lutte était considérée comme un test de la valeur des athlètes des Jeux de l’Antiquité. Car si la lutte a perdu sa brutalité pure de l’époque, elle a conservé les qualités qui l’ont rendue si populaire, comme le souligne la lutteuse canadienne Erica Wiebe.

Cette dernière, championne olympique à Rio 2016 en lutte libre féminine, dans la catégorie des 75 kg, est l’une des rares lutteuses modernes, à avoir une idée de ce qu’ont dû éprouver ses illustres prédécesseurs des Jeux Olympiques de l’Antiquité.

« Il n’y a pas d’autre sport comme celui-là, dit-elle. C’est une véritable démonstration de caractère, de persévérance, de résistance et de courage. »

Naturellement, dans les récits des Jeux antiques, les histoires de force quasi surhumaine abondent. Alors qu’Amésinas de Barka s’entraînait en luttant avec un taureau, on rapporte qu’Isidore d’Alexandrie, lui, n’est jamais tombé en compétition.

L’Australien Liam Neyland, multiple champion d’Océanie chez les juniors et espoir des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, sait ce que c’est que se frotter à la force pure. « Aux championnats d’Océanie [ceux de 2017, ses premiers en tant que senior], j’ai été opposé à un Néo-Zélandais, dit-il. Normalement, je suis l’un des plus forts dans ma catégorie de poids (65 kg), mais je jure que ce gars-là n’était pas humain. Il avait un corps si puissant que j’avais l’impression d’essayer de déplacer un rocher. »

Le célèbre Milon de Crotone tombe à n’en pas douter dans cette catégorie. Élève du philosophe et mathématicien Pythagore, l’immense lutteur avait,dit-on, soutenu le plafond de la maison de son professeur lors d’un tremblement de terre, permettant à tous ceux qui étaient là de s’en sortir indemnes. Une statue du Musée du Louvre à Paris décrit comment sa force a finalement causé sa perte. Coincé sous un arbre en pleine nature, dont il avait essayé de fendre la souche desséchée de ses mains nues, Milon fut dévoré par les loups.

Malgré la prédominance de la puissance, la technique et la ruse ont toujours joué un rôle capital en lutte.

« J’ai suivi un cours à l’université sur le sport et la Rome antique, confie Erica Wiebe. Et j’ai appris que s’il existait beaucoup de légendes sur la force des lutteurs, d’autres parlaient de lutteurs rusés. Je pense appartenir à cette catégorie. »

Peut-être la Canadienne compte-t-elle des ancêtres italiens dans son arbre généalogique ? Dans l’Antiquité, les Siciliens étaient en effet connus pour être des lutteurs malins, tandis que les Spartiates étaient réputés pour leur honneur et que la célébrité des habitants d’Argos était due à leur technique.

Un autre facteur n’a pas été gommé par les siècles séparant Milon de Crotone de Neyland du Queensland : la capacité des lutteurs à ingérer des quantités assez inimaginables de nourriture et de liquide. Alors que Milon abattait un taureau au milieu du stade d’Olympie et en avalait chaque morceau devant un public hurlant, Liam Neyland fait aujourd’hui un petit peu plus dans la discrétion.

« J’ai la réputation d’être un ventre, dit le jeune homme de 21 ans. J’ai mangé un kilo de viande dans un burger en moins d’une heure. J’avais parié une bouteille de vin avec l’un de mes entraîneurs. »

Milon aurait applaudi des deux mains. Ne rapporte-t-on pas qu’il aurait accompagné son taureau en buvant neuf litres de l’un des meilleurs crus de vin rouge de la Grèce antique ?

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