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Rencontre avec les stars de la piste des Jeux Olympiques de l’Antiquité : « Allez Léonidas ! »

Courir trois marathons en un jour – après avoir conquis le titre olympique – ou pourchasser un lièvre vivant, les exploits des icônes de la course à pied d’Olympie étaient remarquables.

Léonidas de Rhodes n’est pas uniquement le plus grand coureur des Jeux Olympiques de l’Antiquité, c’est incontestablement l’olympien le plus impressionnant de tous les temps. Les exploits de l’homme sont si extraordinaires que ses contemporains l’avaient déifié de son vivant et, sans la preuve historique irréfutable de ses records, ces derniers seraient probablement mis au pilori de l’exagération.

Invaincu, Léonidas gagna les deux premières épreuves de sprint et la course en armes lors de quatre éditions consécutives des Jeux Olympiques entre 164 et 152 av. J.-C.. Douze victoires en douze ans, dont les trois dernières à l’âge de 36 ans : même Usain Bolt ne peut rivaliser.

Faute d’archives détaillées, il est difficile de percer le secret de la réussite de Léonidas. Mais Toni Minichiello, l’entraîneur de renommée mondiale qui a conduit Jessica Ennis-Hill à la médaille d’or de l’heptathlon à Londres 2012, est certain que la recette du succès de l’homme de Rhodes devait recéler plusieurs ingrédients indispensables.

« Si quelqu’un est capable d’atteindre le plus haut niveau, c’est parce qu’il peut réaliser régulièrement un modèle de mouvement qui produit un certain niveau de performance, et la technique mène à la régularité », explique Toni Minichiello.

« Si vous mettez de côté ce facteur physique, il reste évidemment le mental, la détermination, le dynamisme, l’enthousiasme, le plaisir… Le fait de ne pas penser que tout vous est dû, de continuer à aller de l’avant, permet de conserver sa motivation. »

Le stadion, que Léonidas a remporté quatre fois, était l’épreuve la plus ancienne et la plus prestigieuse des Jeux de l’Antiquité. Seule course au programme des 13 premières éditions, elle était disputée sur une longueur de stade - environ 193 m dans le cas d’Olympie, une distance que le héros Hercule pouvait courir, selon la légende, sans reprendre son souffle.

Chaque course courue sur une distance supérieure était un multiple d’un stadion, ou stade. La seconde épreuve de vitesse, le diaulos, fut introduite en 724 av. J.-C., et consistait en deux stades, en ayant recours à un poteau de virage. Les collisions étant inévitables, prendre rapidement la tête était crucial.

À l’origine, le départ et l’arrivée étaient matérialisés uniquement par des lignes tracées sur le sol, mais à partir du cinquième siècle av. J.-C., une structure permanente fut installée, équipée d’une corde fine. Une longue rangée de blocs de pierre étroits, dotés de rainures parallèles pour les pieds, et des poteaux verticaux pour séparer les coureurs furent introduits par la suite. À l’apogée des Jeux, on pouvait accueillir environ 20 athlètes par course. Les positions de départ étaient décidées par tirage au sort et malheur à ceux qui commettaient un faux départ : la sanction était une punition corporelle.

Une large majorité des stars adulées du sprint, en particulier dans les premiers siècles des Jeux, étaient bergers ou valets de ferme. On rapporte ainsi que le talent du vainqueur du stadion en 596 av. J.-C., Polymestor, de la cité de Milet, avait été remarqué après qu’on l’ait vu attraper un lièvre vivant à mains nues, alors qu’il gardait son troupeau de chèvres.

L’entraîneur Minichiello pense savoir pourquoi un homme qui passe ses journées à poursuivre des animaux en dévalant la montagne a des chances de finir par devenir une star olympique.

« La survitesse, c’est ce qu’on recherche, dit Minichiello. Les gens (les athlètes modernes) courent parfois en descente pour obtenir cette survitesse (à l’entraînement). Cela a des incidences sur la rapidité avec laquelle vous pouvez envoyer des signaux neuronaux du cerveau aux muscles. »

« Nous [lui et ses athlètes] utilisons des bandes élastiques qui vous tirent à des vitesses plus rapides que ce qu’on peut courir. Ce qu’on essaye d’obtenir, c’est que les jambes tournent plus vite qu’elles n’ont jamais tourné auparavant. »

Grâce aux origines mythiques du marathon, les coureurs de fond ont été tout autant médiatisés, si ce n’est plus, que leurs homologues sprinters.

L’histoire d’Ageas lors de 113e Olympiade (328 av. J.-C.) est caractéristique. Le matin, il a gagné le dolichos, la course de fond majeure disputée habituellement sur une distance de 20 stades (environ 3 550 m) et l’après-midi, il a couru 100 km supplémentaires, pour aller annoncer sa victoire à sa famille et à ses amis, chez lui à Argos. Et si cela ne suffisait pas, Polites de Keramos a encore fait mieux. En une matinée de la 212e olympiade (An 69), il s’est adjugé le stadion, le diaulos et le dolichos.

Aux Jeux de l’Antiquité, tous les coureurs, de Polites à Léonidas, couraient nus et pieds nus. Si Minichiello ne demande pas à ses protégés d’enlever leurs vêtements, il reconnaît le bien-fondé d’enlever ses chaussures.

« On a besoin de faire bouger la plante de ses pieds d’une certaine manière, dit-il. Lorsqu’on marche avec des chaussures, la voûte plantaire et les muscles de la base du pied ne sont pas aussi bien mobilisés qu’ils auraient pu l’être.

« Avec Jessica, nous avons beaucoup travaillé dans des fosses de sable, en effectuant divers exercices pour faire bouger la base du pied, en sautant à cloche-pied dans le sable. Cela développe la stabilité de la cheville et la réception neuronale, car lorsque vous allez vite, vous posez le pied et ensuite, vous devez pouvoir le contrôler, tout comme la cheville, et changer de direction, même si vous vous battez avec le vent ou un sol glissant. »

Bien qu’elle fût la dernière des quatre grandes épreuves pédestres à être ajoutée (en 520 av. J.-C.), la course en armes est devenue rapidement une épreuve de choix. À l’origine, les concurrents étaient vêtus d’un casque et d’une pièce d’armure appelée grève sur les jambes, et ils portaient un bouclier. Mais les grèves ont été rapidement abandonnées, et à partir du 3e siècle av. J.-C., les coureurs ne portaient plus qu’un lourd bouclier au bras. Disputées traditionnellement sur deux stades, il s’agissait d’un sprint empreint de faste et de splendeur, avec des emblèmes personnels décorant les boucliers.

Tout comme il l’avait été dans le stadion et le diaulos, l’incomparable Léonidas devint le roi de cette course, qui marquait la fin des Jeux.

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