De quoi parlons-nous exactement lorsque nous évoquons un sport en toute sécurité ?

Un sport en toute sécurité signifie un environnement athlétique respectueux, équitable et débarrassé de toute forme de harcèlement ou d’abus.

Le harcèlement et l’abus peuvent prendre de nombreuses formes et sont parfois difficiles à identifier. Il est donc important de bien comprendre ce que signifie. Mais attention : ces définitions peuvent varier d’un pays ou d’un organisme à l’autre.

Pour les besoins de ce document, nous nous sommes référés aux définitions fournies par la déclaration de consensus du CIO sur le harcèlement et les abus sexuels dans le sport (2016).

Il existe plusieurs catégories de harcèlement et d’abus. Chacune peut se produire séparément ou en association avec une ou plusieurs autres formes.

  • Abus psychologique :

L’abus psychologique est au cœur de toutes les autres formes de harcèlement et d’abus. C’est, en quelque sorte, le « point d’entrée » de toutes les formes de maltraitance.

L’abus psychologique peut prendre la forme d’attitudes condescendantes, humiliantes, stigmatisantes, de rejet ou d’isolement. Il se caractérise souvent par des cris et des menaces, mais il peut aussi se traduire par un déficit d’attention ou de soutien, voire du mépris.

Il s’agit donc le plus souvent d’une attitude d’évitement délibérée et répétée dans le temps de la part d’une personne détentrice de l’autorité sur un subordonné.

  • Abus sexuel :

L’abus sexuel se définit comme une conduite de nature sexuelle (avec ou sans contact/pénétration) dans laquelle le consentement est obtenu par la force ou la manipulation, ou dans laquelle celui-ci ne peut pas être donné.

  • Harcèlement sexuel :

Le harcèlement sexuel regroupe tous les comportements indésirables et malvenus de nature sexuelle, qu’ils soient verbaux, non verbaux ou physiques. Le harcèlement sexuel peut prendre la forme d’abus sexuels.

Voici quelques exemples :

  • Maria est une rameuse de 18 ans. En participant à une compétition qualificative pour les Jeux Olympiques, elle réalise son rêve : être sélectionnée dans l’équipe nationale de son pays. Maria est une athlète pleine de talent. Elle a du potentiel et elle est respectée dans sa discipline. Elle vit avec ses parents et ses cinq frères aînés.

Pendant l’épreuve de qualification pour les Jeux, le leader de l’équipe, Gianni, demande à Maria de transporter le pique-nique de l’équipe de l’hôtel jusqu’au site où doit avoir lieu la compétition. Dès la première journée d’entraînement, son entraîneur, Georgio, se tient sur la rive et crie : « Allez chérie, plus vite, plus vite ! Tu peux le faire, ma puce ! »

À l’issue de la séance, les athlètes sont physiquement épuisés. Alors que tout le monde se prépare à rentrer à l’hôtel, un membre de l’équipe masculine demande à Maria de lui porter son sac. Un peu plus tard, Maria est de retour à l’hôtel où elle entame sa récupération. Elle reçoit un coup de téléphone de Gianni : « Salut, chérie. Les garçons auraient besoin que tu fasses leur lessive. Tant que tu y es, tu peux aussi laver mes affaires. Et il faut que tout ça soit prêt pour l’entraînement de demain. »

Il est toujours louable de chercher à aider les gens autour de soi, mais il ne faut pas exagérer. N’aie pas peur de dire NON si tu ne peux pas faire ce qu’on te demande ou si ça ne te semble pas normal. Si tu as l’impression que quelqu’un va trop loin et que tu es exploité(e) en raison de ton genre ou si tu te sens humilié(e) ou blessé(e), parles-en à une personne de confiance. L’identité sexuelle d’une personne n’a aucune influence sur sa capacité à accomplir une tâche donnée.

  • Helga, 16 ans, pratique le lancer du disque. Elle fait partie de l’équipe nationale junior. Elle vient d’arriver au centre national d’entraînement, bien loin de sa ville natale, afin d’entamer une période de préparation pour une grande compétition. Trond, 17 ans, est membre de l’équipe nationale de lancer de marteau. Étant tous deux lanceurs, Helga et Trond travaillent ensemble à la salle de musculation et dans le stade. Dans un premier temps, tout se passe bien. Helga accepte la demande de Trond de l’ajouter à sa liste d’amis sur Facebook. Mais Helga se rend compte au fil du temps que Trond regarde sa poitrine lors des séances d’étirement, ce qui la met mal à l’aise. Il commence à lui envoyer des SMS inappropriés et à laisser des messages à caractère sexuel sur sa page Facebook.

Un jour, ils se croisent en se rendant à la salle de musculation et Trond lance : « Allez, aujourd’hui, on va se dépenser pour garder ce joli petit cul bien ferme ! » Helga devient écarlate.

Pendant les séances d’entraînement suivantes, elle tente de garder ses distances. Mais un soir, alors qu’elle se prépare à quitter le stade pour prendre le métro, Trond est là, à l’attendre. Il souhaite visiblement marcher avec elle. Quand elle passe devant lui, il lui annonce : « Mes parents sont sortis. Viens chez moi, on va s’amuser. Je sais que c’est ce que tu veux ! »

Personne n’a le droit de se comporter ainsi. Ton corps t’appartient. Si, comme Helga, tu te sens mal à l’aise ou humilié(e) par les commentaires ou le comportement d’une personne de ton entourage, parles-en à quelqu’un en qui tu as confiance ou utilise la hotline.

  • Abus physique :

L’abus physique correspond aux traumatismes non accidentels ou aux blessures physiques résultant d’un coup de poing, de coups de pied, de coups, de morsure, de brûlure ou de toute autre forme de brutalité.

Cette catégorie peut inclure des activités physiques inappropriées imposées ou commandées (par exemple, une charge d’entraînement inadaptée à l’âge ou au physique, la poursuite de l’entraînement en cas de blessure ou de douleur) ; la violence physique directe, des méthodes d’entraînement dangereuses, un environnement sportif dangereux, la consommation forcée d’alcool ou encore des pratiques de dopage systématiques.

  • Négligence :

La négligence se caractérise par l’absence de réponse aux besoins physiques et émotionnels d’une personne lorsque les moyens, les connaissances et l’accès aux services susceptibles de répondre à ces besoins existent, ou à une absence de protection face au danger.

Dans le sport, la négligence peut se traduire par des accidents évitables, des blessures récurrentes, de la malnutrition, des troubles de l’alimentation, de la déshydratation ou de l’auto-mutilation.

  • Homophobie :

La déclaration de consensus du CIO (2016) définit l’homophobie comme une antipathie, un mépris, des préjugés, une aversion ou de la haine envers les personnes lesbiennes, gay ou bisexuelles.

Voici un exemple: Jack a 18 ans, il est en dernière année de lycée. Il pratique le papillon et excelle au 200 mètres. Il détient le record national dans sa tranche d’âge. À la piscine, des nageurs plus jeunes le regardent avec admiration. Il est également très bon élève. Il obtient les meilleures notes de sa classe, il préside le conseil des étudiants depuis deux ans et, chaque année, il dirige un groupe d’étudiants qui participent à un projet bénévole au profit des sans-abri. Sa famille le soutient. Tout le monde est fier de ses performances sportives, à commencer par son père, lui-même ancien joueur de basketball professionnel. Mais ses coéquipiers commencent à se demander pourquoi Jack n’a pas de petite amie.

En réalité, Jack se pose des questions sur son orientation sexuelle. Il prend conscience qu’il est attiré par les garçons. Ce constat le rend anxieux ; petit à petit, il se referme sur lui-même. Un jour au lycée, un membre de l’équipe de football l’appelle Jack « le gayzou ». Les autres élèves se moquent de lui. Il n’a qu’une hâte : rentrer chez lui pour échapper aux railleries.

Le père de Jack a déjà entendu parler de l’incident, qui lui a été rapporté par le parent d’un autre élève. Il est furieux. Quand Jack rentre à la maison, il s’en prend à lui et lui reproche d’avoir couvert sa famille de honte. Jack s’enfuit de la maison, claquant la porte derrière lui.

Le soir à l’entraînement, il comprend rapidement que tout le monde a entendu parler de cette histoire de « gayzou ». Un peu plus tard, l’équipe se rassemble pour désigner le capitaine avant la compétition nationale qui doit avoir lieu la semaine prochaine. Jack espère être choisi : c’est un meneur et sa candidature s’impose comme une évidence. L’équipe vote et, à la fin de la séance, le nom du capitaine est annoncé : ce n’est pas Jack. Jack apprend dans la foulée qu’un de ses coéquipiers est allé trouver l’entraîneur pour lui dire qu’il ne voulait pas partager sa chambre avec lui pendant la compétition. En fait, personne au sein de l’équipe ne souhaite partager une chambre avec lui.

Chacun est libre de vivre sa sexualité comme il l’entend. Personne n’a le droit de te juger. Certaines personnes ont des préjugés et peuvent se montrer blessantes. Si tu te sens blessé(e) ou rejeté(e), n’hésite pas à en parler avec une personne de confiance ou avec quelqu’un qui a vécu la même chose.

  • Bizutage :

Le bizutage est une forme de harcèlement organisé, généralement collective, qui repose sur une initiation dégradante et dangereuse des nouveaux membres de l’équipe par les anciens.

  • Voici un exemple: Javier est un sportif de 17 ans. Il vient d’apprendre sa sélection au sein de l’équipe nationale junior de sa discipline. Il vit loin du centre d’entraînement, mais il a hâte de se rendre en ville pour réaliser son rêve.

Il arrive au centre la veille de la date choisie pour le début du stage. Le capitaine, Juan Manuel, lui remet une lettre manuscrite l’invitant à une « cérémonie d’accueil » dans sa chambre, le soir même.

En poussant la porte de la chambre, Javier est accueilli par les autres nouveaux venus et cinq membres de l’équipe plus expérimentés. Il ne voit aucune trace de l’entraîneur ou d’autres adultes. On lui tend une bière et il remarque à ce moment un tonneau posé sur une table. La musique est forte. Plusieurs coéquipiers chantent bruyamment dans un coin de la pièce.

Le rôle de Juan Manuel consiste manifestement à distribuer les bières et à organiser les activités. Il pousse les nouveaux venus à participer à un concours de boisson, avant de les envoyer courir nus dans les couloirs de l’hôtel. Les autres vétérans applaudissent et chantent pour encourager l’équipe. Javier n’a jamais rien connu de tel. Il se sent très mal à l’aise.

Plus le tonneau se vide et plus la musique devient forte. C’est alors que Juan Manuel annonce qu’il existe un rituel d’initiation spécial au sein du groupe. On frappe à la porte : une fille à moitié nue entre dans la chambre. Elle danse de façon provocante et touche les nouveaux venus d’une manière très crue. Javier se sent de plus en plus gêné. Il essaye de se tenir aussi loin que possible de la fille…

Intégrer une équipe peut se révéler compliqué. Chacun cherche à s’intégrer au mieux. Il est toujours intéressant de passer du temps avec ses coéquipiers ou d’autres athlètes loin des terrains de sport. Mais si une situation t’embarrasse, tu as le droit de dire : « Stop ! » Il est important de savoir se protéger. Si tu te sens gêné(e) ou humilié(e) ou si la situation dérape, parles-en immédiatement à ton entourage.

  • Troubles de l’alimentation :

De nombreux athlètes ont des problèmes d’image liés à leur apparence ou à leur poids. Cette situation peut présenter des risques pour leur santé mentale et physique. L’anorexie ou la boulimie sont des maux fréquents et peuvent avoir de graves conséquences, comme la triade de l’athlète féminine. Ce syndrome regroupe trois pathologies : un déficit d’énergie (causé par de mauvaises habitudes alimentaires ou un surentraînement), l’aménorrhée (absence de menstruations) et l’ostéoporose (fragilisation des os en raison d’une perte de densité et d’un déséquilibre de la formation osseuse). Une athlète peut souffrir de l’une ou plusieurs de ces pathologies, voire des trois en même temps. Pour en savoir plus, merci de consulter : https://www.olympicresources.com/Home/Welcome. Chacun d’entre nous possède des forces et des faiblesses liées à son physique. Garde à l’esprit qu’il est important de manger équilibré si tu veux être performant(e) ; te comparer aux autres n’est pas la solution.

Pratiquer un sport en toute sécurité ne se résume pas à éviter les blessures. Une image saine de son corps et la prévention du harcèlement et des abus dans le sport font partie des questions sur lesquelles le CIO travaille constamment, afin de sensibiliser et de protéger les athlètes. Si l’un de ces exemples te paraît familier, n’hésite pas à en parler. Pour en savoir plus sur le harcèlement et les abus dans le sport, consulte la section consacrée à la protection d’Athlete365 .

Abus dans le sport: Essaye l’outil éducatif du CIO consacré à la prévention du harcèlement et des abus dans le sport.

Athlete Learning Gateway: Si tu souhaites approfondir ce sujet, consulte la formation « Protéger les athlètes du harcèlement et des abus » via l’Athlete Learning Gateway du CIO.

Triade de l’athlète : En savoir plus sur la triade de l’athlète féminine.

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