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Los Angeles 1984

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Maricica Puica triomphe après l’accrochage Mary Decker - Zola Budd

Maricica Puica - course 5000m femmes

10/08/1984

Le 3000m féminin, couru pour la première fois aux Jeux Olympiques de 1984, s’est transformé à plus d’un titre en tragédie pour ses principales protagonistes. Cette course restera incontestablement dans les annales de l’ère moderne.

Les palmarès retiendront seulement que la Roumaine Maricica Puica a remporté la médaille d’or par une chaude soirée au Colisée de Los Angeles, mais cela ne restituera qu’une infime parcelle de cette remarquable page d’histoire.

C’est en effet lors de cette course que le choc tant attendu et controversé entre Mary Decker, la coqueluche américaine, et Zola Budd, l’athlète aux pieds nus d’origine sud-africaine, a atteint son paroxysme.

Avec le recul, il est difficile de croire que tous les fils de cette histoire se sont dénoués ensemble comme ils l’ont fait, mais l’image de Mary Decker s’affalant sur la piste, désemparée, après avoir entaillé de ses pointes la jambe de Zola Budd, est indissociable des plus belles heures de l’histoire des Jeux.

Mary Decker était l’enfant chérie de ces Jeux, disputés à domicile. Avec son allure hollywoodienne et ses performances de niveau mondial, elle était la grande favorite, devant un public local en extase.

L’année précédente, elle avait brillamment réalisé le doublé 1500m – 3000m aux championnats du monde d’Helsinki, et en l’absence du puissant Bloc de l’Est, la victoire lui paraissait promise.

Quelques mois auparavant toutefois, en janvier 1984 lors d’une modeste rencontre en Afrique du Sud, la jeune Zola Budd, 17 ans, avait pulvérisé de six secondes le record du monde du 5000m de Mary Decker, envoyant une onde de choc à travers la planète athlétisme.

Ce record ne fut toutefois pas homologué par les instances internationales en raison de la mise au ban sportif de l’Afrique du Sud, pour cause de régime d’apartheid . Zola Budd devait donc ainsi accomplir sa carrière à l’écart, simple observatrice des autres athlètes de pointe dans le monde.

Les nouvelles liées à son record du monde eurent tôt fait de toucher les côtes du Royaume-Uni où un journal national aida financièrement le père de Zola Budd, en quête d’un passeport britannique pour sa fille en vertu du lieu de naissance de son propre père.

Épaulée pour franchir les obstacles bureaucratiques que d’autres avaient mis des années à effacer, Zola Budd hérita donc d’un passeport britannique deux fois plus vite et le duel avec Mary Decker dont tout le monde parlait se retrouva sur les rails.

Des deux côtés de l’Atlantique, la presse tabloïd en avait fait ses choux gras avant les Jeux, les journaux britanniques faisant preuve d’une frénésie identique à celle qui avait entouré, quatre ans auparavant, la rivalité entre Seb Coe et Steve Ovett.

La course en elle-même est devenue une page de légende.

Zola Budd et sa complice britannique Wendy Sly s’extirpèrent du peloton avec Mary Decker et Maricica Puica, et à quatre tours seulement de l’arrivée, Zola Budd et Mary Decker eurent un premier petit accrochage, chacune retrouvant ensuite sa foulée.

Mais quelques mètres plus loin, Mary Decker se retrouva au tapis, Zola Budd s’étant rabattue à la corde alors que l’Américaine la suivait de trop près.

L’Américaine essaya de se relever, mais elle s’était sérieusement blessée à la hanche gauche, et le peloton l’abandonna, en larmes à l’intérieur de la piste.

Elle était inconsolable. Son mari et ses soigneurs venus lui porter secours se retrouvèrent face à un torrent de larmes, tandis que l’ire des spectateurs se tournait vers Zola Budd.

Chacun de ses passages était accompagné de sifflets, même si elle-même gardait un souvenir douloureux de l’accrochage, un pied ensanglanté par les pointes de sa rivale.

Maricica Puica et Wendy Sly finirent par distancer nettement une Zola Budd à la peine, et la Roumaine se détacha dans les derniers 200 m pour décrocher la première médaille d’or attribuée sur la distance. Zola Budd, elle, termina septième.

Elle fut d’abord disqualifiée pour son mouvement vers la corde, mais la sanction fut annulée en appel. Lorsque la colère et l’amertume qui suivirent la course se furent dissipées, tout le monde fut d’accord pour reconnaître qu’il s’agissait d’un banal incident de course et que personne n’était particulièrement à blâmer.

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