Accueil > Actualités > Actualités Innsbruck 1976 > Franz Klammer - Ski alpin

Innsbruck 1976

Options

Franz Klammer - Ski alpin

Franz Klammer - Ski alpin

05/02/1976

Franz Klammer dévalant les pentes de la Patscherkofel : le flou de sa combinaison jaune canari, ses bras et ses bâtons de ski déployés furieusement pour rester à la verticale, c’est l’une des images de référence non seulement de la descente, mais aussi de toute l’histoire des Jeux Olympiques d’hiver.

Sa performance à couper le souffle de 1976 dans le Tyrol autrichien - son jardin – lui a offert la médaille d’or et a constitué l’un des moments clés de sa carrière.

Acclamé par 66 000 spectateurs dans le vacarme des clarines, le « Klammer Express » comme on le surnommait, ne mit que 1’45"73 pour avaler le tracé vertigineux de 3 km, stupéfiant la foule et laissant des millions de téléspectateurs bouche bée.

Fils de fermier né à la frontière yougo-slovène, Klammer fut repéré très jeune en raison de son talent prodigieux à skis et de son côté casse-cou.

Sélectionné en équipe nationale dès l’âge de 18 ans, il se forgea une formidable réputation en Coupe du monde à 20 ans. Deux ans plus tard, il devint le porte-drapeau de l’Autriche lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux d’Innsbruck.

Bien que grand favori pour l’or bien avant le départ, du fait de ses huit victoires en neuf descentes de Coupe du monde l’année précédente, Klammer embrasa surtout le public et entra en même temps dans la légende, en raison de l’électrochoc causé par sa victoire.

Au départ de la course, Klammer, originaire de Mooswald en Carinthie, devait s’élancer le dernier d’une série de 15 concurrents et il était à craindre que le parcours devînt traîtreusement verglacé lorsque son tour viendrait. Mais ce sont justement ces conditions qui lui permirent d’accéder au statut de légende.

Son principal rival, le Suisse Bernhard Russi, champion olympique sortant, s’élança en troisième et skia à la perfection, grignotant une demi-seconde sur le meilleur temps établi par l’Italien Herbert Plank. Au moment où Klammer vit le dernier de ses 14 adversaires dévaler la montagne, Russi était toujours en tête : c’était donc l’homme à battre.

Lorsque le signal du départ retentit, le jeune trompe-la-mort de 22 ans – écrasé par la pression – se propulsa hors du portillon sur une piste qui, comme on le redoutait, s’était transformée en patinoire. Mais étonnamment, il fit totalement fi des conditions.

Dans une incroyable démonstration d’audace alliée à un talent inné, il se précipita dans la pente, ses jambes accusant des angles improbables, évoluant en permanence sur le fil du rasoir, à la limite du faux pas et de la mauvaise chute.

Après 2 000 m de descente, une erreur lui fit concéder 19 centièmes de seconde à Russi. Plus tard, en revenant sur sa course, il dira qu’il savait qu’il lui fallait réaliser « quelque chose de spécial » pour gagner. Ce fut le cas, et de quelle manière ! Ainsi dans le dévers du Bäreneck, il sortit instinctivement très haut, presqu’à toucher les spectateurs.

Cette prise de risques lui donna la vitesse dont il avait besoin pour revenir de façon incroyable dans le dernier kilomètre où il parvint à maintenir sa cadence en dévalant les derniers 870 m à la vitesse moyenne de 103 km/h.

Rognant 33 centièmes sur le temps du skieur suisse, Klammer triompha devant une foule en délire et des millions de téléspectateurs médusés. Cette course reste la descente la plus palpitante de l’histoire sportive – et celle qui a laissé le médaillé d’argent sans voix.

Beau perdant, Russi donna l’accolade à Klammer sur la ligne d’arrivée en guise de félicitations. Il dira plus tard aux journalistes : « Sur cette montagne, j’ai senti la force que peuvent exercer 60 000 personnes hurlant derrière leur favori. Et je suis devenu un peu supporter de Franz. »

Immédiatement après la course, le nouveau champion confia pour sa part qu’il avait skié si près des barrières qu’il avait entendu une spectatrice crier et crut l’avoir percutée avec l’un de ses bâtons.

Quant à ses projets immédiats, ils étaient tout tracés : « Il y a une fourche qui m’attend chez mon père. Nous devons épandre du fumier avant les semis de printemps. »

Après réflexion, il ajoutera plus tard : « Tout au long de la descente, j’ai pensé que j’allais me planter. Je me suis fait de sacrées frayeurs. Maintenant, je suis comblé. Je n’ai besoin de rien d’autre. »

Quant à cette tenue jaune, Klammer avouera plus tard qu’il l’avait portée parce que la combinaison noir et or de l’équipe autrichienne était si serrée qu’il ne pouvait s’accroupir. C’est pourquoi il était revenu à son propre matériel. C’est ce genre d’incidents qui forgent la légende olympique.

Découvrez les dernières photos

À LA UNE