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Harcèlement et abus sexuels dans le sport

   

Harcèlement

   

Abus

   

Homophobie

   

Bizutage

   

Témoignages

Qu’est-ce que l’abus sexuel ?
- L’abus sexuel est un comportement verbal, non verbal ou physique sexualisé, envers un individu ou un groupe, qui peut être délibéré ou involontaire, légal ou illégal, et est basé sur un abus de pouvoir et de confiance.
- L’abus sexuel s’applique à toute activité sexuelle pour laquelle il n’y a pas ou il ne peut pas y avoir consentement.
- L’abus sexuel implique souvent un processus de conditionnement.

Étapes du conditionnement / Processus de conditionnement dans le sport

Étapes du conditionnement / Processus de conditionnement dans le sport

Identification d'une victime potentielle

· Identifier une personne vulnérable
· Trouver des occasions pour la prendre à part et tester sa discrétion et sa fiabilité
· Vérifier si elle est considérée comme une personne sensible
· Installer une amitié
· Faire preuve de gentillesse

Création d'une relation basée sur la confiance et l'amitié

 

· La faire se sentir spéciale
· Lui offrir des cadeaux et des récompenses
· Passer du temps avec elle
· Etre à son écoute
· Faire preuve de cohérence
· Installer un contexte de rencontre
· Commencer à marchander : « Tu dois faire ça, parce que j'ai fait ci... »

Initiation du processus d'isolement et de contrôle ; Installation d'une loyauté

· Refuser à l'enfant le droit de voir ses proches et/ou discréditer toutes les relations d'amitié et de soutien nouées dans le passé
· Limiter l'accès ou la dépendance aux parents, tuteurs ou pairs extérieurs au milieu sportif
· Faire preuve d'incohérence : donner de l'espoir et de la joie à l'enfant juste avant de le punir afin d'attiser son besoin d'attention
· Vérifier l'engagement de l'enfant en lui posant des questions et en mettant en place des petits tests

Premiers abus sexuels et protection du secret

· Franchir graduellement des frontières sexuelles ambigües
· Avancer que la victime n'a rien dit la fois précédente pour la piéger en cas de refus
· Invoquer la coopération : « tu me dois bien ça après tout ce que j'ai fait pour toi ! »
· Eveiller le sentiment de culpabilité : « regarde ce que tu as fait ! »
· Se présenter en protecteur : « je ne dirai rien à personne, c'est notre petit secret. »
· Discréditer la victime afin qu'elle n'ait pas d'autres choix que de continuer : « les autres ne comprendront pas ! », ou « personne ne te croira ! »
· Menacer la victime : « si tu en parles à qui que ce soit tu vas comprendre ta douleur / je dirai aux autres ce que tu as fait / je m'en prendrai à un de tes proches / je t'exclurai de l'équipe... »

Source : Brackenridge, C.H. (2001) Spoilsports: Understanding and preventing sexual exploitation in sport. Londres : Routledge, p. 35.



 - L’agresseur installe lentement une relation de confiance et un lien de coopération avec les athlètes avant de commencer à abuser d’eux.
 - Le conditionnement implique souvent la manipulation et la prise au piège de l’athlète
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La relation abusive

Types de pouvoir/sources de pouvoir

Type

 Base au sein du sport

 Exemple

Pouvoir d’expert

Capacité dans le sport

Montrer une technique performante

Pouvoir de référence

Connaissance du sport et de
ses rouages internes

Savoir où et comment activer son réseau pour recruter un nouveau joueur

Pouvoir légitime

Nomination officielle


Être désigné entraîneur principal d’une équipe par l’organe dirigeant de sport

Pouvoir coercitif

Emploi de la force physique ou émotionnelle pour faire obéir les athlètes

Intimidation en criant sur un athlète

Pouvoir charismatique / Pouvoir personnel

Personnalité attirante et persuasive 


Charmer les athlètes pour qu’ils s’entraînent plus dur

Pouvoir d’habilitation

Capacité de faciliter les choses

Donner aux athlètes un droit de parole dans les réunions de sélection

Pouvoir de récompense

Capacité de donner ou de
refuser les récompenses

Sélectionner ou exclure un joueur de l’équipe

Pouvoir de position

Statut social élevé


Etre largement respecté en raison de la crédibilité de son métier

Pouvoir de ressources

Ressources intellectuelles, techniques ou physiques


Avoir un large répertoire de tactiques

Pouvoir relationnel

Position relative dans un
système social


Etre un entraîneur homme dans un sport de femmes

Pouvoir d’information

Connaissance d’informations utiles

Connaître des informations sur les athlètes adverses

 

Sources : Selon French and Raven (1959), et Tomlinson and Strachan (1996)
Source : Citations extraites de Brackenridge, C.H. (2001) Spoilsports : Understanding and preventing sexual exploitation in sport., Londres : Routledge, p. 83.



 - Il existe une différence de pouvoir dans la relation des athlètes avec les membres de leur entourage (entraîneurs, personnel scientifique et médical, administrateurs, etc.). Les athlètes dépendent de ces experts et leur font généralement entièrement confiance. Si cette différence de pouvoir est mal utilisée, elle peut mener à des relations sexuelles d’exploitation avec les athlètes.
- Les relations entraîneur-athlète au niveau de l’élite des sports de compétition exigent de passer beaucoup de temps ensemble dans un environnement émotionnel intense. Cette situation risque fort de mettre l’athlète en situation d’isolement, coincé dans une relation de contrôle où son pouvoir et son droit à prendre des décisions sont étouffés.
- Dans certains cas, les co-équipiers ou d’autres jeunes athlètes peuvent être des agresseurs sexuels.

Le risque d’abus sexuel est plus élevé lorsqu’il y a :

- Un manque de protection (comme des politiques et procédures de protection de l’enfance, une éducation et une formation adéquates).
- Une motivation élevée de l’agresseur.
- Un niveau élevé de vulnérabilité de l’athlète (en particulier en lien avec le jeune âge et la maturité).

Le harcèlement et les abus sexuels se produisent dans tous les sports, et à tous les niveaux. Mais la prévalence semble être plus élevée dans le sport de haut niveau. Les membres de l'entourage d'un athlète ou les athlètes pairs qui occupent une place de pouvoir et d'autorité se révèlent être les principaux agresseurs, les hommes sont plus souvent cités que les femmes comme agresseurs et, enfin, les victimes sont aussi bien des filles que des garçons.

 

De quelle manière l’abus sexuel affecte-t-il la santé physique et psychologique ?

- Les victimes peuvent se sentir blessées, humiliées, bouleversées, ou perdre le contrôle.
- Elles peuvent connaître des problèmes de sommeil, un manque de concentration et des mauvaises performances, voire complètement décrocher.
- Maladies psychosomatiques, anxiété, dépression, abus d’alcool ou d’autres drogues, automutilation et suicide font partie des conséquences les plus graves de l'abus sexuel. 
- Enfin, l'abus sexuel nuit également aux relations, notamment de confiance, avec les entraîneurs en général.

 

Quel est l’effet de l’abus sexuel sur les coéquipiers ?

- L’abus sexuel peut ébranler la cohésion de l’équipe : un favoritisme apparent crée des jalousies, ce qui a des effets négatifs sur les performances.
- Les coéquipiers qui sont conscients du problème et se sentent impuissants souffrent souvent de stress psychologique et décrochent tôt de leur sport.

Étude de cas « Sheila »

Sheila est une jeune fille de 17 ans. C’est une coureuse de 1500 m talentueuse qui espère faire partie de l’équipe olympique cette année. Elle est sélectionnée pour le groupe de qualification et quitte sa ville pour s’installer près de son site d’entraînement et de son entraîneur, Tom. Tom fait l’éloge des performances de Sheila, lui assurant que ses rêves deviendront réalité si elle suit ses consignes. Il est évident que l’entraîneur aime bien Sheila : il l’encourage et la félicite. Au départ, elle est heureuse de cette relation avec son entraîneur. Mais peu à peu Tom lui accorde une attention si particulière que ses coéquipiers finissent par le remarquer et faire des commentaires ...

Sheila n’a pas de bons résultats à l’école. Un jour, Tom lui propose de l’aider dans ses devoirs après l’entraînement, dans son bureau. Il la reconduit chez elle après la séance de tutorat et lui achète un dîner en route. Après quelques semaines, Tom décide de faire les séances chez lui, et non plus dans son bureau d’entraîneur, le soir. 

Le soir précédant la course de qualification pour le 1500 m, Tom appelle Sheila dans sa chambre d’hôtel pour une « discussion spéciale d’avant compétition ». Alors qu’ils sont assis ensemble sur le lit, il l’enlace. Elle commence à se sentir mal à l’aise lorsqu’il met sa main sur sa cuisse. Il affirme que si elle lui accorde des faveurs spéciales, il garantira son succès le lendemain.

Lorsque Sheila quitte la chambre, elle passe devant le manager de l’équipe et ses coéquipiers. Bien qu’elle soit apparemment en pleurs et bouleversée, ils se détournent et continuent leur chemin.

 

Étude de cas « Helga »

Helga est une lanceuse de disque de 16 ans de l’équipe nationale des jeunes. Helga s’est récemment installée au centre d’entraînement national, loin de sa ville d’origine, pour un stage visant à préparer une compétition importante. Trond, 17 ans, est un lanceur de marteau, également membre de l’équipe nationale. Étant tous deux lanceurs, il est prévu qu’Helga et Trond s’entraînent ensemble dans la salle de musculation et sur le terrain. Au début, ils sont amis et elle l’accepte sur son site Facebook. Mais progressivement Helga remarque que Trond fixe sans cesse ses seins pendant la séance d’étirement, ce qui la met mal à l’aise. Puis il commence à multiplier les SMS inopportuns et à poster des commentaires sexuels à son sujet sur son site Facebook.

Un jour, en passant devant elle sur le chemin de la salle de musculation, Trond lance : « Travaillons dur aujourd’hui – pour garder ce joli petit cul bien ferme ! ». Helga rougit.

Pendant les séances d’entraînement suivantes, Helga tente de garder ses distances avec Trond. Mais un soir, alors qu’elle quitte le stade pour rejoindre le métro, Trond la surprend le long d’un mur. Il l’attendait pour l’accompagner. Alors qu’Helga continue à marcher, Trond l’interpelle « Mes parents sont partis. Viens chez moi, on pourra jouer. Je sais que tu le veux ! ».

 

Actions

Qu’est-ce qui pourrait aider Helga ou Sheila ?

- Savoir qu'elle a le droit d’être protégée
- Avoir conscience qu'elle n'est pas en faute
- Savoir qu'elle n'est pas toute seule et que des gens sont là pour l'écouter
- Se confier à un adulte en qui elle a confiance (membre de l'assistance sociale, médecin de l'équipe, responsable de l'équipe, infirmière, parent, frère/sœur plus âgé(e), ami ou professeur)
- Contacter un
numéro d'assistance.

Que peuvent faire les coéquipiers d’Helga ou Sheila s’ils s’inquiètent pour elle ?

- Comprendre que ce n’est pas leur faute, et qu’ils ne doivent pas avoir honte ni se sentir coupables
- Parler de leurs inquiétudes à des adultes de confiance
 - Chercher de l'aide pour comprendre ce qu'ils ressentent

Que peut-on faire pour se protéger des abus sexuels dans le sport ?

- Apprendre à connaître ses droits et responsabilités
 - Suivre les procédures de son organisation, s'il en existe
 - Savoir comment agir pour empêcher et signaler des faits inquiétants
 - Veiller les uns sur les autres
 - S’opposer aux comportements déplacés de certains
 - Discuter de ses inquiétudes avec d'autres personnes

 

En tant qu’entraîneur, que faire pour aider Sheila ou Helga ?

- L’écouter calmement si elle désire parler
- Lui dire qu’elle a le droit d’être protégée
- Lui dire que ce n’est pas de sa faute et qu’elle n’est pas seule
- L'avertir que vous aurez peut-être à signaler le problème à une personne qui pourra l’aider
- Apprendre où et comment signaler les divulgations d’abus sexuels des athlètes (contacter un chaperon d’équipe, une assistante sociale, un médecin, une infirmière ou un
numéro d'aide pour l'enfance en danger)
- Dénoncer les comportements inadaptés d’autres entraîneurs ou d’athlètes
- Signaler les collègues ou athlètes que vous suspectez de maltraiter des athlètes ou dont vous savez qu’ils le font.

Il est capital d'adopter un comportement et une éthique irréprochables dans l'activité d’entraîneur


Témoignages sur la façon dont les entraîneurs conditionnent les athlètes

Maintenant, je vois que c’est un modèle … Il y avait des scènes de vestiaires où il éteignait les lumières et disait « Allez, on se déshabille tous », puis « On rallume quand on sera rhabillés ». Il nous titillait de cette façon. On trouvait ça très excitant mais c’était apparemment innocent, il n’y avait aucun contact physique ou quoi que ce soit de ce genre, et on ne pouvait pas se voir. Tout a commencé avec des petites choses comme ça. Ou tard le soir, une nuit sans lune, on se baignait et, là encore, on restait dans nos coins séparés de la piscine, puis il commençait à jouer à des jeux qui impliquaient d’enlever ses vêtements. Il nous conduisait chez nous le soir, mes deux meilleures amies et moi, et il nous laissait l’une après l’autre devant chez nous. J’étais la dernière. Et comme on était en grande conversation, on allait se garer quelque part et on parlait… Rien de plus ne s’est passé pendant ce premier été. C’est comme ça qu’il a gagné ma confiance, tâtant le terrain de façon émotionnelle, puis de façon physique. Tout ça s’est passé très lentement : il posait sa main sur ma cuisse, peut-être toutes les nuits pendant des semaines, et puis finalement il en est venu à m’embrasser. Je vois maintenant qu’il avait très peur, il avait peur de finir en prison pour viol… Il allait très doucement pour gagner ma confiance et être sûr que je n’allais pas le dénoncer à la police.

(Témoignage d’une femme victime d’abus sexuel dans le sport)